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Image: Screenshot, ADS-B Exchange

Planespotting flight tracking resources map of southern England

Image: Screenshot, ADS-B Exchange

La capacité à suivre les déplacements d’aéronefs est une méthode d’enquête de plus en plus utile pour les journalistes. Quatre ans après avoir publié la première édition du guide pour traquer les avions et suivre des vols dans le monde entier, GIJN a décidé de le mettre à jour. Une nouvelle édition rendue indispensable après l’invasion de l’Ukraine en 2022, qui a entraîné une grande migration des oligarques russes et de leurs actifs, ainsi que des efforts d’Elon Musk pour empêcher les bots de suivre les avions en temps réel sur Twitter.

GIJN remercie Emmanuel Freudenthal, journaliste indépendant et directeur de Dictator Alert, pour sa contribution et son expertise, pour la mise à jour de ce guide.

La traque des avions est un outil d’enquête précieux.

Les journalistes d’investigation ont ainsi déjà utilisé des informations sur les avions pour révéler des faits de corruption, couvrir des guerres, suivre des responsables gouvernementaux ou encore préciser les niveaux d’émission de gaz à effet de serre.

Tous les aéronefs ont des numéros d’identification uniques qui peuvent être utilisés pour suivre leurs vols et identifier leurs propriétaires. La plupart du temps en tout cas.

Les informations de vol sont disponibles auprès d’organisations commerciales et à but non lucratif qui rassemblent et mettent à disposition de grandes quantités de données de vol. Cela permet de suivre des avions particuliers, de surveiller des emplacements spécifiques, d’identifier des modèles, etc.

Le repérage d’avions est possible grâce aux systèmes d’identification de localisation qui suivent les vols. L’une des principales technologies est l’ADS-B (Automatic Dependent Surveillance-Broadcast). Les signaux ADS-B sont publics et peuvent être suivis par des amateurs avec des stations de suivi ADS-B peu coûteuses (10 à 200 dollars).

Les trajectoires de vol sont affichées sur de nombreux sites Web. Cela rend le suivi de base assez simple. Cependant, des informations beaucoup plus sophistiquées peuvent être obtenues en analysant les données brutes avec un ordinateur pour détecter des modèles et créer des alertes.

De multiples complications peuvent entraver le suivi de l’avion. Les pilotes peuvent désactiver les signaux de suivi. Selon les lois nationales, certains avions n’ont pas besoin de partager leurs coordonnées de vol dans certaines zones. Le suivi des avions militaires présente des défis particuliers (mais n’est pas impossible). Aux États-Unis, la réglementation facilite les vols anonymes en jets privés. Et dans de nombreuses régions du monde, la couverture ADS-B est limitée en raison du manque de stations de réception.

La traque d’avions fascine de nombreux amateurs (appelés « planespotters » ou « geeks de l’aviation »). Cette communauté dévouée est une ressource potentielle pour les reporters. Certains « planespotters » se postent ainsi près des aéroports pour prendre des photos et des vidéos d’avions insolites. Il existe même un site Web appelé Airport Spotting qui contient des informations sur les endroits où se poster dans les aéroports du monde entier.

D’autres observateurs comptent sur leurs ordinateurs. Garder un œil sur les allées et venues des célébrités, des dirigeants d’entreprise et des personnalités politiques est populaire. Certains observateurs surveillent de près les vols dans les zones de guerre.

Le travail d’un « planespotter » a ainsi fait récemment la Une des journaux parce qu’il a irrité le milliardaire Elon Musk.

Jack Sweeney, étudiant en deuxième année à l’Université de Floride centrale, a créé un bot Twitter pour publier des informations sur l’emplacement du jet principal du milliardaire (N628TS). L’un des premiers gestes d’Elon Musk en tant que nouveau patron de Twitter a été de fermer son compte, ainsi que ceux des autres observateurs et de la société qui lui a fourni les données.

Jack Sweeney est passé à un compte subreddit (r/ElonJetTracker) puis est réapparu dans une nouvelle incarnation sur Twitter (@elonjetnextday). Son fil Twitter dispose désormais d’un délai de 24 heures pour se conformer à une nouvelle règle Twitter interdisant les publications contenant des informations de localisation en temps réel.

Début février 2023, Twitter a créé un autre obstacle en annonçant qu’il facturerait désormais son interface de programme d’application (API). De nombreux « planespotters » publient des informations pour le plaisir, sans but lucratif, et après l’annonce de Twitter, ils ont indiqué que ces nouveaux coûts auraient pour impact de réduire leur activité.

Photo: Pixabay

Les principales sources d’informations pour le suivi des vols 

Les informations de vol en temps réel sont largement disponibles, la plupart gratuitement.

Les sites de suivi varient dans leurs fonctionnalités. Des abonnements et/ou des frais sont souvent requis pour l’historique des données, par exemple. Cependant, les coûts peuvent être assez bas – de 5 à 10 $ par mois – pour les informations de base et davantage pour les fonctionnalités de plus grande valeur.

Ces sites s’appuient massivement sur des passionnés qui ont installé des antennes partout dans le monde. Ceux qui « alimentent » les sites avec les informations de leurs antennes accèdent gratuitement aux abonnements les plus chers. 

À noter que certains sites de suivi sont plus flexibles avec les journalistes et leur fournissent des conseils gratuits. Cela ne fait pas de mal de demander. Utile à savoir également : certains sites sont associés à des forums de discussion et à des blogs pédagogiques.

Voici les principaux sites de suivi des avions :

L’ADS-B ExchangeCe site fournit des informations sur davantage de vols que d’autres services de suivi des vols. Il a la faveur de beaucoup d’utilisateurs car il ne filtre pas les informations sur les avions américains qui ont demandé l’anonymat en vertu de la réglementation américaine (plus d’informations à ce sujet ci-dessous.) Il est possible de rechercher gratuitement l’historique des vols de n’importe quel avion. Regardez la carte de suivi, puis cliquez ou recherchez n’importe quel avion. Dans le panneau de gauche, recherchez « historique ». Les demandes de données brutes nécessitent généralement des paiements. Pour obtenir de l’aide sur la carte, regardez ici. En janvier 2023, ADS-B Exchange a été vendu à JetNet, inquiétant certains utilisateurs, bien que JetNet ait promis la continuité.

Icarus Flights – Cet outil de suivi des vols créé par le Center for Advanced Defence Studies (C4ADS), centre à but non lucratif, utilise les données ADS-B Exchange et ajoute des fonctionnalités spéciales. Entre autres choses, les utilisateurs peuvent surveiller des zones spécifiques, suivre l’activité de vol par des aéronefs sanctionnés au niveau international et interroger les données sur la propriété des aéronefs. Icarus Flights est accessible au public, mais les enquêteurs souhaitant l’utiliser doivent contacter C4ADS pour accéder à son service gratuit.

L’OpenSky Network est une association à but non lucratif basée en Suisse qui dit posséder le plus grand ensemble de données de surveillance du trafic aérien en son genre, car « nous sauvegardons chaque message reçu d’un avion », a indiqué l’un de ses bénévoles à GIJN. Dans la base de données des aéronefs, une recherche à partir des numéros de queue affichera les informations d’enregistrement de l’avion, l’historique des vols récents et s’il est actuellement en vol. Dans la fonction Explorateur, les recherches montrent les avions actuellement en vol. Il existe également un historique de 30 jours pour tous les aéronefs suivis. Une autre fonctionnalité est une liste de toutes les alertes d’urgence.

OpenSky est destiné aux universitaires et aux organisations à but non lucratif menant des travaux de recherche, mais est également venu en aide aux journalistes ayant des demandes clairement définies et s’est associé à des médias pour des visualisations « et d’autres projets qui servent à accroître notre visibilité ».

Depuis l’achat d’ADS-B Exchange par JetNet, deux nouveaux sites ont vu le jour, tous deux avec beaucoup moins de contributeurs, et donc moins de couverture, du moins en février 2023, et promettant d’être non filtrés.

Les voici :

Theairtraffic.com – Un site lancé par Jack Sweeney « et les membres du serveur Ground Control Discord » avec l’engagement de « toujours être ouvert et non filtré ».

Adsb.fi « Un traqueur de vols piloté par la communauté, avec plus de 500 contributeurs actifs dans le monde » promettant « un accès ouvert et non filtré aux données du trafic aérien mondial ».

Autres fournisseurs de services de suivi

Il existe de nombreux autres sites de suivi qui proposent des cartes de suivi en temps réel et affichent gratuitement les voyages récents d’un avion, et plus encore. Cependant, ces services de suivi des vols accèdent aux demandes de retrait de tout aéronef dont le propriétaire le demande. Néanmoins, il est important de noter que leur couverture est bien meilleure que celle d’ADS-B Exchange dans certaines parties du monde (par exemple, l’Afrique et l’Amérique du Sud).

Certaines options, telles que la notification du moment où un avion décolle et l’accès à l’historique des données de vol, sont payantes.

Parmi les autres services de suivi on trouve : AirfleetsAVDelphi, Flight Stats Flight Board, FlightView, FreedarPlane MapperPlaneplotter, et https://skyscanworld.com.

Il existe également d’autres sites initialement conçu pour les passagers des vols commerciaux.

En outre, il existe des sites spécialisés utiles. Tels que :

  • Dictator Alert – Un projet qui suit les avions des régimes autoritaires du monde entier et gère plusieurs bots Twitter qui annoncent quand ces avions atterrissent à Paris, Londres, Genève ou l’EuroAirport de Bâle-Mulhouse-Freiburg.
  • Bellingcat – Une base de données open source pour suivre « les vols remarquables à destination et en provenance des aéroports du pays dans le but de mieux comprendre la dynamique récente et en évolution au Kazakhstan ».
  • Advisory Circular Bots – publie des posts lorsqu’un avion volent en rond au-dessus des villes du monde entier, y compris Los Angeles, Baltimore, Portland, Minneapolis et Londres.

Les médias sociaux sont également inondés de « planespotters » rapportant leurs découvertes. Voir les hashtags Twitter tels que : #aviation#avgeek#planespotting#flight, et #MilAvGeek.

Voici quelques comptes Twitter prolifiques : Evergreen Intel @vcdgf555, Gerjon @Gerjon, Aircraft Spots @AircraftSpots, SkyScanWorld @scan_sky et Avi Scharf @avischarf.

Consultez aussi le Discord de Bellingcat sur les bateaux et les avions.

Notions de base du suivi 

Les sites Web de suivi affichent des informations permettant d’identifier l’aéronef.

Un de ces identifiants est connu sous le nom de « code hexadécimal » (parfois aussi appelé le mode S ou OACI). Cette série de six ou sept lettres et chiffres est dérivée des adresses 24 bits attribuées aux gouvernements par l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), ce qui signifie qu’il est possible de connaître le pays dans lequel un avion est immatriculé avec le code. Ce « code hexadécimal » ne changera généralement pas à moins que l’avion ne soit vendu. En principe, c’est un identifiant unique pour l’avion. et ce sont les informations reçues par les antennes de suivi.

Par ailleurs, tous les aéronefs disposent (ou devraient disposer) de marquages ​​uniques et visibles près de la queue de l’appareil – une courte série alphanumérique débutant par un préfixe composé de lettres renvoyant au pays d’enregistrement de l’appareil (N pour les USA, D pour l’Allemagne, etc.).

Wikipédia a une liste pratique des préfixes d’immatriculation des aéronefs. Ce préfixe est suivi de quelques chiffres et/ou lettres spécifiques à l’avion. Attention, les avions militaires utilisent différents systèmes d’identification.

Veillez également aux « indicatifs d’appel ». L’indicatif d’appel est plus ou moins celui que le pilote décide d’entrer pour ce vol. Sur les vols commerciaux, ce sera le numéro de vol comme DAL307 pour le vol Delta Airlines 307 d’Honolulu à Minneapolis.

Les codes hexadécimaux et les numéros d’enregistrement sont la clé pour trouver des informations sur la propriété. En France, pour les avions privés, l’indicatif d’appel est souvent l’immatriculation de l’avion. Pour les hauts fonctionnaires, les indicatifs d’appel changent parfois, comme CMR001 pour le président du Cameroun, ou COTAM001 pour le français.

Russian registered plane tail number flight tracking resource

Un jet Citation affichant son numéro de queue « RA » (immatriculé en Russie) au salon aéronautique international MAKS 2019. Image : Shutterstock

Le défi de l’identification des propriétaires

L’identification des propriétaires d’aéronefs est possible, mais parfois difficile.

La plupart des pays ne rendent pas publics leurs « registres » nationaux de propriété. De nombreux avions sont immatriculés dans des pays qui garantissent l’anonymat, comme Aruba (plus de détails ci-dessous). L’enregistrement n’a pas besoin d’avoir lieu là où vit le propriétaire de l’avion.

Une soixantaine de gouvernements rendent publiques certaines informations sur la propriété. Certains sont assez conviviaux, permettant des recherches et des téléchargements en ligne. Certains, comme le Royaume-Uni et les États-Unis, fournissent des informations détaillées sur les propriétaires de l’avion et même sur les modifications physiques qui y ont été apportées. Même quand des informations sont disponibles, elles peuvent être restreintes, indiquant uniquement le type d’avion et le nom du propriétaire. Et tandis que certains registres sont mis à jour quotidiennement, d’autres ne le sont que tous les mois ou tous les ans.

Les informations sur la propriété peuvent être dissimulées. Dans de nombreux cas, le propriétaire répertorié est une société écran ou une société de gestion d’avions, ce qui nécessite des recherches supplémentaires pour déterminer à qui appartient réellement l’avion. Aux États-Unis, le gouvernement autorise les propriétaires étrangers à transférer des titres à un fiduciaire américain. Certains des sites Web de suivi incluent des informations sur la propriété, bien que les sources ne soient généralement pas indiquées et qu’elles nécessitent de payer.

Autres points à avoir en tête concernant les passagers :

Le propriétaire d’un avion n’est pas toujours à bord. Parfois, les jets sont loués ou se rendent sur des sites de maintenance. Le fait qu’un avion appartenant à Elon Musk décolle ne signifie pas que lui-même se trouve à bord. Les listes des passagers ne sont pas accessibles au public, il est donc difficile d’identifier les passagers. Pour confirmer qui est assis à l’intérieur, il faut généralement fouiller dans les médias sociaux ou faire du journalisme « à l’ancienne ». L’observation directe peut donner des résultats, et de nombreuses personnes travaillant dans les aéroports pourraient en parler. Autre possibilité, les passagers peuvent poster des photos sur Instagram… fournissant ainsi eux-mêmes des informations.

Où trouver des informations sur la propriété

Voici quelques ressources avec des informations sur la propriété, avec les différentes permutations d’informations gratuites ou sur abonnement.

Voici quelques-uns des principaux registres nationaux consultables :

Quelques autres possibilités :

Sites spécialisés sur le suivi des vols militaires

Les sites de recherche généraux énumérés plus haut couvrent les vols militaires. ADS-B Exchange a ainsi un filtre qui affiche uniquement les avions militaires.

Voici quelques autres sites Web spécialisés dans le suivi des vols militaires :

ADS-B.NL est un site basé sur les données en temps réel de l’ADS-B Exchange mais qui se concentre sur le suivi des avions militaires. 

Radarbox permet des recherches gratuites et vous permet de créer votre propre widget pour pouvoir suivre les vols en direct. Pour protéger la sécurité opérationnelle des opérations militaires, ainsi que la confidentialité de certains opérateurs de jets privés, Radarbox bloque ou censure leur suivi.

Scramble possède des bases de données sur différents appareils des forces aériennes en Europe, aux États-Unis et au Canada, ainsi que sur des forces aériennes en Amérique du Sud, en Afrique et en Asie. Le site est mis à jour par la la Société d’aviation néerlandaise et compte des forums actifs. Scramble héberge également la base de données du transport soviétique.

Planeflightracker est spécialisé dans les avions militaires de la Russie et de l’OTAN.

La recherche via numéro de série permet de rechercher des avions militaires américains. Elle est gérée par l’expert Joe Baugher, « un maniaque du numéro de série d’aéronefs ». Son site contient également une excellente collection de sites d’aviation.

Photos

Deux sites Web avec de grandes archives de photographies d’avions sont :

Les « planespotters » amateurs prennent fréquemment des photos et des vidéos et les diffusent sur les réseaux sociaux. De nombreux sites de suivi des vols incluent également des photos.

Planespotters.net gallery

Des sites comme Plansespotters.net et Jetphotos.com offrent une vaste gamme d’images ou d’avions privés, commerciaux et militaires. Image : Capture d’écran, Planespotters.net

Comprendre les systèmes de suivi

Une fois en vol, les avions sont suivis de plusieurs façons.

Le système le plus récent, adopté à l’échelle internationale, est l’ADS-B, Automatic Dependent Surveillance-Broadcast. C’est ce système qui fournit les informations les plus riches.

Pour prendre un peu de recul, voici une brève présentation des systèmes à base de radar utilisés depuis des décennies : 

Les radars dit « primaires » détectent et mesurent la position approximative d’aéronefs grâce à des signaux radio réfléchis.

Quant aux radars de surveillance dits « secondaires », ils reposent sur la retransmission d’informations par chaque aéronef recevant un signal radio. La réponse contient des informations d’identification (le code hexadécimal OACI) ainsi que l’altitude à laquelle se situe l’appareil, mais ne fournit pas d’informations de localisation. L’emplacement peut néanmoins être établi en recoupant des transmissions recueillies à plusieurs endroits. Celles-ci sont combinées via un processus dit de multilatération (MLAT) pour estimer la position de l’aéronef. (Voici une explication plus approfondie accompagnée d’un graphique.)

L’ADS-B permet une couverture, une fréquence et une précision bien supérieures, et à moindre coût. Avec l’ADS-B, les équipements embarqués déterminent le positionnement de l’avion via satellite et transmettent deux fois par seconde ses coordonnées GPS, son altitude, sa vitesse et son cap, ainsi que son code d’identification. C’est ce qu’on appelle l’’ADS-B Out’. Un décollage ou un atterrissage peut être déduit en fonction de la vitesse, de l’altitude et des coordonnées transmises.

L’enregistrement ADS-B n’est pas toujours complet. Il existe des zones mortes où aucun récepteur n’existe, comme pour les déserts, les océans et les calottes polaires. La couverture est incomplète pour une grande partie de l’Afrique et inégale pour l’Amérique latine.

Ce qui fait de l’ADS-B une nouveauté marquante est sa capacité à capter les signaux avec un équipement qui coûte seulement 20 dollars (un prix bien moindre qu’une installation radar). Les signaux non cryptés, transmis à une fréquence de 1090 MHz, peuvent être captés dans un rayon d’environ 320 kilomètres. Il existe désormais des dizaines de milliers de récepteurs, principalement exploités par des passionnés d’aviation amateurs qui renvoient les signaux à des services de suivi commerciaux ou à but non lucratif, moyennant parfois une modeste rémunération.

L’ADS-C est un suivi par satellite, et il n’est utilisé que par certains des plus gros avions commerciaux. Il est important d’être conscient de cette source de données lorsque vous consultez les cartes de couverture des sites de suivi, car les avions ADS-C peuvent faire paraître la couverture meilleure qu’elle ne l’est réellement.

Certains services de suivi subventionnent l’installation d’un système de suivi ADS-B et les trackers peuvent obtenir des données gratuites.

Coder pour rechercher des vols 

Beaucoup peut être tiré de l’utilisation des outils de base sur les sites de suivi des vols.

Cependant, des projets plus ambitieux nécessiteront d’accéder aux données et de les affiner avec une programmation personnalisée. Les données des principaux services de suivi, comme indiqué précédemment, sont accessibles, généralement moyennant des frais.

De nombreux sites proposent des interfaces de programmation d’applications (API) pour faciliter l’utilisation des informations.

Pour traiter et analyser des données de suivi de vol, vous aurez généralement besoin d’une certaine connaissance de langages de programmation comme R ou Python. Dans certains cas , vous pourrez également simplement connecter une trajectoire de vol à Google Earth.

Voici un tutoriel de 2018 par Geodose sur la création d’un outil simple de suivi de vol avec Python, ainsi qu’une mise à jour sur la façon de « le rendre plus beau, avec une approche plus avancée utilisant Pandas et Bokeh ». Et voici un guide d’écriture d’un programme pour collecter automatiquement des données sur les avions à proximité à l’aide de l’API OpenSkyNetwork.

Peter Aldhous de BuzzFeed News, qui s’est servi de données fournies par Flightradar24, est un expert dans l’utilisation des données de vol.

En 2016, Aldhous a écrit « Des espions dans le ciel », qui montre que des avions exploités par le FBI et le Département de la sécurité intérieure (DHS) survolent régulièrement la plupart des grandes villes américaines. Dans un second temps, il a utilisé l’apprentissage automatique pour identifier d’autres avions espions, en formant un algorithme à partir des données concernant les avions du FBI et du DHS. (Pour plus de détails, veuillez consulter cette explication.)

Peter Aldhous de BuzzFeed a révélé que des avions du FBI survolaient des villes. Image : BuzzFeed

Parfois, vous pouvez trouver des programmes prêts à l’emploi sur GitHub qui peuvent vous aider à analyser les données, mais il est probable que vous ayez encore besoin de compétences en codage.

De plus, voici une suggestion pratique d’un « planespotter » sur la façon d’utiliser ADS-B Exchange : 

« Je regroupe les codes hexadécimaux sur ADS-Bx en utilisant la fonction « multiple airframes » et j’enregistre les URL dans les onglets favoris pour un accès facile. Cela me donne une fenêtre de 24 heures sur ce que font ces cellules. Je ne sais pas s’il y a une limite quant au nombre de groupes que vous pouvez regrouper, mais cela plantera votre ordinateur si vous en faites plus de, disons, 500 à la fois.

Cela me fait gagner énormément de temps. Cela accroche également des codes hexadécimaux tout au long de la journée où ils ne peuvent être reçus que pendant quelques secondes, prouvant ainsi qu’ils étaient dans les airs, par exemple. Ceci est essentiel dans les zones où il n’y a pas un réseau de récepteurs aussi robuste (Russie orientale, Afrique, etc.) »

Travailler autour des programmes de sécurité des vols américains

Le gouvernement américain a deux programmes conçus pour permettre le vol anonyme par des avions privés dans l’espace aérien américain. Bien que ceux-ci aient frustré les traqueurs, les protections ne sont pas insurmontables.

Il est plus facile de contourner le programme Limiting Aircraft Data Display (LADD). LADD permet aux propriétaires d’avions américains de filtrer leurs données de vol à partir des données distribuées par la Federal Aviation Administration. Comme ADS-B Exchange n’utilise pas les données de la FAA, il identifie tous les vols LADD. Voici également une liste LADD fréquemment mise à jour, non officielle, mais basée sur les informations de la FAA.

Un deuxième programme a été lancé après que les propriétaires d’avions privés ont fait pression pour un système plus sécurisé. Dans le cadre du programme Privacy ICAO Aircraft Address (PIA), les propriétaires peuvent demander à la FAA de leur attribuer un code hexadécimal temporaire qui n’est pas associé à leur numéro de queue. Le code dure 60 jours et peut être modifié aussi souvent que tous les 20 jours.

Le programme PIA du gouvernement américain a présenté certains obstacles pour les « planespotters », mais ils ont développé une variété de solutions de contournement. Même si peu de propriétaires ont profité du programme, leur désir d’anonymat a attiré l’attention. Il existe un site Facebook appelé PIA Busters.

Comment savoir si un avion utilise un code PIA ? ADS-B Exchange a un filtre pour « PIA ». Cliquez dessus et voyez le vol PIA, généralement seulement une poignée de ces vols.

Connaissant le code PIA, les experts suggèrent un certain nombre de façons de déterminer de quel avion il s’agit. La plupart d’entre eux sont moins techniques que comportementaux.

  • Surveillez les modèles d’avion PIA et recherchez des itinéraires et des destinations familiers. (Rassemblez-les sur une feuille de calcul.)
  • Utilisez des indices provenant des médias sociaux ou des comptes rendus d’actualités pour corréler les mouvements de l’avion avec une personne possible.
  • Appuyez-vous sur des observations visuelles au sol (et via des webcams en direct dans les aéroports) cohérentes avec les mouvements de l’avion PIA pour confirmer l’identité de l’avion. Le numéro peint sur le côté de l’avion ne change pas.
  • Vérifiez les messages ACARS qui peuvent fournir des informations d’identification. (Plus d’informations sur ACARS ci-dessous.)
  • Entrez le numéro PIA dans d’autres sites de recherche, car parfois des problèmes exposent des informations utiles.

Il existe une possibilité de nouvelles restrictions internationales. Par exemple, fin 2022, l’Arabie saoudite a déposé une proposition à l’OACI « suggérant un niveau contrôlé de mesures de confidentialité ». Aucune mesure n’a été prise à ce sujet début 2023.

Utilisation de la FOIA aux États-Unis pour obtenir des données de vol

Une autre façon d’obtenir des données de vol aux États-Unis consiste à déposer une demande en vertu de la loi sur la liberté d’information auprès de la Federal Aviation Administration. Les demandes peuvent être envoyées à cette adresse e-mail : 7-awa-arc-foia@faa.gov

Demandez les « enregistrements de vol du référentiel TFMS pour les aéronefs avec numéro de queue » et donnez le numéro de queue. TFMS est le référentiel du système de gestion des flux de trafic. Définissez également une période de temps telle que « à partir du 1er janvier 2023 jusqu’à la date d’exécution de cette demande ». Demandez qu’il soit fourni en format électronique. Les données fournies comprennent des informations de vol qui ne peuvent pas être obtenues via les services de suivi des vols si le propriétaire a exercé son option de blocage.

Voici un exemple de ce qui peut être obtenu, dans ce cas par le journaliste de ProPublica Justin Elliot pour un article de 2020, « Steve Bannon’s Use of Private Jet Linked to Chinese Businessman Could Violate Campaign Finance Law ».

Suivi des messages radio 

Une autre façon de suivre les avions consiste à suivre les courts messages entre l’avion et le contrôle de la circulation aérienne (ATC). Le système de transmissions radio est connu sous le nom d’ACARS (Aircraft Communications Addressing and Reporting System). (Voir une description détaillée accompagnée d’une vidéo ou regarder une vidéo moins technique.)

Les transmissions non cryptées décrivent principalement des plans de vol mais peuvent également concerner des problèmes mécaniques. Les messages ACARS ont été largement surveillés par les observateurs du retrait américain de Kaboul en 2021.

L’interprétation des messages est un défi car beaucoup de jargon abrégé est utilisé. Voici un article de blog qui donne un aperçu des abréviations, telles que « ATB : Air Turn Back » – lorsque le capitaine décide de retourner à l’aéroport de départ au lieu de continuer vers la destination. Et un autre article avec quelques exemples. Vous aurez probablement besoin d’un expert pour déchiffrer les longues conversations ACARS.

Les messages peuvent être captés avec des récepteurs terrestres ou satellites et une collection internationale a été créée par Airframes.IO, qui tweete sur les comptes @thebaldgeek et @AirframesIO. Les messages ACARS sont affichés en temps quasi réel. Ils passent sur la page « Messages », mais peuvent être recherchés.

Un autre site, LiveATC.net, propose des liens vers des communications en direct sur le trafic aérien à partir du trafic radio ATC en direct du monde entier. LiveATC.Net fournit des transmissions audio ATC en direct et enregistrées avec récupération d’archives.

Les rapports d’incidents et d’accidents 

Les rapports d’accident peuvent fournir des détails supplémentaires sur la propriété. Les agences nationales chargées de la sécurité des vols peuvent divulguer des enregistrements d’accidents et d’inspections.

L’Aviation Safety Network (ASN) est une initiative privée et indépendante qui gère une base de données en ligne sur les accidents et les problèmes de sécurité concernant les avions de ligne, les avions de transport militaire et les jets d’affaires. L’ASN dispose d’une liste internationale des commissions d’enquête sur les accidents.

L’Aviation Herald rend compte de toutes sortes d’incidents et d’accidents dans le monde.

Pour les accidents aux États-Unis, l’organisme responsable est le National Transportation Safety Board.

D’autres dossiers d’agences américaines, tels que les dossiers d’achat et de passation de marchés, peuvent offrir des sources potentielles d’informations sur les avions gouvernementaux. Les dossiers d’enregistrement de la FAA montrent les modifications apportées aux avions, y compris l’ajout de caméras de vision nocturne.

Ruses pour préserver le secret aux Etats-Unis 

Aux États-Unis, des journalistes d’investigation ont exploré la manière dont certains propriétaires ont enregistré leurs jets via des banques ou des fiducies pour éviter toute identification.

Le gouvernement américain autorise les propriétaires étrangers à transférer des titres à un fiduciaire américain. Plus de 1 000 aéronefs ont comme adresse celles de fiducies. C’est le cas par exemple d’Aircraft Guaranty Corp., situé à Onalaska, au Texas, une ville sans aéroport, comme l’a écrit la WFAA en 2019.

Le Boston Globe a dévoilé l’envergure du problème de l’opacité des immatriculations dans une série d’articles intitulée « Secrets dans le ciel »: « Une enquête menée par l’équipe Spotlight a révélé que le manque de surveillance exercée par l’Administration fédérale de l’aviation avait facilité au fil des décennies l’immatriculation d’avions privés et la dissimulation d’identités par des trafiquants de drogue, des politiciens corrompus et même de personnes ayant des liens avec le terrorisme. » Aux États-Unis, plus d’un avion enregistré sur six est tout bonnement introuvable, selon le Globe.

Le New York Times a révélé comment cette défaillance des autorités avait profité à un oligarque russe. (Voir cet article de synthèse dans Business Jet Traveler, qui défend ce système.)

La location pose un autre problème

Lorsque les jets sont loués, ce qui est courant, il est presque impossible de savoir qui paie pour un vol en particulier.

C’est ce qu’a connu la journaliste Erdélyi Katalin du site d’investigation hongrois Atlatszo quand elle a commencé à poser des questions sur l’utilisation d’un jet privé par le premier ministre Viktor Orbán. Son enquête a révélé que le jet avait été immatriculé en Autriche. On ne sait pas qui a payé pour ces vols. Le jet est exploité par International Jet Management GmbH, une société autrichienne spécialisée dans l’exploitation de jets d’affaires.

GIJN a publié un article des journalistes d’Atlatszo décrivant leur enquête, « Un yacht privé, un avion luxueux et l’élite dirigeante de la Hongrie : les dessous de l’enquête ».

Viktor Orbán descend du jet OE-LEM à l’aéroport de Budapest le 25 juillet 2018. Photo : Atlatszo / Daniel Nemeth

Pays favoris pour l’enregistrement

Les avions ne doivent pas forcément être enregistrés dans le pays de résidence de leur propriétaire. Et les avions peuvent être enregistrés une deuxième fois (parfois avec un numéro d’identification différent).

Le Guide officiel 2023 de l’immatriculation d’avions, préparé par Corporate Jet Investor, décrit les règles nationales en matière d’immatriculation des avions, et le site internet regroupe l’actualité de l’aviation provenant de différentes sources. La facilité d’enregistrement, la confidentialité et les avantages fiscaux sont des considérations clés.

Nombreux sont ceux qui enregistrent leurs avions sur l’île de Man, ce territoire permettant d’éviter les taxes de l’Union européenne, selon un rapport du Consortium international des journalistes d’investigation.

Aruba, les Bermudes et les îles Caïman sont d’autres lieux d’enregistrement prisés.

Ce guide a été traduit par Olivier Holmey et Alcyone Wemaëre.

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