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Capture d’écran de la carte COVID-19 de l’Université Johns Hopkins le 10 mars 2020

 [ Article initialement publié en mars 2020, mis à jour en avril 2021] Depuis l’apparition du COVID-19 fin 2019, les journalistes du monde entier sont confrontés aux nombreux défis liés à la couverture de l’épidémie parmi lesquelles la lutte contre la désinformation et les risques pour la santé des journalistes sur le terrain, tout en étant vigilant à ne pas alimenter la panique.

Les journalistes ne peuvent pas couvrir une pandémie en étant en quarantaine. Nous devons aller sur le terrain mais nous prenons aussi le risque d’être infecté.

Pour aider les journalistes à couvrir de manière adéquate le coronavirus, vous trouverez dans ce guide, que nous actualiserons régulièrement, les conseils d’organisations de journalisme, de journalistes expérimentés et d’experts.

Une couverture responsable 

Dans ses recherches, Karin Wahl-Jorgensen, professeure de journalisme à l’Université de Cardiff, a étudié la couverture de COVID-19 faite par 100 journaux à fort tirage du monde entier. Elle a montré comment la peur a tenu une place prépondérante dans la couverture du virus et montrait qu’un article sur neuf sur l’épidémie mentionnait le terme «peur» ou des mots apparentés.

«Ces articles font également souvent usage d’un vocabulaire anxiogène; par exemple, 50 articles utilisaient l’expression «virus tueur», écrit-elle dans cet article du Nieman Lab.

Alors, comment éviter de semer la panique tout en continuant à fournir une couverture de l’épidémie approfondie et équilibrée ? Selon Al Tompkins de Poynter qui publie une newsletter sur le COVID-19, la solution est de couvrir la crise de manière responsable. Voici quelques uns de ses conseils :

Utilisez moins d’adjectifs subjectifs dans les rapports; par exemple : maladie «mortelle». Utilisez les images avec soin pour éviter de diffuser un message inadéquat.  Expliquez les actions préventives; cela peut rendre votre article moins effrayant. N’oubliez pas que les analyses statistiques sont moins effrayantes que les récits individuels. Évitez les titres sensationnalistes et soyez créatif dans la présentation.

Dans une autre article de Poynter, Tom Jones recommande de valoriser les faits et non les articles d’opinion. «C’est une affaire scientifique, pas politique», écrit-il. Bien sûr, la politique est importante, mais soyez attentif aux déclarations sur le COVID-19 provenant de sources politiques partisanes. Reposez-vous avant tout sur les experts médicaux.

Comment le nommer 

Depuis le début de l’épidémie, les journalistes utilisent des noms différents pour le virus. Par exemple, «le coronavirus», «un coronavirus», «nouveau coronavirus». “ C’est parce que ce coronavirus est distinct des autres coronavirus qui ont provoqué leurs propres épidémies ou pandémies. Chacun d’entre eux a un nom, et chacun était nouveau à un moment donné », explique Merrill Perlman dans un article publié récemment par la Columbia Journalism Review (JR). Vous voulez en savoir plus sur les noms ? Vous pouvez lire les explications de l’OMS sur les raisons pour lesquelles les virus ont des noms différents. Depuis le 11 mars, l’ “épidémie” de Coronavirus est officiellement devenue une “pandémie” selon l’OMS. Si vous avez d’autres questions sur le vocabulaire à utiliser pour couvrir l’épidémie, vous pouvez consulter ce guide d’Associated Press sur le Coronavirus.

Ne pas prendre de risques

Les journalistes ne peuvent pas couvrir une pandémie internationale en étant en quarantaine. Nous devons aller sur le terrain mais nous prenons aussi le risque d’être infecté. Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) a publié une feuille de recommandation détaillée à l’intention des journalistes couvrant le coronavirus. Vous y trouverez comment vous préparer avant de partir en reportage, des conseils pour éviter d’être infecté, et des conseils à suivre au retour de votre reportage.

Voici un résumé des principales recommandations de l’organisation pour la couverture sur le terrain :

Utilisez des gants de protection si vous travaillez ou visitez un site infecté, comme un centre de traitement médical. D’autres équipements de protection individuelle médicale (EPI) tels qu’une combinaison et un masque facial complet peuvent également être nécessaires. Ne visitez pas les marchés humides (où la viande ou le poisson frais sont vendus) ou les fermes dans une zone touchée par le virus. Évitez tout contact direct avec les animaux (vivants ou morts) et leur environnement. Ne touchez pas les surfaces qui pourraient être contaminées par des excréments d’animaux. Si vous travaillez dans un établissement de santé, un marché ou une ferme, ne placez jamais votre équipement sur le sol. Nettoyez toujours l’équipement avec des lingettes antimicrobiennes à action rapide comme le Meliseptol, suivi d’une désinfection complète. Ne mangez jamais et ne buvez pas non plus en touchant des animaux ou à proximité d’un marché ou d’une ferme.

Assurez-vous toujours que vos mains sont soigneusement lavées avec de l’eau chaude et du savon avant, pendant et après avoir quitté une zone affectée.

Les experts

Pour rester à jour, consultez régulièrement les sites webs de l’ OMS. Cet article du Conseil national de l’ordre des Médecins français recense toutes les sources d’informations actualisées et fiables sur le Coronavirus. Vous trouverez également des informations actualisées sur le Coronavirus en Suisse sur le site de la Confédération des Cantons et des Communes et sur ce site en Belgique.

Un chercheur ayant reçu un prix Nobel pour un sujet scientifique n’est pas forcément pertinent sur tous les sujets scientifiques.

Nous vous recommandons également la carte du COVID-19 et le centre de ressources sur le Coronavirus de la Johns Hopkins University.

La boîte à outils des journalistes, de la Société des journalistes professionnels, a par ailleurs fait la liste des ressources et sources clés pour couvrir l’épidémie. En voici quelques unes :

L’ Indice de sécurité sanitaire mondiale évalue les capacités sanitaires dans 195 pays The NewsMarket, Inc. qui héberge de nombreuses vidéos MPassport.com, une base de données de docteurs anglophones dans 180 pays

Pour en savoir plus, consultez ce webinaire du National Press Club de Washington, DC ou celui-ci par le Center for Health Journalism de l’Université de Californie du Sud à Annenberg.

Les experts de la maladie ne sont pas faciles à trouver. Le virus est inconnu et imprévisible, et il n’y a pas suffisamment de chercheurs ou de médecins spécialisés sur le COVID-19. Lorsque vous choisissez des experts, tenez compte de cinq suggestions de William Hanage, professeur agrégé d’épidémiologie à Harvard’s T.H. Chan School of Public Health :

Choisissez vos experts avec soin. Un chercheur ayant reçu un prix Nobel pour un sujet scientifique n’est pas forcément pertinent sur tous les sujets scientifiques. Avoir un doctorat ou enseigner dans une prestigieuse faculté de médecine ne convertit pas une personne en experte sur le coronavirus. Distinguez ce qui est avéré de ce que l’opinion pense être vrai. Identifiez également les articles d’opinion ou de spéculation.  Faites preuve de prudence lorsque vous citez les résultats de «prépublications» ou d’articles universitaires non publiés. Demandez aux universitaires de vous aider à évaluer la pertinence de certaines théories et affirmations. Pour empêcher la propagation de la désinformation, les médias devraient également fact-checker les articles d’opinion.

Les conseils d’autres journalistes

Caroline Chen est journaliste spécialisée dans la santé pour ProPublica. Elle a survécu à l’épidémie de SRAS à Hong Kong à l’âge de 13 ans et a couvert plus tard en tant que journaliste le SRAS et Ebola sur le terrain. Dans cet article, elle se questionne sur la manière la plus pertinente de couvrir le COVID-19 : comment être précis même quand on travaille avec des estimations, des projections et des informations évoluant extrêmement vite ? Comment rester en sécurité avant tout ?

L’OMS a compilé une série d’images pédagogiques que tout le monde peut utiliser – y compris les journalistes.

John Pope, journaliste spécialisé dans la santé depuis vingt ans, a rédigé 11 conseils pour couvrir la grippe porcine, que vous trouverez peut-être également pertinents pour le COVID-19. Dans cet article, il souligne l’importance d’obtenir d’abord les faits élémentaires, de cartographier l’épidémie, de faire des articles simples et concis et de mettre l’accent sur la prévention.

IJNet a également compilé une liste de conseils pour couvrir COVID-19 avec des recommandations de journalistes ayant couvert le virus. Voici certains points clés :

Concentrez-vous sur les rapports, pas sur l’analyse. Soyez vigilants sur les titres. N’oubliez pas : tous les chiffres ne sont pas exacts. Parlez à autant de personnes différentes que possible. Évitez les formulations racistes. Ne négligez pas les histoires qui ne génèrent pas forcément beaucoup d’audience. Fixez vos limites. Parfois, il vaut mieux dire «non» à l’éditeur.

L’OMS a également compilé une série d’images pédagogiques que tout le monde peut utiliser – y compris les journalistes.

Fact-Checker le COVID-19

« Nous ne combattons pas seulement une épidémie; nous combattons une infodémie », a déclaré le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, lors de la Conférence de Munich sur la sécurité le 15 février. A cette époque de désinformation où les théories du complot et les mythes numériques prolifèrent, les journalistes doivent aussi révéler lorsqu’une information est erronée, comme par exemple le fait que la maladie ait été transmise via des produits fabriqués en Chine, que les scientifiques avaient volontairement créé le COVID-19 ou qu’il provenait d’un laboratoire de recherche en particulier.

Nommer le lieu de résidence de la victime peut semer la panique au sein d’une communauté, laissant sa famille encore plus vulnérable.

Dans un article récent, Poynter révélait ainsi que les habitants d’au moins cinq pays – dont les États-Unis, l’Inde, l’Indonésie, le Ghana et le Kenya – ont vu ou lu un canular selon lequel «le gouvernement chinois avait demandé l’autorisation à la Cour suprême de tuer 20.000 personnes infectées par le coronavirus. »

Même les cartes mentent pendant les épidémies et les catastrophes. Capture d’écran: First Draft.

Pour fact-checker des informations, vous pouvez consulter l’initiative du Réseau international de fact-checking. 90 fact-checkers basés dans 39 pays différents y collaborent pour lutter contre le tsunami de mensonges liés au virus. Fin février, l’alliance #CoronaVirusFacts / #DatosCoronaVirus y a publié 558 enquêtes factuelles sur la maladie. L’OMS a également une page «Myth Busters» qui démonte les rumeurs sur le coronavirus et comprend des images éducatives qui peuvent être publiées librement par les journalistes et les organisations de médias. L’AFP a quand à elle lancé une initiative similaire, intitulée «Busting Coronavirus Myths».  Enfin, il est toujours enrichissant de lire les conseils de l’organisation First Draft, notamment cet article sur le ralentissement de la propagation de la désinformation et celui-ci sur les moyens rapides de vérifier le contenu en ligne.

Dans de nombreux médias dans le monde, les rédactions n’ont pas d’équipe ni même de journaliste spécifiquement dédié au fact-checking. Si vous retrouvez des informations suspectes, vous pouvez entrer en contact avec des groupes de fact-checking locaux et régionaux fiables pour obtenir de l’aide. En règle générale, ils sont actifs sur les réseaux sociaux et sont toujours à la recherche de prospects.

Le lien avec les victimes

Au cours d’une épidémie internationale comme celle du coronavirus, les victimes sont souvent très fragiles. Elles peuvent ne pas vouloir être identifiées et ne pas forcément vouloir en parler. Même nommer le lieu de résidence de la victime peut semer la panique au sein d’une communauté, laissant sa famille encore plus vulnérable.

Le Dart Center for Journalism & Trauma a collecté une liste de ressources sur le COVID-19. Il comprend des guides, des fiches de conseils, des avis, des bonnes pratiques et des conseils d’experts pour interviewer les victimes et les survivants et sur le travail avec des collègues exposés à des événements traumatisants. Cet article du Center for Health Journalism inclut également des recommandations pour interroger les personnes ayant vécu un épisode traumatique. Voici un résumé des conseils :

Traitez les victimes avec dignité. Laissez la victime vous «inviter» à découvrir son histoire. Autorisez la victime à dicter le moment et le lieu des entretiens et permettez aux personnes externes d’être présentes. Soyez transparent. Obtenez un consentement éclairé sur la façon dont la victime sera identifiée. Soyez humain avant d’être journaliste. Faites passer le bien-être de la victime devant votre reportage.  Ne posez pas les questions les plus difficiles en premier. Faites preuve d’empathie et écoutez. Si vous êtes souvent en contact avec des victimes traumatisées, soyez conscient que cela peut avoir un impact sur vous.

Le dernier conseil de Dart Center est un conseil que nous devrions tous prendre en compte :

« Prenez aussi soin de vous. »

Miraj Ahmed Chowdhury est le responsable de GIJN en Bengali. Il est également responsable des programmes et de la communication au sein de Management and Resources Development Initiative (MRDI), qui est également membre de GIJN au Bangladesh. Il travaille depuis 14 ans dans le journalisme, principalement pour la télévision. 

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