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Illustration: Nodjadong Boonprasert pour GIJN

Les investigations qui mettent en cause les entreprises ou les personnalités qui ont activement cherché à entraver les politiques de lutte contre le changement climatique, sont beaucoup plus nombreuses qu’il y a seulement dix ans.

A 2015 joint investigative reporting project uncovered proof that oil giant Exxon was aware of the long-term impact of greenhouse gases on the climate as far back as the 1970s.

En 2015, un projet de journalisme collaboratif a démontré que le géant du pétrole, ExxonMobil, était conscient dès les années 1970 de l’impact sur le long terme des gaz à effet de serre sur le climat. Image : capture d’écran, Inside Climate News

En 2015, des journalistes de Inside Climate News, du Los Angeles Times et de la Columbia Journalism School ont publié une série d’enquêtes connues aujourd’hui sous le nom de “Exxon Knew” (“Exxon savait”). Ces sujets détaillaient les recherches sur le changement climatique et les mises en garde qui en découlaient effectuées par les chercheurs employés par Exxon puis communiquées à la direction de l’entreprise à partir des années 1970. ExxonKnew explicitait également les mesures prises par la direction pour occulter ces recherches ou les discréditer.

ExxonMobil avait alors accusé les journalistes de tous les maux, par exemple d’avoir omis des faits importants dans leurs reportages ou encore d’avoir orchestré une campagne de dénigrement contre l’entreprise. Sur une page de son site, une vidéo encourageait le grand public à découvrir “ce qui se cachait vraiment” derrière Exxon Knew. Toutefois, aucune de ces accusations n’a été portée devant la justice, et les médias qu’ExxonMobil a contactés pour exiger des rétractations ne se sont pas sentis obligés d’obtempérer. En 2023, cette “major” du pétrole a discrètement supprimé cette page de son site, mais elle continue d’affirmer que ses “déclarations publiques au sujet du changement climatique sont, et ont été, honnêtes, factuelles, transparentes et conformes aux points de vue consensuels de la communauté scientifique dominante de l’époque. ExxonMobil contribue au développement de la climatologie depuis des décennies et met son travail en accès libre. De même, au fur et à mesure que la communauté scientifique a progressé dans la compréhension du changement climatique, ExxonMobil a réagi en conséquence”, a déclaré Casey Norton, porte-parole de longue date de l’entreprise.

Néanmoins, en l’espace de deux ans, les reportages ont été cités dans des dizaines de procédures judiciaires. Les plaignants ont affirmé que l’action d’ExxonMobil et d’autres compagnies pétrolières en matière de recherche sur le climat avait influencé les autorités, aux niveaux national et municipal, et retardé la mise en œuvre des mesures pour lutter contre le changement climatique. Cela s’est conclu par le versement de dommages et intérêts astronomiques, et par des mesures d’adaptation requises dans ce contexte. Les majors du pétrole ont continué à clamer leur innocence, et les journalistes ont continué à découvrir de nouveaux documents et à publier des reportages sur des campagnes de désinformation du même genre. Il y a ainsi eu des reportages complémentaires appelés Shell Knew, Eni Knew, Total Knew et GM Knew.

En réponse, Shell a déclaré : “notre position sur le changement climatique est bien connue. Nous reconnaissons le défi qu’il représente et le rôle que joue l’énergie pour assurer une qualité de vie satisfaisante. Shell continue de préconiser une politique efficace pour accompagner un environnement commercial faible en émissions carbone et encourager des choix de consommation et des opportunités comme les structures tarifaires et commerciales pour le carbone mises en place par les gouvernements”. De son côté, Eni a déclaré : “Eni opère toujours dans le respect de tous les règlements locaux et internationaux, et des meilleures pratiques de l’industrie mondiale”. Autre acteur de cette industrie, TotalEnergies a nié avoir dissimulé les risques pour le climat et a ajouté que, depuis 2015, l’entreprise s’était concentrée sur l’énergie renouvelable. Lors de la COP29 qui s’est tenue en 2024, le président de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, a déclaré à l’AFP que l’entreprise réduisait constamment les émissions de carbone liées à l’exploitation du pétrole et du gaz. “Oui, on est une partie du problème” climatique, mais “on est dans une logique de progrès continu”, a-t-il martelé, même “si on ne va jamais assez vite” aux yeux de la société. “Nous ne pouvons rien dire sur ce qui s’est passé il y a une ou deux générations”, a déclaré un porte-parole de General Motors à E&E News. “Ces événements n’ont rien à voir avec nos convictions et notre stratégie actuelle. ”

D’autres journalistes ont enquêté sur le rôle des agences publicitaires et de relations publiques que l’industrie des combustibles fossiles a utilisées pour élaborer sa campagne de communication qui a dans un premier temps fait obstacle aux mesures contre le changement climatique, avant de les retarder. D’autres encore ont enquêté sur la manière dont, aux Etats-Unis, certains grands donateurs aux partis politiques comme les frères Koch et des militants d’extrême droite comme Leonard Leo ont influé sur les politiques et même sur le système judiciaire, de telle manière que, selon les experts, il a été plus difficile pour les USA en particulier de réglementer les émissions de gaz à effet de serre. L’un des frères Koch affirme qu’il ne fait que “lutter pour préserver une société libre”, tandis que Leonard Leo se définit comme un défenseur de la liberté d’expression, quand il écrit dans son journal local : “La liberté de parole est essentielle pour une société libre. C’est quelque chose que j’ai défendu et que je continuerai à défendre, et j’ai ainsi toujours accepté qu’il y ait inévitablement des objections et une opposition au travail que je fais.”

Les enquêtes réalisées par les journalistes ces dernières décennies ont mis en lumière les forces qui ont tenté de freiner les initiatives des gouvernements pour gérer la crise climatique, contre laquelle les scientifiques mettent en garde depuis plus de 50 ans. Et c’est ce genre d’enquêtes qui continuera de mettre les responsables politiques devant leurs responsabilités et d’informer le grand public sur le changement climatique et sur les manœuvres destinées à empêcher la mise en place de solutions.

Dans cette partie, nous évoquons certaines des déclarations et des stratégies de l’industrie des combustibles fossiles qui ont fait obstacle aux mesures de lutte contre le changement climatique, et nous vous proposons quelques conseils pour enquêter sur ce sujet. Nous expliquons aussi comment réfuter les déclarations fallacieuses sans leur donner davantage de visibilité.

Mission possible : comment s’attaquer à la pollution de l’information

Il est important de garder à l’esprit que les obstacles mis pendant des décennies aux mesures de lutte contre le changement climatique n’ont pas été purement et simplement abandonnés dans les années 2010, les compagnies pétrolières ayant décidé qu’elles n’avaient plus rien à y gagner en prétendant que le changement climatique n’était pas une réalité. Ces stratégies ont aussi été mises au point pour restreindre la manière dont le grand public et les responsables politiques peuvent appréhender les solutions au problème, et pour orienter les financements et l’attention vers des solutions qui continuent à profiter à l’industrie des combustibles fossiles.

Les majors pétrolières ont utilisé les relations publiques et la recherche pour brouiller les cartes à propos de la climatologie et, de la même manière, les entreprises ont investi de plus en plus ces dernières années dans les relations publiques et la recherche qui contribuent à influencer le débat sur les solutions au changement climatique en favorisant celles que l’industrie privilégie : des technologies ou des politiques qui font l’objet d’une publicité extravagante mais qui ne font pas baisser les émissions de gaz à effet de serre. Ainsi, ces entreprises continuent à faire valoir l’idée que l’industrie des combustibles fossiles participe de manière volontaire et active à la transition énergétique, tout en soutenant simultanément qu’il n’est pas nécessaire de remplacer les combustibles fossiles parce qu’ils ne peuvent tout simplement pas atteindre le “zéro émission”. Les communiqués de presse sur le pétrole “à faible teneur en carbone”, “dont la consommation net d’énergie est nulle”, et, oui, même “à bilan carbone négatif”, sont devenus de plus en plus fréquents.

L’industrie des combustibles fossiles fait la promotion de solutions comme le captage et le stockage du dioxyde de carbone, le gaz naturel liquéfié, l’hydrogène et le gaz naturel renouvelable qui, selon leurs détracteurs, sont beaucoup plus axés sur la préservation des profits de cette industrie que sur une réduction sensible des émissions de gaz à effet de serre. Les tactiques utilisées par les entreprises sont, entre autres, le financement de la recherche universitaire qui oriente le discours public et l’élaboration de politiques dans le sens des solutions qu’elles privilégient. Ces entreprises ont utilisé les services de cabinets de conseil en gestion pour réaliser des analyses biaisées en faveur de ces solutions, et ont financé des lobbyistes, des agences de publicité et des sociétés de relations publiques pour les promouvoir.

En 2017, le média Drilled a pour la première fois appelé ce phénomène ‘pollution de l’information’, et le Programme des Nations unies pour le développement propose maintenant un quiz sur la question. Des experts dans les domaines de l’information et des communications estiment que la première chose à faire, afin que des mesures notables soient prises pour lutter contre le changement climatique, c’est de mettre de l’ordre dans notre écosystème d’information. Pour les journalistes, cela signifie qu’il leur faut se familiariser avec le jargon et les données qui concernent la désinformation sur le changement climatique, et avec les moyens de la contrer.

“Ce que nous considérons comme de la désinformation — les campagnes publicitaires trompeuses, ou des dirigeants d’entreprises qui font des déclarations trompeuses sur les chaînes câblées — n’est que la partie émergée de l’iceberg”, a déclaré Melissa Aronczyk, professeure de journalisme et d’études des médias à l’Université de Rutgers, aux USA. “ Pour bien comprendre et lutter contre la désinformation sur le climat, il vous faut avoir une vue d’ensemble, savoir comment sont élaborées les informations et les données sur lesquelles reposent les politiques adoptées. Vous devez identifier les recherches universitaires que ces entreprises financent, les paramètres qu’elles privilégient pour leurs modèles économiques, la façon dont elles collaborent avec les cabinets de conseil en gestion, les associations professionnelles ainsi que les coalitions de recherches et de lobbying auxquelles elles appartiennent, la manière dont elles appréhendent la stimulation de la réflexion et les influenceurs, celle dont elles façonnent les normes culturelles, et, enfin, comment tout cela est fait dans le but de promouvoir certaines politiques ou d’empêcher certaines mesures d’être adoptées.”

Toujours le même refrain, mais dans des pays différents

A protestor in Johannesburg, South Africa demonstrating against the construction of the East African Crude Oil Pipeline (EACOP) in 2022.

Un manifestant à Johannesburg, en Afrique du Sud, contre la construction de l’Oléoduc d’Afrique de l’Est (EACOP) en 2022. Image : Shuttestock

Les manœuvres dilatoires ont peu à peu remplacé le déni du changement climatique prouvé par les scientifiques et constituent maintenant la stratégie privilégiée par l’industrie des combustibles fossiles pour éviter l’adoption de réglementations. Ces tactiques peuvent différer selon les pays, mais les mécanismes — et, parfois, les personnes, les organisations et les entreprises concernées — sont les mêmes. En Ouganda et en Tanzanie, par exemple, pour aborder les conséquences environnementales immédiates de l’Oléoduc d’Afrique de l’Est (EACOP) et son impact futur sur les émissions de gaz à effet de serre, le géant français de l’énergie, TotalEnergies, a rédigé un plan pour la biodiversité. Il “a pour objectif d’avoir un effet net positif” sur la biodiversité aux alentours de ses opérations de forage, même dans les zones sensibles de biodiversité du parc national le plus vaste d’Ouganda, le Parc national de Murchison Falls.

Des militants accusent l’entreprise de détruire la couverture forestière, les rivières et les zones humides, mais TotalEnergies affirme élaborer ses projets pétroliers en conformité avec les normes de la Société financière internationale (SFI).

Même si des variantes apparaissent régulièrement, l’industrie des combustibles fossiles tend à avoir recours à cinq discours principaux pour se draper dans l’éthique environnementale ou sociale, alors qu’elle aggrave les problèmes dans ces deux domaines.

  • Récit de départ – sécurité énergétique : La toute première fois que des compagnies pétrolières concurrentes ont fait cause commune, c’était pour assurer un approvisionnement régulier en combustible pendant la Première Guerre mondiale. Cette initiative a suscité la création des premières associations professionnelles de cette industrie, qui, par la suite, ont coordonné à l’échelle mondiale la demande, la production, la tarification, les politiques et parfois même la communication. À partir de ce moment, l’industrie pétrolière a régulièrement associé ses produits à la sécurité et à la prospérité des consommateurs.
  • Economie vs Environnement : Opposer la nature à l’économie, et faire valoir l’idée que les êtres humains occuperaient, d’une manière ou d’une autre, une place particulière au sein de l’écosystème, a été un levier déterminant pour permettre à l’industrie pétrolière d’éviter certaines mesures et, dans le même temps, de dépeindre les écologistes comme des militants élitistes ou radicaux. De plus, la promesse d’emplois et de développement économique aide les compagnies pétrolières à justifier de nouveaux projets de grande envergure, mais cette promesse est rarement suivie d’effets.
  • Nous vous facilitons la vie : l’industrie des combustibles fossiles rejette sur les particuliers la responsabilité de l’impact de ses produits sur le changement climatique, notamment en leur rappelant à quel point ils dépendent des combustibles fossiles et de leurs dérivés, et en créant l’illusion que le marché est régi entièrement par la demande, que si les consommateurs réduisaient simplement leur consommation, l’industrie pétrolière ne produirait pas autant de combustibles fossiles. Mais quand la consommation de combustibles fossiles a diminué dans les secteurs de l’habitat et des transports, la réaction de l’industrie pétrolière a été de rechercher des moyens de vendre plus de produits pétrochimiques et d‘augmenter la fabrication et l’utilisation des plastiques à usage unique.
  • Nous sommes parties prenantes de la solution : Depuis les tout premiers efforts déployés dans le monde pour réguler les émissions de gaz à effet de serre jusqu’à nos jours, l’industrie pétrolière a œuvré pour éviter les réglementations en acceptant de prendre elle-même des mesures. C’est dans ce contexte que le greenwashing s’avère véritablement habile, aussi, soit pour faire diversion — ne vous souciez pas des émissions des gaz à effet de serre, voyez plutôt notre programme de plantation d’arbres — ou pour induire en erreur, comme quand elle affirme que le captage du dioxyde de carbone ou les crédits carbone éliminent efficacement les émissions de gaz à effet de serre.
  • Le meilleur voisin du monde : au cas où les gens ne se réjouiraient toujours pas de respirer un air pollué, de boire une eau sale, et de subir les conséquences du changement climatique, l’industrie pétrolière veille à financer des musées, le sport, des écoles et des universités — et même le journalisme. L’objectif, ici, est double : la débarrasser de son image négative et faire en sorte que les gens se sentent dépendants de l’industrie pétrolière et, par là même, qu’ils soient moins susceptibles de la critiquer.

Dans cette partie, nous verrons aussi comment vérifier toute nouvelle affirmation ; comment enquêter sur des argumentations fallacieuses et sur les personnes, les organisations ou les entreprises qui les propagent ; et comment les réfuter sans leur donner plus de visibilité.

Soyez prudent : la mésinformation et la désinformation sont des phénomènes qui évoluent très rapidement et qui changent en permanence d’objet et de visage. Par conséquent, nous vous conseillons de toujours rester vigilant, de vérifier les faits, d’identifier les sources et de suivre l’argent.

Des cas de Greenwashing

Fausses solutions

La forme de greenwashing qui se développe le plus rapidement, et qui est la plus efficace, consiste à promouvoir de fausses solutions : des technologies ou des politiques qui permettent à l’industrie des combustibles fossiles d’affirmer qu’elle réduit les émissions de gaz à effet de serre tout en autorisant une augmentation de la production de pétrole et de gaz, un peu comme quand l’industrie de l’élevage agricole affirme que la viande affiche maintenant un bilan neutre en carbone parce que les vaches mangent des algues.

Il peut être difficile de mener des enquêtes sur ces affirmations, parce qu’elles reposent souvent sur une part de vérité, mais soit cette vérité est totalement exagérée, soit les entreprises omettent, de façon stratégique, de mentionner les aspects négatifs des solutions proposées. Par exemple, le captage et le stockage du dioxyde de carbone pourraient se révéler utiles dans les secteurs à fortes émissions qui sont difficiles à ‘décarboniser’, comme l’acier, le ciment ou les engrais, selon David Ho, professeur d’océanographie à l’Université de Hawaii et directeur de recherche à l’Université de Columbia. “Cela n’a aucun sens d’utiliser le captage et le stockage du dioxyde de carbone pour prolonger notre utilisation des combustibles fossiles, surtout pour produire de l’électricité”, a-t-il estimé.

Quand les compagnies de combustibles fossiles vantent les mérites potentiels, pour le climat, du captage et du stockage du dioxyde de carbone, elles évoquent aussi les industries qui sont “difficiles à freiner”, mais cette technologie n’est de fait déployée que dans les centrales électriques ou de biocarburants. Les compagnies pétrolières ont aussi fait valoir l’idée que capter le dioxyde de carbone, puis l’utiliser pour la Récupération assistée du Pétrole (RAP) — un procédé qui permet d’injecter du dioxyde de carbone comprimé dans le sous-sol pour en tirer davantage de pétrole — donne des barils de pétrole “à bilan carbone négatif”, ce qui fait sourire David Ho, mais aussi l’Agence internationale de l’énergie (IEA), une ONG qui compte 75 % des pays qui produisent de l’énergie parmi ses membres et qui propose des analyses et des recommandations pour l’industrie mondiale de l’énergie. “L’argument en faveur de la récupération assistée du pétrole est souvent le suivant : si les entreprises n’utilisaient pas ce CO₂ capté, elles utiliseraient un autre CO₂”, indique David Ho. “Mais je ne pense pas que l’on puisse dire qu’un procédé qui permet de pomper davantage de pétrole pour le brûler est une solution au changement climatique.”

L’IEA est plus indulgente. Elle fait remarquer que la récupération assistée du pétrole ne peut conduire à un produit “à bilan carbone négatif” que si le CO₂ utilisé a été capté à partir de sources anthropiques — une centrale au charbon, par exemple — au lieu de CO₂ naturel, comme celui qui accompagne souvent le gaz de méthane et qui doit être éliminé pour produire du gaz naturel. Mais l’industrie des combustibles fossiles brouille régulièrement les lignes de démarcation entre les deux.

Les compagnies pétrolières mettent souvent en avant les mérites du captage et du stockage de dioxyde de carbone pour le climat, mais leur potentiel en tant que “solution” à l’utilisation de combustibles fossiles est limité. Image : Shutterstock

Dans ce contexte, la donnée qui est peut-être la plus importante, c’est le chiffre que l’IEA a avancé pour que le captage et le stockage de dioxyde de carbone puissent contribuer de façon significative à atténuer le changement climatique. Dans son plan “consommation nette d’énergie nulle” d’ici 2050, l’IEA indique ainsi que ce procédé doit pouvoir capter environ 1 gigatonne de CO₂ par an. Cependant, selon sa mise à jour la plus récente sur ce sujet, même si tous les projets de captage de dioxyde étaient mis en œuvre et qu’ils fonctionnaient à plein — si, et seulement si, vu la longue liste de projets de ce genre qui ont échoué à ce jour — la quantité totale de CO₂ qui pourrait être captée en 2030 serait d’environ 435 millions de tonnes (Mt) par an. Selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), le captage et le stockage de dioxyde de carbone représenteront une moyenne de 2,4 % de la réduction de CO₂ d’ici 2030, même si tout le potentiel de cette technique est atteint.

Domaines dans lesquels mener d’autres enquêtes :

  • Données sur le lobbying : Vérifiez qui dépense quoi pour financer le lobbying du captage et du stockage du dioxyde de carbone.
  • Financement de la recherche universitaire : Les universités sont extrêmement influentes quand il s’agit de créer les bases d’un grand nombre d’affirmations faites par l’industrie des combustibles fossiles à propos du captage et du stockage du dioxyde de carbone. Essayez de savoir quelles universités obtiennent des financements pour ce type de recherche, et quelles recherches elles effectuent précisément. Ces recherches sont-elles intégrées dans des politiques ? Les chercheurs impliqués obtiennent-ils par la suite des postes dans la fonction publique ou dans l’industrie des combustibles fossiles ?
  • Lanceurs d’alerte : Les personnes qui ont travaillé sur le captage et le stockage du dioxyde de carbone pour l’industrie des combustibles fossiles peuvent apporter des éléments pour déterminer si leurs anciens employeurs étaient ou non conscients des lacunes de la technologie à l’époque où ils en faisaient la promotion.
  • Archives : Des documents anciens, dans les archives des entreprises, peuvent révéler l’existence d’études initiales sur la faisabilité du captage et du stockage du dioxyde de carbone ou sur leur utilisation principale comme technique de production de pétrole sur la durée.

Invoquer ‘l’intensité des émissions’ 

Quand des compagnies de combustibles fossiles et autres entreprises à fortes émissions emploient des expressions comme “intensité énergétique”, “intensité des émissions”, “intensité carbonique” et “bas carbone”, elles parlent de réduire les émissions de leurs propres activités et de produire un baril de pétrole de manière plus efficace, en émettant moins de gaz à effet de serre.

Toute réduction d’émissions contribue à atténuer le changement climatique, mais il est important de bien comprendre que les émissions liées à l’exploitation, ou les émissions dites de Type 2, constituent 10 à 15 % des émissions des entreprises de combustibles fossiles au plus. Mais ces entreprises ne parlent pas de les supprimer complètement, seulement de les réduire.

Quand on enquête sur les déclarations au sujet des émissions de carbone, il est également important de prendre en compte les émissions sur l’ensemble du cycle de vie et de comparer les réductions nettes d’émissions réelles avec les déclarations des entreprises sur l’“intensité carbonique” réduite ou l’“intensité des émissions”.

Pour les entreprises de combustibles fossiles, le captage du carbone est l’un des moyens de réduire leurs émissions. Elles peuvent aussi capter les émissions dans le cadre de leurs activités. Cependant, la plus grande partie (environ 70 %) du CO₂ capté par les entreprises de combustibles fossiles aujourd’hui est utilisée pour la Récupération assistée du pétrole. Cela signifie que même si une entreprise utilise une unité d’émissions pour générer plusieurs émissions, cela est malgré tout considéré comme une réduction de l’intensité des émissions.

Il faut par ailleurs savoir que beaucoup d’entreprises ont recours aux compensations carbone ou crédits carbone, pour affirmer qu’elles réduisent leurs émissions. Cependant, de nombreuses enquêtes montrent que beaucoup de projets liés à la vente de crédits carbone sont frauduleux. Une pléthore d’enquêtes restent encore à mener sur la compensation carbone. Pour en savoir plus, les journalistes peuvent se reporter au Guide du journaliste pour enquêter sur les compensations carbone de GIJN.

Autres angles d’investigation :

  • Quantifier : Combien d’entreprises utilisent à présent l’intensité des émissions comme critère, au lieu des réductions d’émissions, pour évaluer leurs progrès en termes de lutte contre le changement climatique ? Quand cela a-t-il commencé ? Comment cette tendance a-t-elle évolué ?
  • Maintenant qu’il a été démontré que de multiples projets de compensation carbone sont peu fiables, quelles entreprises prétendent encore réduire leurs émissions par le truchement de personnes de mauvaise foi ? Quel impact ces révélations ont-elles sur leurs déclarations concernant la réduction de leurs émissions dans leurs rapports annuels ou dans les rapports sur la responsabilité sociale des entreprises ?
  • Qui fait la promotion du concept de l’“intensité des émissions” ? Quelle est l’origine de ce terme ? Y a-t-il des agences publicitaires ou de relations publiques qui ont contribué à le promouvoir ? Des documents d’archives et des lanceurs d’alerte pourraient se révéler utiles dans ce contexte !

Développement vs crise climatique 

Ce thème a été tendance répandue en Afrique, en Amérique latine et aux Caraïbes. On disait par exemple : ces pays ne sont pas responsables des premières émissions de carbone et ils ont besoin d’avoir accès à une énergie bon marché, alors pourquoi devraient-ils s’abstenir de développer leurs ressources en combustibles fossiles pour la simple et unique raison que le Nord global a causé une crise climatique ?

Il y a là quelques vérités : comment des militants ou des responsables politiques du Nord global peuvent-ils demander à ceux qui ont une moins bonne qualité de vie de faire les sacrifices qu’eux-mêmes n’ont pas faits ? D’éliminer l’usage des combustibles fossiles avant que le Nord global ne le fasse ? C’est ne pas tenir compte du fait que les pays du Sud global font déjà les frais du changement climatique. Pour l’industrie mondiale du pétrole, qui a le plus à gagner financièrement dans cette affaire, et de loin, c’est une façon astucieuse de monter les gens les uns contre les autres, de faire valoir l’idée qu’elle ne fait que répondre à la demande, et de faire machine arrière sur la question du développement des combustibles fossiles, en utilisant le Sud global, sans faire sourciller le moins du monde.

Certains documents internes des compagnies pétrolières et d’agences de relations publiques donnent une tout autre image de la situation. La première fois que les dirigeants du Nord global se sont réunis pour évoquer les mesures à prendre au niveau international pour lutter contre le changement climatique, les compagnies de combustibles fossiles et les pontes de la droite ont estimé que tout accord qui n’exigerait pas que tout le monde effectue une transition énergétique au même rythme serait inéquitable. Des organismes comme la Coalition mondiale pour le climat, qui a rassemblé toutes les industries qui s’élevaient contre les réglementations sur les émissions de carbone, brandissaient des cartes de géographie et désignaient tous les pays qui n’étaient pas tenus par le Protocole de Kyoto de s’engager à réduire leurs émissions et concluaient : “Ce plan n’est pas universel et il ne marchera pas.”

Aujourd’hui, près de 30 ans plus tard, les mêmes entreprises et les mêmes organisations avancent le contraire : elles martèlent que le monde doit donner au Sud global le temps de développer ses propres industries de combustibles fossiles et de suivre la même voie de développement à forte teneur en carbone que ce que le Nord global a fait en son temps.

En fait, il n’appartient pas aux entreprises ou aux gouvernements du Nord global de décider comment le Sud global doit gérer ses ressources, mais cela ne les a jamais empêchés d’essayer de dicter leur volonté. Cette dynamique se poursuit, et il est important que les journalistes fassent la distinction entre les promesses et la réalité, entre les faits et la fiction.

Pour ce faire, il leur faut examiner les données, s’entretenir avec des économistes issus d’horizons divers, parler avec les gens directement concernés par ces projets, enquêter sur les agences de relations publiques qui travaillent sur la communication et, de manière générale, suivre la piste financière pour déterminer qui en profite ou non, et pourquoi. On emploie aussi cette tactique dans le cadre des négociations sur le climat, quand des négociateurs originaires de pays riches en pétrole et en gaz soutiennent l’interdiction du charbon, tout en exigeant des dérogations pour le gaz et en insistant de manière exagérée sur le potentiel du captage du carbone. Encore une fois, les journalistes doivent toujours se poser la question suivante : qui est susceptible de profiter de cette argumentation ? Il leur faut ensuite suivre la piste financière.

Par exemple, l’idée reçue selon laquelle l’espérance de vie s’accroît si l’on utilise davantage d’énergie est remise en cause depuis plus de dix ans par des travaux de chercheurs validés par des pairs. Par ailleurs, dès 1974, des chercheurs ont démontré dans la revue Science que la qualité de la vie, aux Etats-Unis, aurait été tout aussi élevée si les Américains avaient utilisé une fraction seulement de l’énergie qu’ils consommaient en réalité. En 2010, des chercheurs ont montré que la quantité d’énergie nécessaire pour avoir une espérance de vie élevée était plafonnée. Plus récemment, en 2020, des chercheurs ont découvert que, si une plus grande consommation d’énergie va bien de pair avec un PIB plus important, elle ne contribue cependant qu’à 25 %, au plus, à l’augmentation de l’espérance de vie. “Nous pouvons, sans hésiter, mettre cette idée reçue dans un cercueil, le refermer, y planter de bons vieux clous et affirmer que la consommation de combustibles fossiles ne contribue pas de façon significative à l’augmentation de l’espérance de vie”, a déclaré Julia K. Steinberger, principale auteure de l’étude sur le PIB, également chercheuse en économie de l’écologie et professeure à l’Université de Lausanne, en Suisse. “L’idée que l’industrie des combustibles fossiles aime à faire valoir, selon laquelle elle serait cette espèce de titan sordide qui tiendrait à bout de bras la base industrielle de ce monde pour notre bien à tous ? Cette étude lui tord le cou. Nous ne comptons pas sur les combustibles fossiles pour que notre qualité de vie s’améliore.”

Autres angles d’investigation :

  • Comparez les données sur les offres d’emplois avant et après un nouveau projet d’exploitation de pétrole ou de gaz : Compilez les données sur le nombre d’emplois permanents qui ont été créés par rapport aux emplois temporaires ; dénombrez les ressortissants étrangers employés, et comparez ce chiffre avec les promesses d’embauche locale qui ont pu être faites.
  • Contrats : Les contrats passés entre les compagnies pétrolières et les gouvernements sont très révélateurs des véritables objectifs des compagnies pétrolières.
  • L’avis des actionnaires et des analystes : Là encore, les dirigeants de l’industrie pétrolière exposent leurs véritables projets, au lieu des campagnes de communication destinées au grand public. Par exemple, quand le PDG d’Exxon, Darren Woods, s’est adressé à des analystes en 2017 au sujet de l’expansion de l’entreprise au Guyana, il a évoqué la manière dont la “flexibilité” du gouvernement en matière d’autorisations permettait à Exxon d’accélérer le processus. Il a ajouté que l’entreprise avait peut-être, par le passé, considéré le Guyana comme un “projet sur 20 ans”, mais qu’elle le voyait à présent plutôt comme un projet sur 10 ans, en raison de la politique mondiale sur le changement climatique.
  • Les analystes spécialisés dans l’énergie et les actions boursières : Surveiller les détails financiers des projets vous permet de suivre l’évolution de la situation.
  • Lanceurs d’alerte : Les employés, actifs ou anciens, ne sont pas toujours en mesure de s’exprimer “on the record”, mais ils peuvent vous donner des informations importantes, confirmer des soupçons et vous fournir des pistes à propos des personnes sur lesquelles enquêter.
  • Documents d’archives : Les compagnies pétrolières ne décident pas du jour au lendemain de se lancer dans un projet de forage. Dans la plupart des cas, elles disposent d’actifs qu’elles n’exploitent pas en Afrique, en Amérique latine et aux Caraïbes pendant une décennie, voire davantage. Les informations contenues dans leurs archives pourraient vous éclairer sur leurs projets.

Autres pistes d’angles

  • L’économie du savoir : Le rôle que jouent les chercheurs, les cabinets de conseil en gestion, les groupes de réflexion et les agences de relations publiques dans la création et la propagation d’idées fausses au sujet du climat.
  • De la recherche aux politiques : Suivez un exemple de recherches financées par l’industrie pétrolière, depuis le financement initial jusqu’à l’énoncé de la politique.
  • Analysez la source : Beaucoup de choses ont été dites sur les “chercheurs à louer” qui ont contribué à propager le climatoscepticisme, mais peu a été dit sur les études économiques biaisées qui ont été commandées dans le but de convaincre les décideurs que prendre des mesures pour lutter contre le changement climatique serait trop onéreux. Qui sont les économistes en question ? Sur quelles hypothèses ont-ils bâti leurs modèles ? Et qui a commandé ces modèles ou financé leurs recherches ?

Techniques d’investigation

  • Demande d’archives publiques
  • Lanceurs d’alerte
  • Interviews d’experts
  • Compétences pour enquêter sur les réseaux sociaux
  • Recherche d’archives

Discussion : comment mener une enquête sur la désinformation sans lui donner plus de visibilité

Les journalistes qui couvrent la mésinformation et la désinformation se demandent souvent s’il vaut mieux réfuter une fausse information ou ne pas en tenir compte, pour éviter de lui donner de la crédibilité et d’en faire la publicité. Si une campagne de communication de l’industrie pétrolière a un impact réel, il est généralement utile de fournir aux lecteurs et aux téléspectateurs les données et les informations qu’il leur faut pour la démystifier par eux-mêmes (c’est ce que certains journalistes choisissent de faire, assez tôt, sur les réseaux sociaux, pour devancer l’actualité).

fact check techniques amplification truth sandwich

Image : Shutterstock

Une technique inaugurée par le linguiste américain George Lakoff, l’inventeur du “truth sandwich”, est particulièrement indiquée pour gérer ce problème. Commencez par la vérité, expliquez le mensonge, puis terminez par la vérité. Des études ont montré que si le “truth sandwich” n’est pas forcément plus efficace pour réfuter une fausse information que les autres méthodes, sa structure tend à inspirer aux lecteurs confiance envers le ou la journaliste, et dans le processus de vérification des faits.

Les documents originaux sont aussi très utiles pour lutter contre la mésinformation et le scepticisme. Si vous pouvez démontrer que telle compagnie ou telle personne a eu l’intention de mentir au grand public pour faire un bénéfice, elle aura du mal à réfuter cette preuve, surtout si vous pouvez orienter les gens vers ces documents originaux ou sources primaires, qu’ils soient sous format écrit, audio ou vidéo.

Une autre technique recommandée par les chercheurs spécialisés dans la lutte contre la désinformation s’appelle le “pre-bunking”. Si un ou une journaliste sait, par exemple, qu’il va y avoir une recrudescence de la désinformation au sujet de l’énergie renouvelable (et il y en a ! cela a déjà commencé !), il peut être utile d’alerter le public, de le prévenir qu’il va bientôt être matraqué par des campagnes qui visent à discréditer certaines suggestions, de lui donner d’ores et déjà les informations nécessaires pour comprendre ce qui se passe. Pour en savoir plus sur les manières de couvrir la désinformation sans l’amplifier, reportez-vous au guide de terrain pour les journalistes de Climate Action Against Disinformation, une coalition mondiale d’organisations de lutte contre le changement climatique et contre la désinformation. Sa newsletter vous permettra aussi de vous tenir informé des nouvelles tendances en matière de greenwashing et de désinformation sur le climat.

Ce texte a été traduit de l’anglais au français par Béatrice Murail.


Amy Westervelt est une journaliste d’investigation primée. Elle s’est vu attribuer le prix Rachel Carson en 2015 pour avoir mis sur pied le seul groupe de journalisme sur le climat réservé aux femmes et a fondé la société de podcasts Critical Frequency en 2017. Son travail, qui a été salué par des médias comme The New Yorker et The Atlantic, a remporté de nombreux prix, notamment un prix de la Online News Association (ONA) pour ses enquêtes audio, et des prix décernés par Covering Climate Now. Elle a aussi été nommée deux fois pour les Peabody Awards. La qualité des reportages sur le climat d’Amy Westervelt, qui a 20 ans d’expérience, a été largement reconnue et son prochain ouvrage, « Brought to You By: Inside Big Oil’s Total Information War » (Présenté par : dans les coulisses de la guerre totale de l’information menée par les géants pétroliers), sera publié chez Bloomsbury.

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