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Un sac de kit video. Image Nikolia Apostolou

Ce guide de GIJN vous montre de A à Z comment les rédactions de taille petite peuvent se lancer dans la production vidéo, avec des moyens limités : de la constitution de l’équipe à la monétisation des vidéos, en passant par l’assemblage de l’équipement.

Quand je finissais mes études il y a plus de dix, ans, la vidéo constituait déjà une véritable tendance. Partout dans le monde, les médias embauchaient des pigistes et des employés à temps plein pour produire des reportages vidéo. J’avais déjà de l’expérience en tant que productrice, alors naturellement, j’ai acheté ma première caméra et commencé à travailler en indépendant comme journaliste vidéo. Depuis lors, j’ai acquis de l’expérience en collaborant avec de grandes équipes – avec par exemple une douzaine de personnes impliquées dans un documentaire – ainsi qu’en produisant, filmant et montant moi-même.

Pendant des années, la tendance dans le secteur des médias, surtout aux États-Unis, était de pivoter vers la vidéo. Certains journaux sont allés jusqu’à remplacer les journalistes de presse écrite par des journalistes vidéo et ont commencé à produire du contenu exclusivement destiné aux réseaux sociaux.

Toutefois, même si de nombreux médias ont mis en place des équipes coûteuses, ils n’ont pas réfléchi aux problématiques de rémunération et de durabilité. En conséquence, quelques années plus tard, même des équipes vidéo haut de gamme comptant des millions de vues et d’abonnés, comme Left Field de NBC et Great Big Story de CNN ont cessé leurs activités.

Image: Unsplash

Aujourd’hui, bien que l’engouement soit retombé, la vidéo reste un excellent format de narration qui peut être adapté selon le budget disponible. Les sites web de diffusion en continu, comme le mastodonte du secteur YouTube ou l’un des nombreuses plateformes moins connues et payantes, ont créé de nouveaux moyens pour les journalistes vidéo d’atteindre un public différent et parfois plus large, si ce n’est mondial, ce qui amplifie considérablement leur impact. C’est aussi un moyen supplémentaire pour les médias de monnayer leur travail.

Pour en savoir plus sur les dernières tendances de l’édition vidéo, lisez le rapport du WNIP.

Pour les organes d’information de taille modeste, comme les médias d’investigation à but non lucratif, le fait de disposer d’une unité vidéo peut ouvrir la voie à une collaboration avec des réseaux de diffusion, qui disposent souvent de budgets plus importants que la presse écrite. Il peut s’agir d’une source précieuse de revenu commercial, que ce soit en étant embauché pour un travail payé au jour le jour sur des projets spéciaux, ou en vendant des images d’archives.

Ce guide est destiné à aider les rédactions réduites de journalisme d’investigation, dotées de budgets modestes et de peu de personnel, à commencer à produire leurs premières enquêtes vidéo. Nous l’avons divisé en trois parties :

21 étapes pour débuter dans l’édition de vidéos

Conseils pour améliorer vos prises de vue

Etude de cas

21 étapes pour débuter dans l’édition de vidéos

Ne visez pas dès le départ une nomination aux Oscars ou un contrat de distribution avec Netflix. Ce n’est pas grave si votre équipe est restreinte et sans expérience. Attendez-vous à commettre des erreurs et gardez à l’esprit qu’il y a une phase d’apprentissage, tout comme dans la rédaction d’articles de presse.

1. Débutez modestement

Si votre rédaction manque d’expérience, commencez par penser visuellement en intégrant des photos et des vidéos à vos articles. Mettez également l’accent sur les éléments multimédias dès le début, dès la phase de conception des idées d’enquête. Trop de journalistes de presse écrite terminent leur enquête, et ce n’est qu’ensuite qu’ils pensent au besoin de photos et de vidéos d’illustration, qui sont souvent impossibles à obtenir à ce stade. Quelques photos ou courts clips ajoutés dans les textes ou intégrés en arrière-plan constituent un bon début. Autre idée : filmez une interview avec le témoin principal de votre article.

Si vous disposez du budget adéquat, formez votre personnel. Cependant, comme nos téléphones sont équipés d’appareils photo de haute qualité depuis plus de dix ans, il se peut que certains membres de votre équipe sachent déjà filmer et photographier mais qu’ils aient simplement besoin de plus de pratique et de conseils.

Il est également possible de faire appel au crowdsourcing (mise à contribution de l’audience) pour votre projet vidéo. Sabine Krayenbühl, monteuse et réalisatrice suisse primée et nommée aux Oscars, recommande d’adopter une approche stratégique dès que vous décidez de l’orientation de votre projet.

« Au vu de l’importance croissante des réseaux sociaux, vous pouvez vous constituer un public d’abonnés qui entre en action lorsque vous cherchez des fonds pour une campagne ou pour la distribution » explique Krayenbühl, qui a utilisé le crowdsourcing pour financer certains de ses documentaires. « Les gens sont enthousiastes à l’idée de participer au processus de réalisation. Vous pouvez facilement avoir une page Facebook ou un compte Instagram, [il n’est] même pas nécessaire d’avoir une page web. »

Le crowdsourcing demande néanmoins du temps pour être mené à bien. Mme Krayenbühl suggère de planifier l’ensemble de la campagne dès le début, en anticipant les imprévus et les atouts. Elle ajoute que les débutants  doivent prendre en compte les coûts supplémentaires liés aux libéralités et les ajouter au montant total qu’ils souhaitent collecter.

« Il est préférable de réclamer un montant destiné à une partie spécifique de la production, comme les droits de la musique ou du compositeur, plutôt qu’à l’ensemble du film » explique Krayenbühl. « De cette façon, les gens ont le sentiment d’avoir contribué de manière ciblée et savent de quoi ils sont responsables. Cela leur donne une « part » déterminée du film. »

2. Élaborez votre stratégie vidéo

Cherchez à découvrir les possibilités qui s’offrent à vous. Voici quelques éléments à prendre en compte avant de vous lancer :

  • D’autres équipes de votre région créent-elles des vidéos avec des budgets modestes ? Comment gagnent-elles de l’argent ? Par ailleurs, où se trouve votre public ? En ligne ou hors connexion ? Quelle est sa taille, son volume ? Gardez à l’esprit que si vous traduisez en anglais (out tout autre langue internationale) les vidéos initialement produite dans votre langue de base, vous atteindre une plus grande audience internationale – et éventuellement de revenus supplémentaires.
  • Comment allez-vous financer la production ? Pour commencer, vous pouvez demander des subventions de reportage et inclure l’embauche de pigistes dans votre budget. Vous pouvez également souscrire à des allocations ou subventions de documentaires.
  • Existe-t-il des médias commerciaux qui seraient prêts à payer votre travail ? Par exemple des journaux télévisés locaux ou régionaux, ou des émissions d’actualité ou de documentaires sur des chaînes internationales qui pourraient acheter et diffuser votre reportage à plus grande échelle ? Des contrats pour fournir du contenu vidéo à des médias importants peuvent également vous aider à financer vos projets.
  • Si vous distribuez votre propre contenu, comment allez-vous le proposer ? Les plateformes de partage gratuites, comme YouTube et Amazon Prime, sont-elles suffisamment importantes dans votre pays pour obtenir les centaines de milliers de vues nécessaires pour commencer à générer du revenu ? YouTube, par exemple, exige 1 000 abonnés et 4 000 heures de visionnage avant de commencer à payer les créateurs, et même dans ce cas, les rémunérations ne sont que de 1 à 3 dollars par vue. Existe-t-il un réseau de distribution dans votre zone ? Les habitants de votre région paieraient-ils pour regarder votre film dans une salle de cinéma ? Si vous décidez de diffuser vous-même, existe-t-il un public prêt à payer pour y avoir accès ?

Ces questions vous aideront à élaborer une stratégie déterminant combien vous devez investir dans la vidéo et si vous devez créer des reportages d’un format différent, qu’il soit plus long ou plus court. Gardez à l’esprit qu’il n’est pas indispensable de répondre à toutes ces questions en même temps.

Si vous envisagez la distribution numérique de vos documentaires, lisez attentivement les conseils d’Orly Ravid, fondatrice de The Film Collaborative, un organisme américain à but non lucratif axé sur la distribution et l’éducation.

3. Embauche de journalistes ou recours aux pigistes ?

Il existe diverses façons de doter une unité de production vidéo. Vous pouvez engager un journaliste vidéo professionnel, c’est-à-dire une seule personne qui se chargera de la production, du reportage, du tournage, de l’enregistrement audio et du montage vidéo. Vous pouvez recruter des pigistes qui ont ces compétences ou y former vos journalistes de presse écrite.

Si vous disposez d’un budget plus conséquent, vous pouvez embaucher plusieurs personnes – au sein du personnel ou en tant que pigistes – formées à chaque métier spécifique de ce processus : un producteur, un caméraman et un monteur vidéo. L’un des avantages de travailler avec des pigistes est qu’ils apportent généralement leur propre matériel, de sorte que vous n’aurez pas à en acheter. Certains, toutefois, facturent des frais de location.

4. Equipement

Image: Unsplash

Si vous décidez d’acheter votre propre matériel, il est préférable de consulter au préalable les personnes qui auront à l’utiliser. Ainsi, si vous engagez quelqu’un pour faire de la vidéo, attendez qu’il ait intégré votre équipe et demandez-lui ses recommandations avant d’acquérir votre équipement.

Pour une installation de base, vous aurez besoin d’une caméra, de micros-cravates et lavalier, d’un trépied et d’un monopode video. Les trépieds sont essentiels pour les interviews assises. Les monopodes sont utiles lorsque vous devez être polyvalent et dans les situations où vous n’avez pas le temps d’installer le trépied, par exemple lorsque vous filmez une manifestation de rue. Une petite lampe LED est également nécessaire, pour faciliter l’éclairage, notamment lorsque vous filmez en intérieur.

Vous devrez ensuite choisir parmi ces trois types de caméras vidéo :

  • Les caméscopes professionnels ont un objectif avec une excellente mise au point intégrée, des filtres NED et deux entrées audio.
  • Les appareils photo reflex numériques peuvent également enregistrer des vidéos et des sons. De nombreux professionnels les préfèrent pour leurs meilleurs capteurs et leur taille compacte, puisqu’ils se glissent dans une sacoche Vous devrez vous procurer plusieurs objectifs et des filtres ND (à densité neutre) – dont vous aurez besoin, par exemple, pour filmer pendant une journée ensoleillée. Si vous souhaitez enregistrer à partir de deux microphones simultanément, vous aurez également besoin d’une petite table de mixage.
  • Les caméras de cinéma numériques sont principalement utilisées pour les documentaires. Elles combinent les attributs des caméscopes et des appareils photo (les objectifs sont interchangeables) et vous disposez également de deux entrées audio.

Vous n’avez pas besoin d’engager de grosses dépenses pour obtenir une vidéo de bonne qualité. En l’absence de budget vous pouvez travailler avec des téléphones portables. Consultez notre guide MOJO pour plus d’informations.

5. Etablir une charte

À l’instar d’une charte graphique dans la presse écrite, il s’agira d’une charte destinée à votre équipe vidéo, qu’elle soit permanente ou indépendante. Elle doit inclure le style que vous voulez donner à vos vidéos, la façon dont vous voulez qu’elles soient tournées et le type de graphiques et de polices que vous voulez utiliser. C’est ce qui permettra d’accélérer le processus et de limiter les allers-retours avec votre monteur vidéo.

Image: Unsplash

6. Choisissez des histoires qui se prêtent mieux à une bonne vidéo

Les entretiens assis sont rarement intéressants. Trouvez de l’action dans votre enquête et filmez-la.

7. Travaillez à partir d’un script. N’oubliez pas de contextualiser

A l’instar de l’écrit, une vidéo devra avoir un chapô clair – un résumé concis qui explique et contextualise le sujet de votre enquête et pourquoi les spectateurs doivent s’y intéresser. Vous avez besoin d’un script et d’une liste de plans de tournage (une liste de plans que vous devez réaliser pendant le tournage) avant de filmer, afin d’être prêt lorsque vous êtes sur le terrain. Une fois le tournage terminé, vous devez transcrire vos interviews et documenter toutes les prises de vue que vous avez réalisées. Vous pouvez ensuite commencer à élaborer le script final dont le montage sera effectué par un monteur vidéo ou vous-même.

8. Testez votre équipement et entraînez-vous

Veillez à vous familiariser avec les réglages de votre équipement vidéo et audio. Prêtez par exemple une attention particulière à la sensibilité de votre microphone. Avant de vous rendre sur le terrain, faites des essais pour vous assurer que votre équipe et votre équipement sont en parfaite synergie. Pendant le tournage, l’adrénaline peut monter en flèche, et si le matériel est nouveau ou peu familier, il est possible que vous ne vous souveniez pas de comment régler un paramètre.

9. Cultiver de bonnes relations de travail entre les journalistes de presse écrite et de vidéo

Cette relation est souvent tendue car les journalistes de presse écrite sont souvent plus âgés et moins au fait de la technologie que les journalistes vidéo. Pourtant, quand cette collaboration fonctionne, les histoires produites sont plus impactantes. Idéalement l’équipe vidéo devrait participer aux premières étapes de l’enquête. Si elle rejoint le projet trop tard, elle risque de manquer des occasions de filmer des interviews et des actions clés du reportage.

10. Enregistrez tout

Certaines des meilleures réactions obtenues d’une personne interrogée ont lieu avant ou après l’entretien officiel, lorsqu’elle est la plus détendue. Par conséquent, dès que votre interlocuteur entre dans la pièce, assurez-vous de son consentement, commencez à filmer et n’arrêtez l’enregistrement qu’après son départ.

11. Caméras cachées

L’utilisation de caméras cachées est controversée, parfois dangereuse, et doit être effectuée avec précaution. Les normes professionnelles stipulent que l’on ne doit recourir à la prise de vue en caméra cachée que lorsque l’information ne peut être obtenue autrement et que l’intérêt public est élevé. Notez également que dans certains pays et états américains, l’utilisation de caméras cachées peut être considérée comme illégale. Renseignez-vous sur la législation locale en la matière avant de recourir à cette pratique.

12. Utilisation de données et de documents

Lorsqu’il s’agit d’une bonne histoire, vous pouvez tirer parti des éléments photo et audio dont vous disposez et les transformer en une publication multimédia convaincante. Attention toutefois : les journalistes commettent l’erreur courante de ne pas ajouter d’animation aux documents présentés, interrompant de fait le flux de la vidéo où tout le reste est en mouvement. L’un des moyens les plus communs de créer cette impression consiste à procéder à une vue panoramique ou un zoom au ralenti sur un document ou une photo, également appelé “effet Ken Burns”, du nom du célèbre documentariste américain.

13. Utilisation d’images d’archives

Manquez-vous d’argent pour commencer à filmer ? Ou êtes-vous inquiet de votre manque d’expérience ? Vous pouvez débuter en produisant des publications multimédias à partir d’éléments auxquels vous avez déjà accès et dont vous avez les droits, comme des images d’archives, des images satellites, des captures d’écran, des documents et des interviews audio, quasiment tous disponibles gratuitement et en ligne.

14. Demandez aux personnes interrogées de répondre par des phrases complètes

Posez des questions ouvertes, du type « pourquoi » ou « comment », pour éviter d’obtenir des réponses courtes et inintéressantes par oui ou non devant la caméra. Vos propres questions finiront probablement par être coupées, alors veillez à demander aux personnes interrogées de répondre par des phrases complètes. Si vous obtenez une réponse brusque par « oui » ou « non », relancez en demandant « Pouvez-vous m’en dire plus? ».

15. N’ayez pas peur des projets de long terme

Les projets de long terme peuvent sembler intimidants au début. Mais comme me l’a dit un jour un monteur, imaginez juste que vous filmez trois vidéos différentes que vous allez ensuite assembler. Par exemple, si vous voulez produire un documentaire de 45 minutes et que vous ne l’avez jamais fait auparavant, imaginez que vous filmez trois vidéos de 15 minutes.

16. Audio

Image: Unsplash

Vous tournez une vidéo, mais la qualité audio est tout aussi importante. La plupart des téléphones et des micros internes des caméras ont une qualité audio médiocre, ce qui peut donner à la vidéo un aspect non professionnel. Veillez à investir dans des enregistreurs audio ou des microphones de qualité. Les meilleures marques peuvent à durer plus d’une décennie.

Avant de filmer, vous devez également dresser une liste des sons naturels que vous devez enregistrer sur le terrain, dans l’environnement de tournage. S’il s’agit d’un reportage sur les trains, par exemple, vous devez disposer d’un son net du passage de trains.

17. Longueur

Si vous produisez pour internet, ne vous restreignez pas à des durées spécifiques. Comme me l’a dit un jour un professeur, veillez à ce que le film soit aussi long qu’intéressant. Mais si vous avez l’intention de le distribuer auprès d’un diffuseur, sachez que les créneaux horaires habituels pour la télévision sont autour de 25, 45, 60 et 75 minutes.

18. Autorisation de tournage et consentement

Vous devez demander une autorisation de tournage pour filmer dans certains pays. Par ailleurs, pour filmer une personne, il faut toujours obtenir son consentement préalable. Le cas échéant, dans certains pays (notamment de l’Union européenne), elle pourrait vous poursuivre pour violation de la vie privée. Vous pouvez obtenir le consentement devant la caméra ou, comme le préfèrent les juristes, un accord juridique dûment signé.

19. Musique

Ne volez pas de musique. Vous êtes un créateur, alors respectez le travail des autres créateurs. Il existe des musiques sur YouTube et d’autres plateformes qui peuvent être utilisées gratuitement à condition de mentionner le nom de l’artiste. Vous pouvez également acheter le droit d’utiliser une musique spécifique sur des sites web comme Pond5. Il existe aussi des morceaux de musique publiés sur YouTube sous le régime des Creative Common Rights. Ce système permet de les utiliser gratuitement si vous mentionnez l’artiste à la fin ou dans le générique de la vidéo.

20. Montage vidéo

Image: Unsplash

Ne dépensez pas beaucoup pour un logiciel de montage vidéo à vos débuts. Dans le Guide des outils professionnels du GIJN, nous recommandons le logiciel de montage vidéo DaVinci Resolve, qui offre une version gratuite de son logiciel professionnel de montage vidéo, de correction des couleurs et d’effets visuels. Toutefois, si vous ou votre personnel êtes débutants, commencez par quelque chose d’aussi simple que l’éditeur vidéo gratuit et open-source Shotcut. Pour d’autres suggestions de logiciels de montage vidéo et audio, consultez le chapitre 6 du Guide des outils professionnels du GIJN.

21. Archivez vos séquences

Une fois le reportage terminé, ne supprimez pas les rushs. Gardez-les tous et archivez-les correctement sur au moins deux disques durs et à deux endroits différents. Veillez à donner au dossier un nom qui ait un sens commun au cas où un collègue doive les rechercher cinq ou même dix ans plus tard. Pour en savoir plus, lisez notre article intitulé Pourquoi les journalistes ont besoin d’un système d’archivage. Envisagez également de télécharger certaines de vos images brutes sur des agences de stockage. Vous pourriez ainsi potentiellement créer une nouvelle source de revenus pour votre organisation.

Conseils pour améliorer vos prises de vue

Ce sont quelques-uns des conseils que j’ai recueillis au cours de mes 15 années de production de vidéos et de documentaires pour la télévision et le web. Certains proviennent également d’un cours sur les documentaires que j’ai suivi à l’université de Columbia avec les cinéastes et professeurs Duy Lin Tu et Travis Fox.

  • Maintenez chaque plan pendant 10 secondes, et ne coupez pas votre plan avant la fin d’un mouvement. Par exemple, si une voiture passe, ne coupez qu’une fois qu’elle a quitté votre cadre.
  • Seuls 20 à 30 % de vos plans doivent être larges. L’objectif d’un plan large, également appelé plan d’ensemble, est de montrer à votre public le lieu de tournage : est-ce New York ou l’Afrique rurale ? S’agit-il d’une maison bourgeoise ou d’un refuge pour sans-abri ? 40 à 50 % de vos plans doivent être des plans moyens, le reste étant des gros plans. Le fait de zoomer avec votre caméra sur une action la rend intéressante et intense, même si elle peut initialement paraître ennuyeuse et banale comme l’action de faire du café. Les gros plans sont également un moyen de montrer des détails intéressants (comme les tatouages, mains rugueuses, rides) de la personne ou du lieu que vous filmez. Considérez les gros plans comme la description que vous pourriez inclure à un article de fond.
  • Filmez sous différents angles. Par exemple, si vous filmez la préparation d’un café, faites un plan serré du café en train d’infuser, puis une vue par-dessus la tête de votre sujet en train de le verser dans la tasse, ce qui peut aussi être une belle prise de vue.
  • Notez les questions que vous voulez poser à vos interlocuteurs. Suivez néanmoins le fil de la discussion lors de l’entretien. Vérifiez vos notes pour vous assurer que vous n’avez rien oublié ou négligé avant de clôturer l’entretien.
  • Emportez toujours des piles et des chargeurs supplémentaires.
  • La prise de vue sur un trépied, un monopode ou un stabilisateur donne à vos clichés un aspect plus professionnel.
  • La personne qui filme doit toujours porter des écouteurs pour s’assurer du bon enregistrement du son.
  • Faites un brin de causette pour détendre votre interlocuteur pendant que vous installez votre matériel. Maintenez le contact visuel pendant l’entretien.
  • Pratiquez, pratiquez, pratiquez.
  • N’installez pas votre interlocuteur devant une fenêtre. La vidéo sera surexposée à la lumière du jour ou vous risquez de le filmer à contrejour.
  • Contrôlez l’environnement lorsque c’est possible. Éteignez tout bruit de fond comme la musique, la radio, les climatiseurs, etc.
  • Placez votre caméra à la hauteur des yeux de vos interlocuteurs et asseyez-vous sur une chaise de même hauteur. Si vous êtes assis plus haut, ils regarderont vers le haut, et si vous êtes assis plus bas, ils regarderont vers le bas. Cependant, l’endroit où un sujet regarde pendant une interview peut varier. Certains réalisateurs posent des questions en s’asseyant à côté de la caméra pendant leurs interviews, de sorte que le sujet les regarde et est filmé un peu de profil. D’autres se placent juste derrière la caméra et demandent à leurs témoins de répondre en regardant directement l’objectif.
  • Cadrez les personnes interrogées d’un côté de l’écran tandis qu’elles vous regardent ou regardent l’intervieweur du côté opposé.

Études de cas

Voici quelques exemples de vidéos et de chaînes YouTube produites par des groupes de journalistes de taille restreinte à moyenne:

Le système de santé égyptien abandonne les malades du Sida (Egypt Health Sector Fails AIDS Patients), par l’Arab Reporters for Investigative Journalism. C’est une histoire déchirante qui montre comment les hôpitaux publics égyptiens ont privé traitement 22 000 patients atteints du VIH/sida. L’enquête s’appuie sur cinq entretiens assis – dont trois réalisés sans révéler l’identité des personnes interrogées -, l’utilisation de documents publics et des séquences filmées dans les rues de la ville.

Les abus de l’industrie kenyane non réglementée de gestation pour autrui (Hard Labour: The Unregulated Kenyan Surrogacy Industry), par Naipanoi Lepapa et Africa Uncensored. Cette équipe a passé 18 mois à enquêter sur les abus commis dans l’industrie de la gestation pour autrui, qui n’est pas réglementée au Kenya. Cette publication multimédia captivante de 25 minutes a été réalisée à partir d’interviews audio de victimes de la traite d’êtres humains, de documents, de photos de personnes impliquées dans ce trafic et de séquences ordinaires du Kenya.

Image : Capture d’écran de l’enquête vidéo réalisée par l’équipe d’Africa Uncensored.

Diverses œuvres de Bihus.info, une rédaction ukrainienne à but non lucratif active sur YouTube. Bihus a le génie de capter à la caméra des histoires compliquées et les présenter de sorte à vous maintenir collé.e à l’écran et à regarder l’intégralité de l’enquête. A titre d’exemple voyez comment les contribuables financent principalement les résidences des hommes d’affaires les plus riches d’Ukraine. Étonnamment, la vidéo la plus populaire du groupe (1,6 million de vues) est une simple interview de l’un des oligarques ukrainiens, sans caméra sophistiquée mais avec juste deux caméras et un microphone.

Solas En La Avenida, par El Faro, le principal site d’information en ligne indépendant du Salvador. La vidéo porte sur des travailleurs du sexe harcelés par la police et exerçant leur activité dans un quartier contrôlé par des gangs. Cette vidéo est la plus populaire d’El Faro à ce jour, avec plus de 2 millions de vues en trois ans.

Black Trail, une enquête transfrontalière sur l’absence de réglementation en matière de pollution dans le secteur du transport maritime. Voici un exemple de la façon dont des groupes locaux -avec une histoire intéressante mais sans équipe de tournage- ont collaboré avec des diffuseurs étrangers. Pour ce documentaire, les équipes suivantes ont coopéré : Expresso et SIC TV (Portugal), The Black Sea (Europe de l’Est), VG (Norvège), et la télévision publique suisse RTS, ainsi que les membres du GIJN, Financed Uncovered (Royaume-Uni) et Reporters United (Grèce).

Les marins exilés par la pandémie, confrontés au péril et à la mort (Seafarers Exiled par Pandemic Face Peril), une animation réalisée par le site d’information philippin Rappler. Les producteurs ont utilisé des entretiens téléphoniques avec des témoins oculaires et des animations pour rendre compte de la mort de pêcheurs philippins en mer. Le reportage a été récompensé lors des SOPA Awards en 2021.

Image : Capture d’écran de la publication de Rappler Seafarers Exiled by Pandemic Face Peril, Death (en anglais)

Malaysiakini, membre du GIJN, est le principal site d’information en ligne indépendant de Malaisie. Voici un excellent exemple de la façon dont un petit groupe peut se transformer en un grand média. Bien qu’il ait commencé modestement dans les années 90, il a fondé KiniTV, une chaîne YouTube actuellement plus proche d’une chaîne de télévision traditionnelle. La chaîne cumule plus de 1,6 million d’abonnés et totalise 1,3 milliard de vues en 14 ans.

Ressources supplémentaires

Ressources additionnelles

“Feature and Narrative Storytelling for Multimedia Journalists” par Duy Linh Tu, se concentre sur les techniques de production multimédia et documentaire requises pour les journalistes professionnels. Les méthodes de production vidéo et audio sont abordées de manière très détaillée, et surtout, diverses techniques de narration sont explorées en profondeur.

The Sundance Institute propose également des cours en ligne sur divers aspects du processus de production. Certains sont gratuits et d’autres coûtent quelques centaines de dollars.

La série de podcasts Film Trooper compte trois épisodes consacrés à la rentabilité de la production de documentaires.

Si vous avez besoin de conseils supplémentaires sur la mise en place de votre équipe vidéo, contactez le HelpDesk du GIJN.

 


Nikolia Apostolou est la directrice du centre de ressources du GIJN. Au cours des 15 dernières années, elle a publié des articles et produit des documentaires sur la Grèce, Chypre et la Turquie pour plus de 100 médias, dont la BBC, Associated Press, AJ+, le New York Times, The New Humanitarian, PBS, Deutsche Welle et Al Jazeera.

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