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Vous voulez que votre enquête soit lue? Assurez-vous d’avoir une bonne histoire à raconter

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Les meilleurs travaux d’investigation se convertissent souvent en articles arides et difficiles à lire. Dans le meilleur des cas, ces enquêtes sont ennuyeuses; mais dans le pire, elles sont tout simplement incompréhensibles. Malheureusement, ces enquêtes risquent ainsi d’avoir un impact faible, ou même pas d’impact du tout, gâchant ainsi des mois de travail ardu.

Il n’est pas compliqué de vérifier si votre histoire est claire : si votre grand-mère ne peut pas la comprendre, vous avez échoué. Et même si le sujet est complexe, ce n’est pas une excuse. Les journalistes ont tendance à blâmer les lecteurs qui ne comprennent pas ou ne s’intéressent pas à leur travail. Mais le manque de clarté est pourtant toujours de leur responsabilité et de celle de leur rédacteur en chef. L’une des caractéristiques les plus importantes du journalisme est de rendre ce qui est important intéressant, et la solution est dans une meilleure narration.  Ainsi, vous devez raconter votre histoire d’une manière qui aide à mettre un peu d’ordre dans la complexe réalité et inspire de l’empathie à vos lecteurs.

Lors du MezhyhiryaFest de cet été, le festival de journalisme d’investigation organisé tous les ans à Kyev, Ilya Lozovsky d’OCCRP a partagé avec nous des conseils pour aider les journalistes d’investigation à rendre leur enquêtes plus claires. Voici donc 12 conseils pour écrire une enquête percutante :

1 . Expliquez votre enquête en une phrase

Vous devez comprendre quelle est votre histoire avant de commencer à écrire. Pouvez-vous la résumer en un tweet ? Si vous ne pouvez pas, vous n’êtes peut-être pas prêt à écrire. Vous avez peut-être besoin d’enquêter un peu plus. Revenez en arrière. Demandez-vous :  » Qu’est ce qui a fait que l’affaire sur laquelle j’enquête est arrivée ? Quels facteurs environnementaux – législatifs, sociaux, politiques- ont fait que cette affaire a été rendue possible ? Qui sont les personnes clés impliquées et comment se sont-elles impliquées ?  »

2. Sélectionnez les faits importants

Vous avez peut-être découvert des milliers de faits grâce à vos recherches. Mais vous ne pouvez pas les balancer tous en même temps à vos lecteurs. Quand on raconte à nos amis quelque chose qui nous est arrivé, on n’énumère pas un par un tous les évènements de notre après-midi. On choisit les éléments les plus pertinents pour notre histoire, on les raconte dans l’ordre et on explique ce qu’ils signifient. L’une des parties les plus importantes de la narration est dans cette sélection : chaque fait doit être raconté pour une raison, et vous devez expliquer cette raison à votre lectorat. Ce n’est pas un échec de n’utiliser que 5% de tout ce que vous avez trouvé au cours de votre enquête.

Rappelez-vous de toujours vous mettre à la place de vos lecteurs : est ce que cette phrase les aide à mieux comprendre l’enquête ? Est-ce que ça fait progresser l’histoire ? Essayez aussi de limiter les noms et les chiffres. Pas plus de deux par paragraphe afin de ne pas embrouiller votre lecteur.

3. Ordonnez votre enquête

Un article, c’est une succession très sélective d’évènements qui ont une signification pour vos lecteurs. Toutes les enquêtes devraient avoir un début, un milieu et une fin.

Si vous êtes chanceux, votre histoire coulera de source et donnera l’impression de s’écrire toute seule. Mais la plupart du temps, ce n’est pas aussi simple. Vous avez de nombreux faits, mais les faits eux-mêmes ne font pas une histoire : si vous écrivez seulement avec les faits, vous finirez juste avec une liste d’éléments se succédant que le plupart des gens ne liront jamais.

L’ordre chronologique est toujours la meilleure manière de raconter une enquête complexe. Certains articles peuvent être racontés d’une autre manière, mais seulement dans certaines circonstances.

4. Donnez aux lecteurs une raison d’avoir de l’empathie

Les lecteurs doivent comprendre pourquoi ils devraient prêter attention à votre histoire. Parfois, votre enquête aura des victimes évidentes, mais de nombreuses fois elle n’en aura pas. Vous devrez expliquer qui sont les victimes et pourquoi.

Dans le journalisme d’investigation, ce sont souvent les citoyens ou le budget du pays qui sont les victimes. Mais parfois cela peut être plus nébuleux. Est-ce que c’est la réputation de votre pays ? Les normes démocratiques et les institutions ? La confiance de la société ?

Quand il s’agit d’argent disparu ou volé, vous devrez expliquer ce que veulent dire ces numéros. Votre grand-mère ne sait pas ce que représente un milliard. Elle n’a jamais possédé autant d’argent. Vous devrez lui expliquer pour qu’elle comprenne. Combien d’hôpitaux peuvent être construits avec cette quantité d’argent ? Pouvez vous comparer ce montant avec le salaire moyen annuel d’un professeur ?

5. Présentez et mettez l’accent sur les personnages

Les personnages ne sont pas nécessairement des personnes. Des lieux ou des choses peuvent aussi être des personnages ! Dans le journalisme d’investigation, ce sont cependant la plupart du temps des êtres humains. Rappelez vous, chaque personnage évoqué doit être présenté. Ses motivations et son implication dans l’histoire doivent être expliqués.

Qui sont vos personnages ? Pourquoi font-ils partie de votre histoire?

Ecrivez toujours:  » Il y a rencontré James Smith, un banquier de New York », et pas juste ,  » Il a rencontré James Smith  »

6. Montrez-nous la carte d’abord, puis faites-nous faire le voyage

 

Voilà comment une histoire classique peut être élaborée:

Le “ chapeau ” c’est ce qui ouvre l’histoire et donne envie au lecteur de poursuivre la lecture. Le “ nut graph ” c’est ce qui montre au lecteur où vous allez. C’est à ce moment là que vous dites au lecteur ce que vous allez lui révéler. La phrase qui résume votre histoire est à écrire dans cette partie. Le chapeau et le nut graph représentent le début de votre histoire. Le corps de l’histoire — le milieu —c’est là que vous expliquez votre histoire. Il est la plupart du temps divisé en plusieurs sections où vous déroulez les éléments clés et les faits sur lesquels vous vous êtes basé pour écrire le nut graph. A la fin, redites ce que vous venez de raconter en résumant le tout.

7. Pas de surprise !

Quelques journalistes aiment révéler des surprises dans la seconde moitié de leur article. Cela va à l’encontre de la règle :  » Guidons le lecteur  » . Vous devez partir du principe que la plupart des lecteurs n’arriveront pas jusqu’à ce stade de votre article.

Quand de nouveaux éléments sont introduits, leurs liens avec les éléments précédents doivent être clairs. Est-ce la même affaire judiciaire ou une autre ? Si vous avez écrit  » condamné trois fois pour corruption  » au début de l’histoire, et que vous écrivez  » arrêté pour corruption  » plus loin dans l’histoire, spécifiez bien que c’est l’une de ces trois condamnations.

8. Ajoutez de la couleur

Montrez à quoi ressemblent les choses dont vous parlez. Décrivez l’attitude de vos personnages. Ecrivez sur les odeurs, les couleurs, les sons. Rendez les gens et les lieux vivants. Même si cela pourrait violer la règle : « Pas de détails inutiles », ces éléments ont en réalité une utilité. Une enquête n’est rien sans la narration.

9. Impliquez un expert

Trouvez des spécialistes indépendants pour vous fournir des commentaires sur le sujet de votre enquête. Cela peut vous aider à expliquer des éléments complexes. Souvent des experts peuvent dire des choses que vous ne pouvez pas dire. Par exemple, après avoir décrit un montage complexe de transactions financières, c’est bien d’avoir un spécialiste qui vous dise:  » Ce sont évidemment des pots de vin! « , particulièrement s’ils peuvent expliquer pourquoi.

10. Utilisez un langage simple

Utilisez un language concret plutôt qu’abstrait Evitez le jargon Le mode actif est meilleur que le mode passif Utilisez de nombreux verbes et noms, et moins d’adjectifs. Évitez les adverbes ! Variez. Alternez les phrases longues et les phrases courtes.

11. Soyez créatifs pour compléter le texte afin de ne pas interrompre la narration 

Graphiques Infographies Encadrés

12. Ne vous focalisez pas trop sur la fin de votre histoire 

Comment terminer une histoire ? En vérité, ce n’est pas important à moins que vous croyiez que cela ne le soit. Pour des formats longs, la majorité des gens ne liront pas jusqu’à la fin; 80% de vos efforts d’écriture devraient aller dans les 20 premiers % de votre histoire. Vraiment. En tant que secrétaire de rédaction, si on me donne un mauvais article à relire et que j’ai seulement une heure pour l’éditer, je vais me focaliser sur le chapeau et le nut graph.

Quels conseils supplémentaires :

Faites une pause avant de vous assoir pour écrire. Ecrivez toujours avec un regard neuf. “Ecrivez ivre. Editez sobre.” Lisez tout fort — vous ne cessez d’hésiter ? Reformulez les phrases où vous avez des accrocs. Les rédacteurs en chef et les Secrétaires de Rédaction sont vos amis. Ils verront des choses qui vous ont échappé.

Olga Simanovych est l’éditrice russophone de GIJN. Elle a travaillé en tant que scénariste, consultante dans le domaine des médias, rédactrice en chef, reporter TV pour Vikna-Novyny sur STB et a participé aux investigations internationales de SCOOP. Elle parle couramment ukrainien, russe, anglais et grec. 

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