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Comment percer dans le documentaire d’enquête

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GICJ21, Documentary camera image

Image : Shutterstock

Le documentaire est un support de plus en plus plébiscité pour le journalisme d’enquête : le public du monde entier est séduit par cette forme narrative visuelle abordant des sujets d’intérêt général. Voici sept conseils pour percer dans ce secteur.

« C’est le bon moment pour essayer de percer dans le cinéma documentaire et les films d’investigation », affirme Tom Giles, anciennement rédacteur en chef de « Panorama », la série documentaire phare de la BBC, et désormais directeur des émissions d’actualité au sein de la chaine ITV.

Tom Giles s’exprimait dans le cadre d’un panel sur ce sujet lors de la 12e Conférence internationale de journalisme d’investigation (#GIJC21). Figuraient également au panel d’experts d’autres documentaristes primés, dont John-Allan Namu, PDG et cofondateur d’Africa Uncensored, Marc Perkins, responsable des enquêtes au sein de la BBC World Service, et Carrie Lozano, directrice du cinéma documentaire de l’Institut Sundance. La productrice et réalisatrice Elizabeth Jones, lauréate d’un Emmy Award, a quant à elle modéré la discussion.

1. Cadrez vos dépenses

La réalisation d’un budget et d’un calendrier sont essentielles à la bonne conduite d’un documentaire d’investigation. Cela permet une estimation précise des coûts à prévoir lors de la recherche d’un diffuseur. Un décompte attentif des dépenses vous aidera à éviter des coûts excédentaires, voire même de vous endetter.

De manière générale, tout journaliste souhaitant se lancer dans la réalisation de documentaires d’investigation doit se renseigner en amont sur son sujet d’enquête et sur les modalités de tournage avant de commencer la moindre dépense.

Voici les choses à prendre en compte avant de se lancer, selon Carrie Lozano : « Vraiment comprendre la teneur et la portée de votre enquête, avoir une vision du résultat attendu, vous interroger sur l’intérêt d’un traitement visuel, réfléchir au distributeur. Voilà une liste de taches à réaliser avant de commencer à engranger des frais. »

2. Choisissez votre sujet d’enquête avec soin

Un bon documentaire d’enquête devrait accomplir l’une des trois choses suivantes : soit révéler au grand public des informations dont il n’a pas conscience, soit approfondir ou contextualiser un sujet déjà bien connu, soit mettre au jour des éléments nouveaux ou intéressants sur des enquêtes que mènent en parallèle les pouvoirs publics.

Pour ce faire, mieux vaut commencer par ce qui vous est familier, car vous disposerez déjà de connaissances pratiques et d’un réseau de contacts sur le sujet. Une fois que vous aurez convenu du sujet à aborder, vous pourrez décider de la portée du documentaire et du temps qu’il vous faudra pour le réaliser.

De nombreux jeunes documentaristes s’efforcent de produire de longs films, mais John-Allan Namu déconseille de tout inclure dans votre documentaire. « C’est l’une des erreurs que j’ai commises plus tôt dans ma carrière : faites 20 ou 30 minutes sur des sujets qui n’en méritent que cinq, et votre public sera vite lassé », précise-t-il. « Il faut faire preuve de retenue ».

3. Avoir ses entrées

L’accès à un sujet ou à une source peut faire toute la différence, selon Tom Giles. Il souligne que pour les jeunes cinéastes, pouvoir démontrer que l’on a accès au sujet que l’on souhaite aborder est un argument clé quand on cherche à convaincre les directeurs des programmes, qu’il s’agisse d’un projet tout à fait original ou d’une perspective nouvelle sur un sujet connu.

« Ce qui compte, ce n’est pas seulement le sujet que vous abordez, mais comment vous l’abordez », explique Tom Giles. « Avoir ses entrées aide à raconter l’histoire, car cela vous permet de rapidement combler toute lacune. Posez-vous donc la question : quelle est votre valeur ajoutée ? »

4. Préparez-vous à tout gérer vous-même

La réalisation d’un documentaire d’investigation est extrêmement chronophage. Il arrive que les producteurs soient accaparés par les différentes tâches à réaliser, ce qui les détourne du fond du sujet. Avoir une hypothèse de départ et un planning en tête peut aider le producteur à rester concentré, selon John-Allan Namu. « Cela vous guide tout au long de la réalisation du reportage », poursuit-il. Scénariser l’ensemble du documentaire peut permettre de respecter les délais imposés.

4. Apprenez à vous vendre

Les documentaires d’investigation prennent du temps à réaliser et sont coûteux. Il est donc judicieux de s’entourer d’une petite équipe, selon Tom Giles. De même, cherchez à embaucher des personnes capables d’entreprendre plusieurs tâches, par exemple d’effectuer des tournages sur le terrain mais aussi de réaliser, de produire et de monter. Un débutant n’a pas besoin d’être un expert en tout, mais devrait être capable d’effectuer des tâches basiques. « Plus vous pourrez apporter de compétences à un projet, plus le projet sera indépendant et viable financièrement sur la durée », soutient-il.

6. Tirer parti de compétences originales

Avoir un ensemble de compétences ou de connaissances originales est également un avantage pour les débutants qui veulent percer dans la réalisation de films d’enquête, précise Tom Giles. Cela va de l’aptitude à tourner en caméra cachée – une méthode de reportage particulièrement risquée et sujette à débat – à celle d’offrir une point de vue original sur un sujet donné. Vous pouvez également avoir vécu quelque chose à titre personnel qui soit pertinent pour traiter un sujet donné.

7. Collaboration et partenariats

Le meilleur du journalisme d’investigation est souvent le résultat d’une collaboration. Cela vaut également pour les documentaires. Pour un débutant, s’associer à d’autres journalistes peut grandement améliorer le produit fini. Vos partenaires peuvent vous mettre sur la bonne voie en vous prodiguant leurs conseils et en vous partageant leurs outils.

« Les journalistes en début de carrière ne disposent pas forcément de toutes les compétences nécessaires pour produire un documentaire d’investigation, qu’il s’agisse des compétences de tournage et de montage, ou encore des techniques d’enquête en sources ouvertes utiles aux journalistes d’investigation », déclare John-Allan Namu. « La collaboration permet donc de réaliser un meilleur documentaire ».

Lectures complémentaires

“Le documentaire permet de raconter une foule de récits différents”

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