5 techniques pour trouver des secrets open-source en Afrique – et dans le monde

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Des mines de documents peuvent être trouvées par ceux qui cherchent au bon endroit.

Certains des secrets de la planète sont à portée de main et attendent juste d’être révélés par des journalistes dévoués.

C’est de cette manière qu’il a pu être révélé qu’une firme australienne a négocié des parts valant des millions de dollars avec la famille du président de la République du Congo en vue d’obtenir un permis minier. Ou qu’un ministre des mines camerounais a, lui, octroyé un permis à une entreprise dans laquelle sa femme possédait des actions. Ou encore que  la Banque Mondiale a donné 19 millions de dollars à une entreprise possédant des liens avec le libérien Charles Taylor, condamné pour crimes contre l’humanité.

Ces révélations, nombreuses, proviennent de documents « open source », c’est à dire en libre accès. Croupissant dans les tiroirs d’une lugubre annexe gouvernementale ou peut-être perdus dans les méandres d’internet, ils attendaient qu’un journaliste prenne le temps de les découvrir.

Voici quelques astuces pour vous aider à trouver vos propres secrets « open source ».

  • Trouver l’histoire

De nombreux journalistes pensent que pour révéler une affaire, il faut nécessairement avoir accès à des documents ayant fuité, peut-être porter une moustache et une perruque, ou bien avoir beaucoup d’argent. C’est assez éloigné de la réalité.

Par exemple, au Cameroun, nous avons obtenu des documents statutaires d’entreprise montrant que la femme d’un ministre des mines possédait des actions dans une entreprise ayant bénéficié d’un permis à très bon marché, octroyé par son mari. Le nom de cette femme était écrit noir sur blanc dans les documents. Tout ce que nous avons eu à faire a été d’effectuer une petite recherche Google puis de passer un coup de téléphone (demandant à parler à son mari), pour avoir la confirmation qu’ils étaient bien mariés.

Nous avons obtenu ces documents plutôt facilement, au registre national des entreprises camerounaises. Naturellement, nous ne nous sommes pas présentés en expliquant que nous souhaitions révéler une affaire de corruption dans un projet minier, mais nous avons eu ces documents en utilisant les circuits officiels, en exploitant les archives du Tribunal de Commerce à Yaoundé. En République Démocratique du Congo, Bloomberg a ainsi publié une impressionnante enquête sur les intérêts financiers du président Kabila. Toutes les révélations étaient issues d’informations publiques, la plupart disponibles en ligne.

Des centaines d’enquêtes similaires sont possibles si les journalistes prennent le temps d’examiner les registres d’affaires de toute la planète. Et ces registres ne sont qu’un exemple parmi d’autres des sources de documentation open-source.

2. Commencer chez soi, puis à l’étranger

Même si les documents les plus précieux proviennent souvent de nos propres pays, il est parfois judicieux d’élargir son horizon, et cela ne suppose pas forcément de voyager.

Par exemple, une entreprise cotée en bourse doit déclarer de nombreuses informations en ligne. De même pour les firmes et organisations financées par des aides publiques au développement, comme la Société financière internationale de la Banque Mondiale. Vous pouvez également demander des documents spécifiques à ces organisations via leur service de presse, ou au nom de la transparence (Liberté d’accès aux documents administratifs, Freedom of Information Request en anglais).

D’autres exemples d’informations open-sources utiles sont les affaires judiciaires. Des parties en contentieux allant au tribunal ne pensent pas toujours qu’une personne tierce s’intéressera à leur affaire. Par exemple, j’ai trouvé dans un jugement de la cour suprême qu’une entreprise minière australienne avait donné des actions à la famille du président congolais. Je n’ai pas eu besoin de creuser très profond. Quand vous trouvez quelque chose de la sorte, vous savez que cela sera intéressant :

Il s’agissait de la même entreprise que celle dans laquelle était impliquée la femme du ministre des mines camerounais. Quand vous mettez le doigt sur une organisation ou un entreprise dont les opérations posent question dans un pays, vous pouvez suivre ses actions à l’étranger et récolter ainsi d’autres potentielles révélations.

3. Être entêté et connaître les lois

Certains pays d’Afrique, comme le Liberia ou la Sierra Leone, possèdent des lois d’accès à l’information permettant aux citoyens de demander des documents spécifiques à leur gouvernement.  Chaque pays a ses propres règles pour avoir accès aux documents publics.  Vous devez bien réfléchir aux documents dont vous avez besoin, et faire de votre mieux pour les obtenir.

Être très entêté et connaître les règles pour accéder à ce que vous recherchez paye toujours.  En effet, par exemple, obtenir des documents statutaires d’entreprise au Libéria était assez rapide. Au Cameroun, cependant, cela nous a pris quelques semaines. Ce n’est pas parce que le gouvernement ne voulait pas nous les transmettre, mais parce que leurs archives ressemblaient à cela :

Piles de fichiers : L’état des archives du Tribunal de Commerce de Yaoundé. Photo : Perrine Odier

Souvent, il n’est effectivement pas aisé d’obtenir les fichiers auquel vous devriez légalement avoir droit d’accéder. Dans le pire des cas, si l’on vous en refuse l’accès, vous pouvez aussi écrire un article pour le dénoncer.

4. Utiliser ses connaissances du contexte local pour passer au crible l’information

Il existe une quantité considérable de ressources « open-source ». Le défi n’est pas tant de mettre la main sur les documents, mais d’en tirer quelque chose d’intéressant.

C’est à ce stade que votre connaissance du terrain est précieux. Vous devez savoir ce que vous recherchez : les noms des individus, les entreprises, les projets douteux, etc. Sans connaître les noms des principaux acteurs d’un pays, ou bien les noms des entreprises louches, vous ne reconnaîtrez pas un indice quand vous en aurez un sous les yeux. Vous pouvez également bénéficier d’informations en off, qui peuvent au début être seulement des rumeurs impubliables mais vous permettront de cibler votre recherche.

Il existe déjà un nombre conséquent d’articles sur la multitude d’outils vous permettant de rechercher une information en ligne.

Maîtrise tous les outils de recherche en ligne peut-être chronophage. Par conséquent, voici ma liste personnelle pour rechercher un nom : je commence par Google, puis www.opencorporates.com, suivi de https://data.occrp.org, et, enfin https://offshoreleaks.icij.org (quelques trucs et astuces pour son utilisation ici). Une fois que vous avez trouvé quelque chose d’intéressant, n’oubliez pas de sauvegarder l’information !

De nombreuses petites astuces existent pour apprivoiser chacun de ces outils, comme le filtrage par date de publication sur Google, ou alors l’utilisation de guillemets pour chercher un nom spécifique dans un moteur de recherche comme Google ou la base de données ICIJ. Chaque journaliste trouvera ses propres raccourcis.

5. Enfin : recouper vos sources

Les documents ne mentent que rarement. Mais ce n’est pas parce que c’est écrit que cela signifie que c’est vrai. Vous devrez vérifier vos documents « open-source » de la même manière que vous vérifiez vos sources humaines.

Questionnez-vous : ces documents peuvent-ils avoir été falsifiés ? Où les avez-vous récupérés ? Etait-ce sur un site internet officiel gouvernemental ou sur un groupe Facebook ? Existe-t-il d’autres sources pouvant confirmer l’information ? Votre document traite-t-il de la bonne personne ou d’un homonyme ? Avez-vous reçu des commentaires de la part des gens que vous accusez ?

Pour plus d’informations sur les lois d’accès à l’information, consultez le Guide de GIJN pour demander des informations publiques, avec des liens sur les ressources en Afrique et sur toute la planète.


Emmanuel Freudenthal est un journaliste d’investigation et photographe indépendant couvrant l’Afrique de l’Est et Centrale, spécialisé sur les affaires, la corruption, les ressources naturelles, la gestion des terres et les droits humains. Il forme également des journalistes sur les méthodes d’enquête à la Fondation Thomson Reuters.

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