{"id":553099,"date":"2022-07-25T11:53:26","date_gmt":"2022-07-25T15:53:26","guid":{"rendered":"https:\/\/gijn.org\/?p=553099"},"modified":"2025-07-09T11:08:22","modified_gmt":"2025-07-09T15:08:22","slug":"comment-des-journalistes-ont-couvert-lun-des-passages-frontaliers-les-plus-perilleux-au-monde","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/gijn.org\/fr\/histoires\/comment-des-journalistes-ont-couvert-lun-des-passages-frontaliers-les-plus-perilleux-au-monde\/","title":{"rendered":"Comment des journalistes ont couvert l&rsquo;un des passages frontaliers les plus p\u00e9rilleux au monde"},"content":{"rendered":"<p><strong>Chaque ann\u00e9e, des milliers de migrants traversent l&rsquo;une des fronti\u00e8res les plus dangereuses au monde : le bouchon du Dari\u00e9n, une for\u00eat tropicale magnifique mais sem\u00e9e d&#8217;emb\u00fbches, qui relie la Colombie et le Panama. GIJN a \u00e9chang\u00e9 avec une journaliste laur\u00e9ate du prix Pulitzer et avec l&rsquo;un de ses co\u00e9quipiers, qui ont parcouru la jungle pour enqu\u00eater sur ce qui se passe pendant la travers\u00e9e.<\/strong><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">En espagnol, cette bande de terre porte le nom de \u00ab\u00a0Tap\u00f3n del Dari\u00e9n\u00a0\u00bb, soit le bouchon du Dari\u00e9n, ce qui correspond bien \u00e0 cette jungle dense et inhospitali\u00e8re.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">Plusieurs projets d\u2019infrastructure pr\u00e9vus pour la r\u00e9gion &#8211; des routes, des voies ferr\u00e9es, des canaux maritimes &#8211; ont \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9s. Cette r\u00e9gion frontali\u00e8re rest\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9tat sauvage abrite d\u00e9sormais des organisations criminelles et des gu\u00e9rillas, ainsi qu\u2019une multitude d&rsquo;autres dangers : serpents venimeux, maladies tropicales, chutes de pluie importantes et terrains accident\u00e9s. En traversant les <\/span><a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.britannica.com\/place\/Darien-region-Panama\"><span style=\"font-weight: 400\">5 000 kilom\u00e8tres carr\u00e9s<\/span><\/a><span style=\"font-weight: 400\"> de cette for\u00eat tropicale &#8211; un p\u00e9riple de sept jours &#8211; <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.iom.int\/news\/more-91000-migrants-have-crossed-darien-gap-way-north-america-year\">les voyageurs<\/a> sont confront\u00e9s aux d\u00e9pouilles de migrants qui les ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s. Les cr\u00e2nes, omoplates et f\u00e9murs qui jonchent le sol sont un rappel constant <\/span><a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.iom.int\/news\/rising-migrant-deaths-top-4400-year-iom-records-more-45000-2014\"><span style=\"font-weight: 400\">des dangers mortels auxquels chaque voyageur est expos\u00e9.<\/span><\/a><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">\u00ab\u00a0Plus encore qu&rsquo;une rencontre fortuite avec des gu\u00e9rillas ou des Urabe\u00f1os [<\/span><a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/insightcrime.org\/colombia-organized-crime-news\/urabenos-profile\/\"><span style=\"font-weight: 400\">un cartel de trafic de drogue principalement dirig\u00e9 par des groupes paramilitaires<\/span><\/a><span style=\"font-weight: 400\">], je m\u2019inqui\u00e9tais de croiser des criminels n\u2019appartenant \u00e0 aucune organisation\u00a0\u00bb, explique <\/span><a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/twitter.com\/nadjadrost\"><span style=\"font-weight: 400\">Nadja Drost<\/span><\/a><span style=\"font-weight: 400\">, dont les reportages sur cette travers\u00e9e pour <\/span><a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/story.californiasunday.com\/darien-gap-migration\/\"><span style=\"font-weight: 400\">le California Sunday Magazine<\/span><\/a><span style=\"font-weight: 400\"> lui ont valu le <\/span><a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.pulitzer.org\/winners\/nadja-drost-freelance-contributor-california-sunday-magazine\"><span style=\"font-weight: 400\">prix Pulitzer du journalisme au long cours <\/span><\/a><span style=\"font-weight: 400\">pour l\u2019ann\u00e9e 2020. Elle a \u00e9galement couvert cette fronti\u00e8re pour l\u2019\u00e9mission de t\u00e9l\u00e9vision <\/span><a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.pbs.org\/newshour\/show\/what-migrants-face-as-they-journey-through-the-deadly-darien-gap\"><span style=\"font-weight: 400\">PBS NewsHour. <\/span><\/a><span style=\"font-weight: 400\">\u00ab\u00a0On nous avait aler\u00e9 sur les vols syst\u00e9matiques et les agressions sexuelles que subissent les migrants pendant leur trajet, c\u2019\u00e9tait pour nous la principale pr\u00e9occupation en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright\" src=\"https:\/\/gijn.org\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/PkXIF-heading-north-336x412.png\" alt=\"\" width=\"336\" height=\"412\" \/><a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/twitter.com\/nadjadrost\"><span style=\"font-weight: 400\">Nadja Drost<\/span><\/a><span style=\"font-weight: 400\">, accompagn\u00e9e des journalistes photo et vid\u00e9o <\/span><a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.instagram.com\/bru_federico\/?hl=en\"><span style=\"font-weight: 400\">Bruno Federico<\/span><\/a><span style=\"font-weight: 400\"> et <\/span><a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.instagram.com\/villalonsantamaria\/?hl=en\"><span style=\"font-weight: 400\">Carlos Villal\u00f3n,<\/span><\/a><span style=\"font-weight: 400\"> ont rejoint un groupe de migrants \u00e0 pied, suivant le m\u00eame parcours et s\u2019exposant aux m\u00eames dangers qu\u2019eux, avec un passeur qui connait bien la r\u00e9gion comme guide. Ils ont dormi dans des hamacs, prot\u00e9g\u00e9s des intemp\u00e9ries par une tente.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">Le jury du prix Pulitzer a qualifi\u00e9 l&rsquo;article de Nadja Drost dans le California Sunday Magazine de \u00ab\u00a0r\u00e9cit courageux et captivant sur la migration, documentant le p\u00e9riple \u00e0 pied d&rsquo;un groupe de personnes \u00e0 travers le bouchon du Dari\u00e9n, l&rsquo;une des routes migratoires les plus p\u00e9rilleuses au monde\u00a0\u00bb. Alors que d&rsquo;autres passages de migrants, comme en M\u00e9diterran\u00e9e ou \u00e0 la fronti\u00e8re am\u00e9ricano-mexicaine, ont fait l\u2019objet de nombreux reportages de terrain, les dangers que pr\u00e9sentent cette for\u00eat tropicale et les groupes arm\u00e9s qu\u2019elle abrite avaient d\u00e9courag\u00e9 la plupart des journalistes de s\u2019y rendre. Avant leur reportage, la couverture du bouchon du Dari\u00e9n \u2013 notamment <\/span><a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.wsj.com\/articles\/SB10248257991490323845504581023911717332324\"><span style=\"font-weight: 400\">cet article du Wall Street Journal<\/span><\/a><span style=\"font-weight: 400\">, pour lequel Carlos Villal\u00f3n a \u00e9galement r\u00e9alis\u00e9 des photographies \u2013 s&rsquo;appuyait principalement sur des d\u00e9p\u00eaches issues de villes de Colombie ou du Panama, d&rsquo;o\u00f9 les migrants partaient ou arrivaient, sans que les reporters ne s&rsquo;aventurent eux-m\u00eames sur la piste des migrants.<\/span><\/p>\n<h4><b>D\u2019un continent l\u2019autre<\/b><\/h4>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">L&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re, <\/span><a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/reliefweb.int\/report\/panama\/number-venezuelans-crossing-darien-gap-soars#:~:text=The%20Darien%20Gap%2C%20which%20marks,%2C%20steep%20mountains%2C%20and%20rivers\"><span style=\"font-weight: 400\">133 000 migrants ont fait la travers\u00e9e. Cette ann\u00e9e, ils devraient \u00eatre encore plus nombreux<\/span><\/a><span style=\"font-weight: 400\">. La plupart des gens arrivent du c\u00f4t\u00e9 colombien du bouchon du Dari\u00e9n par un autre pays d&rsquo;Am\u00e9rique latine puis marchent vers le nord, en direction des \u00c9tats-Unis. <\/span><a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.iom.int\/news\/more-91000-migrants-have-crossed-darien-gap-way-north-america-year\"><span style=\"font-weight: 400\">La majorit\u00e9 des migrants qui s\u2019y aventurent sont Ha\u00eftiens, la travers\u00e9e compte \u00e9galement de nombreux Cubains et V\u00e9n\u00e9zu\u00e9liens. <\/span><\/a><span style=\"font-weight: 400\">Des migrants venus du Cameroun et d&rsquo;Angola ou encore du Pakistan et du Sri Lanka, moins nombreux, tentent aussi ce p\u00e9riple. C\u2019est souvent en d\u00e9couvrant, sur les r\u00e9seaux sociaux, l\u2019existence de lois migratoires laxistes dans certains pays d\u2019Am\u00e9rique du Sud qu\u2019ils d\u00e9cident de rejoindre cette r\u00e9gion du monde.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">\u00ab\u00a0Plusieurs raisons expliquent l\u2019afflux de migrants sur cette route\u00a0\u00bb, analyse Bruno Federico. \u201cOn peut notamment citer la fermeture totale des fronti\u00e8res europ\u00e9ennes. Les migrants qui tentent d&rsquo;atteindre l&rsquo;Europe se retrouvent dans des centres de d\u00e9tention, se noient dans la M\u00e9diterran\u00e9e ou sont emp\u00each\u00e9s de poursuivre leur trajet.\u201d Les passages vers l&rsquo;Europe \u00e9tant de plus en plus difficiles, les migrants des pays du Sud se sont tourn\u00e9s vers l&rsquo;\u00c9quateur, le Br\u00e9sil et le P\u00e9rou, o\u00f9 les politiques publiques leur sont plus favorables.<\/span><\/p>\n<div style=\"width: 781px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/gijn.org\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/DARIEN-SECOND-SECOND-SCENE-PHOTO-771x514.jpg\" alt=\"\" width=\"771\" height=\"514\" \/><p class=\"wp-caption-text\">Les migrants pataugent avec leurs biens et aident de jeunes enfants \u00e0 traverser l&rsquo;une des rivi\u00e8res du bouchon du Dari\u00e9n. Image : Nadja Drost<\/p><\/div>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">Depuis ces pays, les migrants empruntent des itin\u00e9raires sans cesse modifi\u00e9s pour atteindre la r\u00e9gion du Dari\u00e9n, \u00e0 travers l&rsquo;Am\u00e9rique centrale jusqu&rsquo;\u00e0 la fronti\u00e8re nord du Mexique et, enfin, les \u00c9tats-Unis.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">Les m\u00e9dias ont tr\u00e8s peu document\u00e9 ces routes, il existe peu d\u2019informations fiables concernant les organisations et les individus qui g\u00e8rent ces flux. Combien de routes contr\u00f4le telle ou telle organisation criminelle ? Chaque tron\u00e7on du sentier est-il g\u00e9r\u00e9 ind\u00e9pendamment ?<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">\u00ab\u00a0Je pense qu&rsquo;il existe un syst\u00e8me de traite des \u00eatres humains g\u00e9r\u00e9 depuis la Chine ou le Bangladesh\u00a0\u00bb, avance Carlos Villal\u00f3n, un photojournaliste chilien qui vit en Colombie depuis 20 ans. \u201cUn migrant bangladais m&rsquo;a un jour confi\u00e9 que sa dette au Bangladesh s\u2019\u00e9levait \u00e0 40 000 dollars am\u00e9ricains, ce qui signifie que quelqu&rsquo;un au Bangladesh lui a pr\u00eat\u00e9 de l&rsquo;argent pour voyager jusqu&rsquo;\u00e0 New York. S&rsquo;ils doivent de telles sommes d&rsquo;argent dans leur pays d&rsquo;origine, il doit y avoir un syst\u00e8me tr\u00e8s bien organis\u00e9 qui brasse de nombreux pays.\u201d<\/span><\/p>\n<h4><b>Travers\u00e9e du Dari\u00e9n<\/b><\/h4>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">Les trois journalistes ayant r\u00e9alis\u00e9 l\u2019enqu\u00eate sont ind\u00e9pendants. N\u00e9e au Canada, Nadja Drost vit en Colombie depuis 2009, travaillant d&rsquo;abord au sein de la r\u00e9daction du Global Post, puis en tant que pigiste pour Time Magazine, Al Jazeera America, The Globe and Mail et la BBC.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">Bruno Federico <\/span><a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/brunofederico.com\/bio\/\"><span style=\"font-weight: 400\">a commenc\u00e9 \u00e0 r\u00e9aliser des documentaires ind\u00e9pendants en Colombie en 2010<\/span><\/a><span style=\"font-weight: 400\">. Depuis 2016, il r\u00e9alise r\u00e9guli\u00e8rement des reportages pour PBS NewsHour. Sa couverture du processus de paix avec la gu\u00e9rilla des FARC en Colombie, r\u00e9alis\u00e9e avec Nadja Drost, a valu au duo un <\/span><a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/opcofamerica.org\/2016-opc-award-winners\/\"><span style=\"font-weight: 400\">prix Overseas Press Club en 2017.<\/span><\/a><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">Pour sa part, Carlos Villal\u00f3n a commenc\u00e9 \u00e0 faire des reportages sur le bouchon du Dari\u00e9n au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000. Sa connaissance approfondie de la r\u00e9gion et les relations qu&rsquo;il y a tiss\u00e9 pendant 20 ans ont permis \u00e0 l&rsquo;\u00e9quipe de parcourir la route en toute s\u00e9curit\u00e9.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">\u00ab\u00a0Les premi\u00e8res fois que je me suis rendu dans la r\u00e9gion du Dari\u00e9n, j&rsquo;ai parcouru la for\u00eat tropicale avec quelques contacts rencontr\u00e9s dans un bar du coin, mais \u00e7a s\u2019est tr\u00e8s mal termin\u00e9 : ces personnes ont essay\u00e9 de voler mes affaires et m&rsquo;ont abandonn\u00e9. J\u2019ai alors parcouru la rivi\u00e8re avec des guides autochtones. Eux aussi m\u2019ont abandonn\u00e9 \u00bb, raconte Carlos Villal\u00f3n. \u201cAvoir un guide en qui je pouvais avoir confiance \u00e9tait une priorit\u00e9 absolue pour moi. C\u2019est pourquoi, apr\u00e8s des ann\u00e9es de travail dans le Dari\u00e9n, j&rsquo;ai demand\u00e9 \u00e0 un ami d&rsquo;une famille locale de la ville d&rsquo;Acand\u00ed, qui vivait l\u00e0 depuis la cr\u00e9ation de la ville, de me pr\u00e9senter un bon guide.\u201d<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">Ce guide connaissait le bouchon du Dari\u00e9n comme sa poche : depuis 40 ans il y chassait et y cherchait de l&rsquo;or, aucun habitu\u00e9 de cette jungle ne lui \u00e9tait \u00e9tranger. En parcourant plusieurs fois la piste des migrants \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, Carlos Villal\u00f3n a compris l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de travailler ensemble : \u201cLorsque nous nous sommes rendus sur place avec Nadja et Bruno en 2019, nous avons vu des voleurs agir tr\u00e8s pr\u00e8s de la fronti\u00e8re avec la Colombie. Notre guide les connaissait, connaissait leur famille\u201d, se souvient-il. \u00ab\u00a0Ces jeunes se sont enfuis quand ils nous ont vus.\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">Carlos Villal\u00f3n explique que les voleurs attaquent toujours les migrants du c\u00f4t\u00e9 panam\u00e9en de la fronti\u00e8re, jamais du c\u00f4t\u00e9 colombien, probablement parce que les groupes arm\u00e9s ill\u00e9gaux qui op\u00e8rent en Colombie interdisent aux criminels de voler dans les zones qu&rsquo;ils contr\u00f4lent. Les habitants du Dari\u00e9n ont expliqu\u00e9 \u00e0 Carlos Villal\u00f3n que les recettes que ces groupes pourraient tirer du commerce des migrants sont d\u00e9risoires compar\u00e9es aux recettes du trafic de drogue.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">Cela dit, la pr\u00e9sence de gangs et l&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale du c\u00f4t\u00e9 colombien de la fronti\u00e8re ont compliqu\u00e9 le travail des journalistes. Carlos Villal\u00f3n explique que leur guide s&rsquo;est assur\u00e9 que ceux qui repr\u00e9sentaient une menace pour eux \u00e9taient au courant de leur intention de r\u00e9aliser un reportage sur la piste des migrants, de la dur\u00e9e de leur s\u00e9jour et des chemins qu\u2019ils emprunteraient. Selon Carlos Villal\u00f3n, ces pr\u00e9cautions ont permis de r\u00e9duire les risques encourus : en un sens, ceux qui c\u00f4ntrolent la r\u00e9gion ont autoris\u00e9 leur venue.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">\u201cBeaucoup d\u2019\u00e9lements on jou\u00e9 en notre faveur\u201d, explique Nadja Drost. \u201cTous les voleurs que nous pouvions croiser connaissaient nos guides. De plus, nous voyagions au sein d\u2019un tr\u00e8s grand groupe, et l\u2019union fait la force. Il y avait, je crois, cinq guides en tout, et \u00e0 la fin du voyage, nous \u00e9tions avec plus de 35 migrants.\u201d<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">Chaque guide facturait ses services 200 dollars la journ\u00e9e. Mais le co\u00fbt \u00e9tait justifi\u00e9, explique Carlos Villal\u00f3n : \u00ab\u00a0Si vous vous rendez dans un endroit comme celui-ci sans l\u2019aide de gens du coin, vous n\u2019obtiendrez aucune information utile et il risque de vous arriver quelque chose de grave.\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<div style=\"width: 781px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/gijn.org\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/Bruno-River-Credit-Nadja-Drost-771x514.jpg\" alt=\"\" width=\"771\" height=\"514\" \/><p class=\"wp-caption-text\">Bruno Federico traversant l&rsquo;une des rivi\u00e8res lors du p\u00e9riple, cam\u00e9ra \u00e0 la main. Image : Nadja Drost<\/p><\/div>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">Par pr\u00e9caution, les journalistes ont entam\u00e9 leur voyage avec le double de nourriture et d&rsquo;eau requises, une trousse de secours, des anti-venins contre les morsures de serpent, plusieurs poches de solution saline, un t\u00e9l\u00e9phone satellite et un tracker GPS pour transmettre un signal quotidien \u00e0 l\u2019\u00e9quipe de production de PBS NewsHour indiquant leur emplacement approximatif.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">La travers\u00e9e \u00e0 pied de la for\u00eat tropicale, qui a dur\u00e9 une semaine, \u00e9tait ext\u00e9nuante. Tous les \u00e9quipements, y compris les appareils \u00e9lectroniques fragiles, devaient \u00eatre transport\u00e9s dans des sacs \u00e0 dos ou des sacs marins, \u00e0 travers l&rsquo;une des r\u00e9gions les plus humides du monde. La nuit, l&rsquo;\u00e9quipe dormait dans des hamacs accroch\u00e9s aux arbres, et il n&rsquo;y avait ni villages ni possibilit\u00e9 de ravitaillement en cours de route. N\u2019importe quel accident, ne serait-ce qu\u2019une entorse \u00e0 la cheville ou une chute, aurait pu faire capoter tout le reportage, voire pire encore.<\/span><\/p>\n<div style=\"width: 346px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/gijn.org\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/Nadja-Drost-on-Darien-Gap-trail-336x224.jpg\" alt=\"Nadja Drost on Darien Gap trail\" width=\"336\" height=\"224\" \/><p class=\"wp-caption-text\">Nadja Drost sur le sentier du bouchon du Dari\u00e9n. Image : Bruno Federico<\/p><\/div>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">Une bourse du <\/span><a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/pulitzercenter.org\/\"><span style=\"font-weight: 400\">Centre Pulitzer<\/span><\/a><span style=\"font-weight: 400\">, organisation membre du r\u00e9seau GIJN, comprenait une police d&rsquo;assurance &#8211; une chance pour ces trois journalistes ind\u00e9pendants, puisque les m\u00e9dias soucrivent rarement \u00e0 des assurances pour leurs pigistes. Cette police aurait pris en charge les co\u00fbts d&rsquo;une \u00e9vacuation d&rsquo;urgence.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">Nadja Drost met pourtant l\u2019accent sur les difficult\u00e9s d&rsquo;entreprendre un reportage aussi compliqu\u00e9 et risqu\u00e9 en tant que journalistes ind\u00e9pendants : si une blessure emp\u00eache le salari\u00e9 d\u2019une r\u00e9daction de travailler, il continue de percevoir un salaire. Pour un pigiste, une blessure pendant un reportage de terrain peut emp\u00eacher tout travail, et donc toute rentr\u00e9e d\u2019argent, des mois durant.<\/span><\/p>\n<h4><b>Couvrir le sentier<\/b><\/h4>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">Nadja Drost et Bruno Federico ont pass\u00e9 six mois \u00e0 travailler exclusivement sur ce projet ambitieux. Carlos Villal\u00f3n a quant \u00e0 lui principalement fourni la logistique et les contacts en amont du voyage, ainsi que des photos pour <\/span><i><span style=\"font-weight: 400\">The California Sunday Magazine<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400\">. Le reportage a n\u00e9cessit\u00e9 trois semaines sur place : une semaine \u00e0 Capurgan\u00e1, en Colombie, une semaine de marche sur la piste des migrants et une semaine au Panama. Nadja Drost et Bruno Federico ont ensuite mis deux \u00e0 trois mois pour r\u00e9diger et monter trois \u00e9missions pour la t\u00e9l\u00e9vision. Il a aussi fallu \u00e0 Nadja Drost trois mois de travail acharn\u00e9 pour finaliser son article de presse.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">Les migrants pouvaient craindre d\u2019\u00eatre identifi\u00e9s dans le reportage, mais Nadja Drost a su tisser des liens de confiance avec eux afin de dissiper toute m\u00e9fiance sur l\u2019usage qui serait fait des informations recueillies. \u00ab\u00a0Vivre une exp\u00e9rience commune a \u00e9norm\u00e9ment aid\u00e9\u00a0\u00bb, explique Nadja Drost. \u00ab\u00a0Pour l&rsquo;article dans le magazine, je n\u2019ai pas r\u00e9alis\u00e9 d\u2019entretien approfondi avec les migrants pendant la travers\u00e9e, m\u00eame si je savais que j\u2019aurais besoin d\u2019interviewer pendant de nombreuses heures tous ceux qui finiraient par \u00eatre des personnages centraux de mon r\u00e9cit.\u201d Son objectif pendant la travers\u00e9e \u00e9tait simplement de faire la connaissance de migrants et d&rsquo;\u00e9tablir un lien de confiance avec eux.<\/span><\/p>\n<div style=\"width: 346px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/gijn.org\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/Nadja-Drost-interviewing-migrant-336x223.jpg\" alt=\"Nadja Drost interviewing migrant\" width=\"336\" height=\"223\" \/><p class=\"wp-caption-text\">Nadja Drost r\u00e9alise un entretien avec un migrant. Image : Bruno Federico<\/p><\/div>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">Nadja Drost a pass\u00e9 24 heures sur la piste avec des groupes camerounais et pakistanais. Ces migrants ont fini par \u00eatre au coeur de son article. Elle ne les a pourtant interview\u00e9 qu&rsquo;apr\u00e8s leur arriv\u00e9e au camp de migrants au Panama, o\u00f9 ils ont d\u00fb attendre d&rsquo;\u00eatre emmen\u00e9 \u00e0 la fronti\u00e8re avec le Costa Rica.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">Pour Bruno Federico, le principal d\u00e9fi a \u00e9t\u00e9 de produire deux types d&rsquo;images \u00e0 la fois : des photographies \u00e0 destination du magazine et des vid\u00e9os pour l\u2019\u00e9mission t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e au long cours. Avec seulement 10 batteries \u00e0 sa disposition, une pour chaque jour de la travers\u00e9e, et aucun moyen de les recharger, il a recueilli beaucoup moins d\u2019images qu\u2019il ne le ferait habituellement. Le groupe a \u00e9galement amen\u00e9 un drone pour filmer l&rsquo;immense et magnifique for\u00eat tropicale, un \u00e9quipement qui s\u2019est av\u00e9r\u00e9 difficile \u00e0 transporter \u00e0 travers jungle.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">\u00ab\u00a0J&rsquo;ai essay\u00e9 de saisir des instants de convivialit\u00e9 avec les migrants\u00a0\u00bb, explique Bruno Federico. \u00ab\u00a0Il nous arrive encore de d\u00e9jeuner avec certains d&rsquo;entre eux \u00e0 New York. Trois ans plus tard, nous n&rsquo;avons toujours pas perdu contact avec eux.\u201d<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">En janvier 2021, Nadja Drost a <\/span><a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/twitter.com\/nadjadrost\/status\/1353089146458402816\"><span style=\"font-weight: 400\">racont\u00e9 sur Twitter<\/span><\/a><span style=\"font-weight: 400\"> une \u00ab\u00a0rencontre incroyable\u00a0\u00bb qu\u2019elle avait faite. Deux ans apr\u00e8s la parution de son reportage, un bangladais livrant de la nourriture \u00e0 New York et qui avait visionn\u00e9 son \u00e9mission pour PBS NewsHour l&rsquo;a reconnue. Il avait r\u00e9alis\u00e9 la m\u00eame travers\u00e9e du bouchon du Dari\u00e9n, quelques semaines seulement apr\u00e8s les journalistes. \u201cRipol [le migrant bangladais] a partag\u00e9 l\u2019\u00e9mission avec ses amis et sa famille, ce qui les a aid\u00e9s \u00e0 comprendre le voyage qu\u2019il avait entrepris pour arriver aux Etats-Unis\u201d, raconte Nadja Drost dans son fil Twitter. \u00ab\u00a0Parmi les nombreux immigrants avec qui j\u2019ai \u00e9chang\u00e9 depuis notre travers\u00e9e, certains m&rsquo;ont dit \u00e0 quel point l\u2019existence de notre reportage comptait pour eux.\u201d<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400\">Nadja Drost explique que les migrants en tirent une certaine reconnaissance : que les difficult\u00e9s qu\u2019ils ont travers\u00e9s soient connues et document\u00e9es all\u00e8ge leur fardeau. Elle ajoute, en pensant \u00e0 Ripol comme aux autres migrants : \u00ab\u00a0M\u00eame si notre journalisme n\u2019enl\u00e8ve rien ni aux raisons qui poussent ces demandeurs d\u2019asile \u00e0 braver tous les dangers pour migrer \u00e0 travers jungle, ni \u00e0 l\u2019inhumanit\u00e9 de leur accueil une fois arriv\u00e9s \u00e0 destination, il importe de raconter ces r\u00e9cits personnels et de dire la v\u00e9rit\u00e9 sur ce p\u00e9riple.\u201d<\/span><\/p>\n<p><i><span style=\"font-weight: 400\">Note de la r\u00e9daction : Le reportage <\/span><\/i><a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/story.californiasunday.com\/darien-gap-migration\"><i><span style=\"font-weight: 400\">When Can We Really Rest? <\/span><\/i><\/a><i><span style=\"font-weight: 400\">(\u201cQuand pourrons-nous enfin nous reposer ?\u201d), paru dans The California Sunday Magazine, a valu \u00e0 Nadja Drost le prix Pulitzer et le prix <\/span><\/i><a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.theatlantic.com\/press-releases\/archive\/2022\/01\/nadja-drost-wins-2021-michael-kelly-award\/621375\/\"><i><span style=\"font-weight: 400\">Michael Kelly 2021<\/span><\/i><\/a><i><span style=\"font-weight: 400\">. Nadja Drost et Bruno Federico ont remport\u00e9 le prix <\/span><\/i><a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/peabodyawards.com\/award-profile\/pbs-newshour-desperate-journey\/\"><i><span style=\"font-weight: 400\">Peabody 2021<\/span><\/i><\/a><i><span style=\"font-weight: 400\"> pour leur reportage t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 <\/span><\/i><a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.pbs.org\/video\/desperate-journey-1597265109\/\"><i><span style=\"font-weight: 400\">Desperate Journey<\/span><\/i><\/a><i><span style=\"font-weight: 400\"> (\u201cP\u00e9riple d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9\u201d), diffus\u00e9 dans l\u2019\u00e9mission PBS NewsHour.<\/span><\/i><\/p>\n<h4><b>Lectures compl\u00e9mentaires<\/b><\/h4>\n<p><a href=\"https:\/\/gijn.org\/resource\/organized-crime-chapter-5-human-trafficking\/\"><i><span style=\"font-weight: 400\">Manuel pour enqu\u00eater sur le crime organis\u00e9 : la traite des personnes<\/span><\/i><\/a> (anglais)<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/gijn.org\/stories\/how-they-did-it-collaborating-across-a-continent-on-latin-americas-untold-migrant-stories\/\"><i><span style=\"font-weight: 400\">Les coulisses d\u2019une enqu\u00eate internationale sur les migrants d\u2019Am\u00e9rique latine<\/span><\/i><\/a> (anglais)<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/gijn.org\/stories\/mapping-migration-deaths-with-gis-modeling\/\"><i><span style=\"font-weight: 400\">Comment cartographier les d\u00e9c\u00e8s li\u00e9s \u00e0 la migration gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019outil de mod\u00e9lisation SIG<\/span><\/i><\/a> (anglais)<\/p>\n<hr \/>\n<p><b><i><\/i><\/b><b><i><a href=\"https:\/\/gijn.org\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/PHOTO-2020-05-18-16-07-19.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-238672 size-thumbnail\" src=\"https:\/\/gijn.org\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/PHOTO-2020-05-18-16-07-19-140x140.jpg\" alt=\"\" width=\"140\" height=\"140\" srcset=\"https:\/\/gijn.org\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/PHOTO-2020-05-18-16-07-19-140x140.jpg 140w, https:\/\/gijn.org\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/PHOTO-2020-05-18-16-07-19-60x60.jpg 60w\" sizes=\"auto, (max-width: 140px) 100vw, 140px\" \/><\/a>Santiago Villa<\/i><\/b><i><span style=\"font-weight: 400\"> est un journaliste prim\u00e9 qui \u00e9crit pour des m\u00e9dias d\u2019Am\u00e9rique latine depuis plus d&rsquo;une d\u00e9cennie. Actuellement bas\u00e9 en Colombie, il est \u00e9ditorialiste pour le quotidien El Espectador. Il a auparavant travaill\u00e9 comme correspondant \u00e9tranger en Afrique du Sud, en Chine, au Venezuela et en \u00c9quateur.<\/span><\/i><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Chaque ann\u00e9e, des milliers de migrants traversent l&rsquo;une des fronti\u00e8res les plus dangereuses au monde : le bouchon du Dari\u00e9n, une for\u00eat tropicale magnifique mais sem\u00e9e d&#8217;emb\u00fbches, qui relie la Colombie et le Panama. GIJN a \u00e9chang\u00e9 avec une journaliste laur\u00e9ate du prix Pulitzer et avec l&rsquo;un de ses co\u00e9quipiers, qui ont parcouru la jungle pour enqu\u00eater sur ce qui se passe pendant la travers\u00e9e.<\/p>\n","protected":false},"author":3031133,"featured_media":1133331,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_price":"","_stock":"","_tribe_ticket_header":"","_tribe_default_ticket_provider":"","_tribe_ticket_capacity":"0","_ticket_start_date":"","_ticket_end_date":"","_tribe_ticket_show_description":"","_tribe_ticket_show_not_going":false,"_tribe_ticket_use_global_stock":"","_tribe_ticket_global_stock_level":"","_global_stock_mode":"","_global_stock_cap":"","_tribe_rsvp_for_event":"","_tribe_ticket_going_count":"","_tribe_ticket_not_going_count":"","_tribe_tickets_list":"[]","_tribe_ticket_has_attendee_info_fields":false,"republication-tracker-tool-hide-widget":true,"footnotes":"","_tec_slr_enabled":"","_tec_slr_layout":""},"categories":[23098],"tags":[21257,19901,24786,21258,22156],"gijn_topic":[18641],"series":[],"gijn_language":[19911,17784],"gijn_region":[],"class_list":["post-553099","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-histoires","tag-inspiration-fr","tag-investigative-journalism-fr","tag-investigative-reporting-fr","tag-les-coulisses-de-lenquete-fr","tag-migration-fr","gijn_topic-nouvelles-et-analyses","gijn_language-en-fr","gijn_language-fr-fr"],"acf":[],"ticketed":false,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/553099","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3031133"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=553099"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/553099\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2369333,"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/553099\/revisions\/2369333"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1133331"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=553099"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=553099"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=553099"},{"taxonomy":"gijn_topic","embeddable":true,"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/gijn_topic?post=553099"},{"taxonomy":"series","embeddable":true,"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/series?post=553099"},{"taxonomy":"gijn_language","embeddable":true,"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/gijn_language?post=553099"},{"taxonomy":"gijn_region","embeddable":true,"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/gijn_region?post=553099"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}