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Climate Change Reporting Guide: Methane Chapter Four
Climate Change Reporting Guide: Methane Chapter Four

Illustration: Marcelle Louw for GIJN

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Enquêter sur les fuites et les émissions de méthane

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La réduction des émissions de méthane est le moyen le plus rapide de lutter contre le changement climatique. Il est donc crucial que les journalistes enquêtent sur l’origine et les responsables des émissions autour du monde. Découvrez dans cet article une série de ressources et d’outils pour traquer les émissions de méthane sur la planète.

Grâce aux nouvelles technologies, il est désormais possible d’exposer les sources directes d’émission de méthane et particulièrement la production de gaz naturel et de pétrole. Cette étape difficile est néanmoins cruciale pour que les responsables des émissions rendent des comptes. À l’heure actuelle, les journalistes ne peuvent pas accéder facilement à ces techniques, mais ils y parviennent néanmoins grâce à des initiatives de collaboration. Qui plus est, de plus en plus d’options se présentent à eux.

Puisqu’il est inodore, incolore et invisible à l’œil nu, il est difficile de quantifier le méthane. Sa détection nécessite des caméras infrarouges, des spectromètres et d’autres équipements spécialisés qui sont coûteux et nécessitent une formation pointue. Les personnes non initiées ont parfois du mal à comprendre la documentation scientifique qui emploie des termes obscurs comme géométries des panaches, “persistence weighting”, et ce que l’on appelle le “glint mode”. Par conséquent, les journalistes doivent généralement se fier à des sources spécialisées et d’autres tiers pour obtenir des informations sur les émissions et l’analyse des données.

Même si les corporations mènent à bien leurs propres tests et opérations de surveillance, elles divulguent rarement leurs données et s’opposent habituellement aux initiatives gouvernementales visant à établir des normes de publication des émissions, et qui exigent de la transparence. Toutefois, la cible la plus évidente à examiner est le secteur des combustibles fossiles, même si les émissions de méthane proviennent également de décharges, d’installations de traitement des eaux usées, de mines, de l’agriculture et d’autres sources.

Outils de détection révolutionnaires

Approche ‘descendante’ : larrivée des satellites

Pour quantifier les émissions de méthane, il convient d’effectuer des analyses spectrographiques. Les capteurs des spectromètres à laser mesurent la quantité de lumière absorbée par le gaz et convertissent ces informations en une valeur numérique indiquant la concentration de méthane. Cet équipement est sophistiqué et coûteux. Les observations proviennent principalement de drones, d’avions et de satellites. Ainsi, la nature technique du travail présente des obstacles pratiques considérables pour les journalistes de tous les médias à l’exception des plus importants. Toutefois, afin d’étoffer les données concernant le méthane, l’utilisation de satellites pour assurer le suivi des émissions peut éventuellement changer la donne.

ESA Sentinel-5 Precursor satellite tool

L’instrument TROPOMI (TROPOspheric Monitoring Instrument, instrument de mesure TROPOsphérique) installé à bord du satellite Sentinel-5 Precursor dans le cadre du programme Copernicus de l’Union européenne surveille les émissions de méthane. Image : Offerte par ESA

 

“Les estimations d’émissions non vérifiées et autodéclarées reposant sur des exercices sur papier valent à peine le papier sur lequel elles sont écrites”, affirment brutalement Ben Ratner, le directeur principal du fond EDF (Environmental Defense Fund) et Erin Blanton, maître de recherche au Center on Global Energy Policy à l’Université Columbia. “En revanche, à l’ère des satellites, la métrique clé est l’intensité du méthane confirmée, renvoyée et étayée par des mesures réelles, que bp s’est engagé à relever au cours des dernières semaines”, indiquent-ils dans un billet de blog publié en 2020, en parlant de BP plc, la grande compagnie britannique multinationale pétrolière et gazière.

Les satellites présentent également des avantages supplémentaires par rapport aux autres techniques de mesure en termes de déploiement et de logistique. “Un des avantages clés des systèmes de détection des satellites est qu’ils permettent de produire régulièrement des mesures prélevées sur des zones géographiques étendues, voire même à l’échelle mondiale”, a indiqué ce rapport du Center on Global Energy Policy publié en 2020. La précision des images satellite dépend du degré de résolution, mais elle peut être assez exacte. Elles ont permis d’identifier des points névralgiques importants. Par exemple, une étude publiée en 2021 a recensé 1 100 sources d’émission dans le bassin permien dans le sud-ouest des États-Unis (Intermittency of Large Methane Emitters in the Permian Basin).

La contribution des émissions colossales des producteurs de gaz et de pétrole représente entre 8 % et 12 % des émissions globales résultant de la production de gaz et de pétrole, selon une étude publiée en 2022 sur les données de satellites menée à bien par une équipe de scientifiques et décrite dans cet article de Science News. Durant une période de deux ans, ils ont détecté 1 800 panaches, dont 1 200 d’entre eux étaient associés à des activités pétrolières et gazières. Les scientifiques ajoutent “qu’il est très possible de réduire les émetteurs les plus importants à moindres frais et que cela entraînerait des bénéfices nets considérables chiffrés en milliards de dollars américains pour les six principaux pays producteurs de pétrole et de gaz, vu l’impact des coûts sociaux du méthane.”

Pour obtenir d’autres exemples d’utilisation des données de satellite dans le cadre d’une enquête sur le méthane, lisez ces articles des publications Smithsonian Magazine, YaleEnvironment360, Forbes et Bloomberg.

Détection ‘descendante’ : l’infrarouge, pour voir l’invisible

La recherche “descendante” de l’étude aérienne étaye la recherche au sol, également appelée étude “ascendante” et permet de générer des estimations des émissions mondiales de méthane, mais également d’examiner des sites spécifiques. Pour identifier les sites présumés d’émissions ou de fuites, il convient dans un premier temps de procéder à des études plus localisées.

Les caméras infrarouges (IR) peuvent capturer des images spectaculaires de panaches qui crachent du méthane dans des couleurs orange, rouge et autres. Cette méthode est appelée Imagerie optique des gaz (IOG). Dans le cadre d’une enquête, les données infrarouges produisent ainsi des visuels remarquables et la preuve étonnante d’émissions spécifiques ou de fuites.

Toutefois, puisque ces caméras coûtent plus de 100 000 $, leur utilisation à bon escient nécessite une formation spécialisée, ainsi que de l’expérience et peu de reporters ont accès à cette ressource. Par ailleurs, l’imagerie infrarouge présente d’autres limitations. En tant qu’outil de détection, l’imagerie infrarouge est de nature presque entièrement qualitative, car elle ne peut pas mesurer le volume de méthane qui est émis. Qui plus est, les émissions sont parfois sporadiques. Toutefois, la preuve irréfutable de la présence de sites individuels d’émissions justifie un suivi auprès des entreprises et des régulateurs. En outre, les images IR colorées racontent une histoire captivante et permettent d’illustrer plus clairement la difficulté inhérente au suivi des émissions de méthane : le gaz est invisible.

CATF methane emissions detected by infrared camera

Un panache de méthane est détecté par des caméras infrarouges à Minerbio en Italie. Image : Offerte par Clean Air Task Force

 

La photographie infrarouge a été utilisée très efficacement dans l’article suivant du New York Times It’s a Vast, Invisible Climate Menace. We Made It Visible, publié en 2019 et rédigé par Jonah M. Kessel et Hiroko Tabuchi. Kessel a expliqué plus tard comment ils avaient procédé, en décrivant les configurations complexes des caméras et ordinateurs qu’ils avaient utilisés et il a ajouté que “cela n’avait pas été facile”.

Autre complication : il est parfois difficile de s’approcher suffisamment d’une fuite de méthane pour déployer une caméra infrarouge sans pénétrer illégalement sur un terrain privé ou enfreindre d’autres lois. De par leur conception, ces caméras fonctionnent à une portée comprise entre 5 et 10 mètres, même si elles peuvent capturer des événements importants à une distance maximale de 400 mètres. En outre, les conditions météorologiques ambiantes et en arrière-plan peuvent influer sur la qualité de l’image.

Éventuels partenaires et sources issus d’ONG

Clean Air Task Force

GIJN a identifié deux groupes environnementaux équipés de caméras infrarouges qui ont accepté de collaborer avec des reporters. Ils pourraient être des partenaires inestimables pour mener à bien des enquêtes sur le terrain sur d’éventuels émetteurs de méthane.

CATF Report on European methane emissions

Rapport de Clean Air Task Force publié en 2021 sur les émissions de méthane en Europe. Image : Capture d’écran

Le premier groupe est l’organisation Clean Air Task Force, basée à Boston et Amsterdam. La CATF a documenté les émissions d’installations pétrolière et gazière en Europe et elle souhaite développer ses activités dans d’autres régions. La CATF a signalé 433 sources d’émission de méthane au sein du réseau pétrolier et gazier en Europe selon un rapport publié en décembre 2021 et l’organisation a archivé des vidéos dans une bibliothèque en ligne. Voici une description du projet disponible sur YouTube et un exposé sur son utilisation de la technologie infrarouge (OGI).

James Turitto est le caméraman de CATF spécialisé dans la technologie infrarouge et il voyage souvent avec des journalistes pour évaluer des sites, habituellement des terminaux de gaz naturel liquéfié, des aires de stockage et des pipelines. Les sites d’émission potentiels sont détectés partiellement grâce à des informations provenant de sites web gouvernementaux et d’entreprise, y compris des sources telles que Gas Infrastructure Europe, et une carte de localisation élaborée par Turitto à partir de données collectées par le German DLR Institute.

Turitto a filmé quatre douzaines de sites en Roumanie, en juin 2021, dont presque la totalité émettaient du méthane, comme l’indiquent les articles publiés par Bloomberg Green et Desmog. Les recherches qu’il a menées sur 10 sites en Hongrie ont été consignées dans un article publié en 2021 par István M. Szabó sur Napi.hu. Le reporteur avait demandé des explications à la principale entreprise sur laquelle il avait enquêté. La réponse méprisante de la corporation avait indiqué que les fuites détectées “faisaient partie du fonctionnement normal” du site et que l’entreprise s’engageait à “atteindre la neutralité carbone”. Pour en savoir plus sur le travail de Turitto, consultez cette vidéo en coulisse sur ses cinq enquêtes principales.

Les journalistes qui souhaitent collaborer avec un caméraman CATF peuvent contacter Rowan Emslie.

Earthworks
Earthworks' Flaring in Texas report

Earthworks a révélé dans un rapport publié en 2021 le torchage extensif de méthane au Texas. Image : Capture d’écran

Earthworks est une autre ONG basée à Washington, D.C. qui est équipée de caméras infrarouges et disposée à collaborer avec des journalistes. Les images infrarouges capturées par Earthworks ont été utilisées par l’alliance contre la fracturation hydraulique basée en Colombie qui les a révélées aux médias en 2019. Voici une vidéo de leur travail (en espagnol) sous-titrée en anglais. Consultez également la chaîne YouTube d’Earthworks.

Earthworks a présenté des recherches effectuées durant des survols d’hélicoptères équipés de la technologie infrarouge dans un rapport publié en 2021 qui expose de très nombreuses opérations de torchage dans l’État américain du Texas. Le rapport comparait le nombre réel de torchages de gaz méthane, qui consiste à brûler des déchets de gaz inflammables, à la base de données officielle de l’organisme de réglementation de l’État pour déterminer qu’une grande majorité, entre 69 et 84 %, des torchages n’étaient pas autorisés.

Le groupe effectue régulièrement des missions d’enquête dans diverses régions des États-Unis. Earthworks déploie du personnel sur le terrain dans les États américains du Colorado, du Nouveau Mexique, du Texas, de la Louisiane et de la Pennsylvanie.

Les reporters souhaitant travailler avec des thermographistes d’Earthworks certifiés, spécialisés dans l’utilisation des caméras infrarouges, pour documenter la pollution au méthane et aux COV (Composants Organiques Volatiles) peuvent contacter Justin Wasser ou Josh Eisenfeld.

Sources des données de satellites sur les émissions

De nombreuses entreprises surveillent les émissions de méthane via des satellites pour des clients privés, notamment des investisseurs, des banquiers et des assureurs. 

Certains fournisseurs divulguent des informations intéressantes aux journalistes et proposent éventuellement leurs données à des prix réduits. Parmi leurs clients, on compte plusieurs organes de presse connus.

À des degrés divers, les entreprises privées dépendent surtout des données des satellites européens, mais ces informations publiques présentent des limitations qui compliquent l’identification des émissions de “sources ponctuelles”. La résolution des images est trop grossière. Pour détecter des panaches d’émissions de méthane, la résolution doit présenter une portée de 30 mètres explique Riley Duren, un ancien scientifique de la NASA désormais à la tête de Carbon Mapper, un consortium américain à but non lucratif qui prévoit de lancer en 2023 des satellites précis pour capter le méthane. La valeur de résolution correspond à la taille du détail le plus petit possible pouvant être affiché sur une image satellite.

Les satellites Sentinel européens “sont performants quand il s’agit de détecter les ‘émetteurs les plus importants’”, indique Duran, mais ils “repèrent surtout les événements de maintenance planifiés comme les purges et les fuites occasionnelles de courte durée.” Duran poursuit en disant que “la grande majorité des émissions fugitives, y compris les fuites prolongées, sont bien inférieures aux limites de détection de ces systèmes”. 

Mark Kriss, PDG de l’entreprise américaine Geofinancial Analytics a également signalé d’autres complications en déclarant : “Il n’est pas simple de télécharger, traiter, valider et analyser des observations provenant de satellites scientifiques. Et ce n’est qu’un aspect du défi à relever. Vous devez ensuite attribuer ces observations au propriétaire des actifs sur le terrain. Toutes ces opérations nécessitent des analyses avancées et un savoir-faire scientifique extrêmement spécialisé, mais également des données au niveau des actifs.”

L’Agence spatiale européenne a communiqué quelques rapports sur les émissions, comme celui-ci qui concerne une décharge à Madrid. L’agence Netherlands Institute for Space Research SRON a également publié des communiqués de presse sur ses observations.

Disponibilité de données propriétaires pour les médias

Le résultat des initiatives de suivi des émissions menées par des entreprises privées appartient à ces dernières. Toutefois, plusieurs d’entre-elles divulguent de temps en temps leurs découvertes. Elles peuvent également permettre aux médias d’accéder à leurs données pour un prix réduit. 

En juillet 2020, Geofinancial Analytics a identifié des points névralgiques clés de par le monde. La carte n’a pas été actualisée depuis, même si l’entreprise déclare qu’elle prévoit de le faire. Les points névralgiques peuvent constituer le point de départ d’une enquête qui est toutefois limitée par la résolution relativement faible des images. Le produit MethaneScan 100 de Geofinancial Analytics classe les 100 premières entreprises mondiales répertoriées selon leur taux d’émission de méthane recensé via un capteur TROPOMI à moyenne résolution et des spectromètres commerciaux basés sur des satellites à résolution extrêmement élevée. Un nouveau produit, MethaneScan Data Lake, révèle les taux d’émission de méthane de plus de 100 000 producteurs d’énergie, répertoriés et privés, en plus de ceux des 100 premiers producteurs en Amérique du Nord. Les organisations à but non lucratif et les journalistes au budget limité peuvent bénéficier d’une remise de 50 % sur les ensembles de données et les cartes (1 000 $ par mois).

GHGSat, une entreprise de technologie spatiale et de données déclare qu’elle peut “détecter et quantifier les émissions de méthane de sources ponctuelles aussi limitées que les puits de gaz et de pétrole”. En avril 2021, l’entreprise canadienne a signalé des émissions provenant d’une décharge au Bangladesh, comme l’avait indiqué Reuters. En août 2021, elle a signalé des émissions de méthane provenant d’activités de minage de trona au Canada, comme l’avait indiqué Mining.com.

Kayrros, une entreprise basée aux États-Unis, publie occasionnellement des communiqués de presse ou partage ses observations avec des reporters. Par exemple, ce rapport publié en août 2021 décrivait un grand panache de méthane détecté au-dessus du Kazakhstan. Les autres conclusions de Kayrros, rapportées par Bloomberg Green, ont révélé la présence d’un grand panache de gaz de pétrole liquéfié de méthane en Iraq et des émissions en Algérie. Parmi les autres constatations, on compte des observations sur des panaches de méthane près de mines de charbon en Australie. Bloomberg a souscrit un contrat qui l’autorise à explorer la base de données de Kayross et un cadre de l’entreprise indique que cette possibilité est offerte à d’autres personnes intéressées. La plate-forme Kayross Methane Watch Data Access (inscription gratuite obligatoire) qui fournit des données comprises entre 2019 et 2020 sur les “émissions colossales” a été ajoutée en février 2022.

ESA detected large emissions from Madrid landfill

En août 2021, des scientifiques ont utilisé des données de la mission Copernicus Sentinel-5P et des images commerciales de GHGSat pour identifier dans des décharges à Madrid deux sites d’émission de méthane parmi les plus étendus en Europe. Image : Capture d’écran

Nouvelles ressources attendues

Plusieurs nouvelles sources, tenues de partager leurs informations, sont sur le point d’émerger, mais ce ne sera pas avant 2023 au plus tôt.

  • Carbon Mapper est un consortium américain à but non lucratif qui promet d’utiliser la technologie développée par l’agence spatiale américaine NASA et les données de ses propres satellites capteurs de méthane dont le lancement est prévu en 2023. (Consultez ce rapport de la BBC sur les initiatives qu’il prévoit.) D’après le site, “Carbon Mapper va régulièrement mettre à la disposition du public des données sur le méthane et le CO2 via notre portail mondial de données ouvertes, pour en garantir l’accessibilité et la transparence afin d’en optimiser l’impact”. Carbon Mapper procède actuellement à des levés aériens dans certaines régions des États-Unis. Fin 2021, le consortium a annoncé qu’il prévoyait de se développer pour couvrir des régions sélectionnées dans le monde entier au cours des trois années à venir.
  • MethaneSAT est une mission développée par une filiale d’EDF et son lancement est prévu pour l’automne 2022. D’après ses supports promotionnels, “le satellite doit détecter, cartographier et quantifier en continu les émissions dans le monde entier, en mesurant les changements de concentrations aussi minimales que deux parties par milliard, ce qui permet d’assurer le suivi des variations dans les taux d’émissions en les comparant aux engagements de divers pays et entreprises”. “Il est conçu pour combler un fossé gigantesque entre les missions existantes en garantissant une sensibilité et une résolution spatiale supérieures à celles des instruments de cartographie utilisés globalement comme TROPOMI, ainsi qu’un champ de vision bien plus large que celui des systèmes de quantification de sources ponctuelles comme GHGSat.” MethaneSAT prévoit de diffuser ses données en ligne et gratuitement à l’attention des utilisateurs non commerciaux.
  • L’Observatoire international des émissions de méthane (IMEO) a été fondé en mars 2021 par le programme européen et des Nations unies pour l’environnement afin de surveiller les émissions des entreprises à l’aide de données d’entreprise, de la technologie de satellite et d’études scientifiques. La nouvelle agence a annoncé qu’elle prévoyait de faire réaliser des études scientifiques et de collaborer avec des gouvernements. Le premier rapport de l’IMEO, “An Eye on Methane”, a été publié en 2021.
  • Project Astra est un projet américain qui prévoit de déployer un réseau de capteurs au sol qui vont “surveiller les émissions de méthane dans une région productrice de pétrole et de gaz”. Ce partenariat est dirigé par l’Université du Texas à Austin, l’organisation EDF et plusieurs compagnies pétrolières très importantes. La participation au projet d’entreprises éventuellement à l’origine d’émissions a pour objectif de “permettre aux producteurs de détecter et d’éliminer les rejets importants de méthane au prix des technologies actuelles de surveillance ou en deçà”. Les données et les résultats seront publiés régulièrement, à une fréquence qui sera déterminée ultérieurement, indique un responsable de Project Astra.
  • Signal Climate Analytics est une société américaine d’analyse de données qui collabore également avec Reuters. Elle prévoit d’ajouter une nouvelle fonctionnalité aux évaluations qu’elle produit pour comparer les observations divulguées au public sur les émissions de méthane à celles qui sont effectuées par satellite. Elle n’a pas répondu aux messages que nous lui avons envoyés.

Autres techniques de surveillance

Il existe d’autres méthodes de surveillance au sol des émissions, mais, à l’heure actuelle, elles ne sont pas d’une grande utilité pour les journalistes. Cela est regrettable, surtout parce que cela limite la portée des enquêtes directes des médias sur les systèmes de distribution de gaz naturel, et le niveau des émissions pendant la transmission est un grave problème. On recense 630 000 fuites de méthane par an au sein du réseau de distribution de gaz aux États-Unis, d’après une étude universitaire publiée en 2020 qui a également découvert que les émissions réelles sont cinq fois supérieures à celles des chiffres officiels.

Google Street View car with air monitor

Le projet pilote Air View de Google, qui a été abandonné, cartographiait la pollution de l’air, y compris le méthane. Image : Offerte par Google

En comprenant le fonctionnement des outils qui permettent de déceler les fuites, il est plus facile de questionner les responsables gouvernementaux et les chefs d’entreprise. Des capteurs installés sur des véhicules ont été utilisés, et le sont toujours, surtout dans le cadre d’une initiative Google qui a été abandonnée.

Aux États-Unis, entre 2010 et 2019, Google a équipé ses véhicules Street View itinérants de capteurs de méthane qui détectaient les fuites de méthane de systèmes de distribution locaux dans des villes sélectionnées. Le projet a été décrit dans une publication de la revue Environmental Science and Technology. Des cartes affichant les résultats furent publiées par Google et par l’organisation EDF, un partenaire du projet. Des articles concernant le projet ont été publiés dans The Washington Post et USA Today. Google fait toujours référence à Project Air View sur son site web, mais le projet n’a pas été poursuivi.

Les stratégies d’identification des fuites sont complexes. Récemment, un groupe de défense basé dans le Massachusetts, Gas Leaks Allies, a recherché d’éventuelles fuites d’émissions en analysant les rapports que les sociétés gazières doivent soumettre à l’État et qui répertorient le type et le coût des réparations, comme le décrit un article du Boston Globe publié en Octobre 2021. De même, une étude publiée en novembre 2021 dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences a détecté à Boston des taux de fuites supérieurs à ceux qui avaient été signalés. Heet, un autre groupe local du Massachusetts, utilise des données publiques pour créer des cartes de fuites détaillées.

Certains chercheurs érudits continuent à utiliser des capteurs installés sur des véhicules. Pour en savoir plus, consultez cet article publié dans un journal en 2020. Une méthodologie semblable de détection via des véhicules a été utilisée dans le cadre d’une étude intitulée Mapping Urban Methane Sources in Paris, France. Sa conclusion était la suivante : “Nos observations suggèrent que le réseau de distribution de gaz naturel, le système d’égouts et les fourneaux des bâtiments sont les cibles parfaites des initiatives de réduction des émissions de méthane dans les rues de Paris.”

Par ailleurs, de nombreuses autres méthodes de détection innovantes sont actuellement testées :

  • Une étude au sol menée à Cracovie en Pologne a mesuré les divers isotopes présents dans le méthane et qui proviennent de fuites de gaz naturel, d’émissions de charbon, de décharges, d’égouts et de l’élevage de bétail afin de différencier les éventuelles sources des fuites.
  • Un groupe de scientifiques américains a utilisé un réseau de capteurs installés sur des tours de téléphonie cellulaire pour assurer le suivi des émissions dans le bassin permien, indique le rapport Bloomberg, The Methane Hunters. Consultez également des informations intéressantes sur l’initiative Permian Methane Analysis Project.
  • Un système appelé “agricomb” peut capter les émissions de gaz dans les fermes, selon un article de 2021 publié dans Optics and Photonics (informations supplémentaires dans Science), même si, là encore, les journalistes ne peuvent pas utiliser ce système.
  • Les appareils laser portables sont moins chers que les caméras infrarouges et peuvent détecter le méthane, mais leur utilisation nécessite toutefois une certaine expertise technique.

Conclusions pour le journalisme d’investigation

Que signifie tout cela pour les reporters qui souhaitent enquêter sur les émissions de méthane ? Il est peu probable que les journalistes puissent mener à bien leurs propres recherches de base, mais il leur est toujours possible de consulter des documents publics, de sympathiser avec des scientifiques locaux et des ONG qui s’intéressent à ce sujet et de discuter avec les travailleurs dans le secteur gazier.

Par exemple, en Australie, des chercheurs ont utilisé une étude aérienne pour documenter des émissions élevées de méthane dans la région principale de méthane de houille de l’État du Queensland, comme l’indique la société de radiodiffusion publique ABC. Dans l’État du Colorado, Aspen Journalism a indiqué que des activistes locaux et des scientifiques ont documenté les fuites constantes de méthane dans les mines de charbon abandonnées. Le site d’actualité à but non lucratif Capital & Main a profité de l’établissement de nouvelles règles d’enquête dans l’État du Nouveau-Mexique pour remettre en question les chiffres soumis par le producteur de gaz naturel le plus important de l’État.

Point non négligeable : il est essentiel de poser des questions et de rechercher de la documentation auprès des services publics et autres intervenants qui exploitent des installations de distribution. Combien de fuites ont-ils détectées ou réparées ?

Les difficultés en matière de vérification

Dans le cadre de la procédure journalistique standard, il convient de recueillir des commentaires auprès des responsables des sources d’émission observées, mais les réponses sont parfois incompréhensibles et intimidantes.

Les personnes responsables déclarent souvent que toutes les émissions ne sont pas illégales. Par ailleurs, on a répondu au reporter qui a enquêté sur des émissions non autorisées en Hongrie qu’elles “faisaient partie du fonctionnement normal” et que l’entreprise s’engageait à “atteindre la neutralité carbone”.

Dans cet article publié en décembre 2021 dans Bloomberg Green, le reporter Josh Saul a posé des questions non seulement aux représentants d’une société, mais également à des responsables du gouvernement fédéral qui ont répondu qu’ils n’avait aucunement l’intention d’enquêter. Saul effectuait un reportage sur des fuites signalées par Kayross.

Est-il possible de confirmer ou de contester ce type de réponse donnée par une entreprise ?

S’il était possible d’effectuer des mesures cohérentes, il serait plus facile d’observer les tendances susceptibles de prouver que les émissions dépassent les limites autorisées. S’il était nécessaire de signaler davantage d’émissions, des comparaisons entre les chiffres officiels et non officiels pourraient être établies.

Entre temps, le meilleur moyen de procéder est de contacter les organismes gouvernementaux de réglementation locaux et nationaux, ainsi que les ONG bien informées. Parmi les autres sources éventuelles, on compte les résidents proches, les experts du secteur, les employés ou les anciens employés de l’entreprise faisant l’objet d’une enquête. Consultez la ressource GIJN suivante : Finding Former Employees.

Les reporters Naureen Malik and Aaron Clark de Bloomberg expliquent bien les difficultés que présentent les enquêtes sur l’origine des émissions dans l’article suivant publié en 2021 : Satellites Spot Methane Plumes over US Caused by “Routine Work”.

Cet article fait partie d’un guide complet : « Enquêter sur le méthane », disponible en anglais.


Ce guide a été rédigé par Toby McIntosh, directeur du centre de ressources du GIJN et rédacteur en chef de FreedomInfo.org, un site à but non lucratif basé à Washington D.C. et spécialisé sur le droit internationale en matière de transparence. Il a travaillé au sein de Bloomberg BNA pendant 39 ans, a déposé de nombreuses requêtes d’accès à des documents administratifs aux États-Unis et a couvert le droit à l’information à travers le monde. Il est membre du comité directeur de FOIANet, un réseau international qui milite pour la transparence des administrations.

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