{"id":2535557,"date":"2025-09-27T09:17:59","date_gmt":"2025-09-27T13:17:59","guid":{"rendered":"https:\/\/gijn.org\/?p=2535557"},"modified":"2025-10-10T02:34:44","modified_gmt":"2025-10-10T06:34:44","slug":"comment-le-monde-a-revele-lampleur-de-la-contamination-des-eaux-souterraines-en-france","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/gijn.org\/fr\/histoires\/comment-le-monde-a-revele-lampleur-de-la-contamination-des-eaux-souterraines-en-france\/","title":{"rendered":"Comment \u00ab\u00a0Le Monde\u00a0\u00bb a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 l\u2019ampleur de la contamination des eaux souterraines en France"},"content":{"rendered":"<p>Atrazine-D\u00e9s\u00e9thyl. Chlorothalonil-R471811. Perchlorates. Ces noms ne vous sont peut-\u00eatre pas familiers. Ils ne l\u2019\u00e9taient pas non plus pour nous lorsque nous avons d\u00e9but\u00e9 <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/europeanwaters.eu\/about\/\">l\u2019enqu\u00eate \u00ab\u00a0Under the surface\u00a0\u00bb<\/a>. Ce sont pourtant ceux de quelques-uns des 300 polluants que l&rsquo;on retrouve dans presque toutes les eaux souterraines surveill\u00e9es en France, source d&rsquo;eau potable pour les deux tiers de la population.<\/p>\n<p>Dans plus de 28 % des stations de mesure du r\u00e9seau fran\u00e7ais de surveillance des eaux souterraines, leur pr\u00e9sence a d\u00e9pass\u00e9 les limites l\u00e9gales de qualit\u00e9 au moins une fois au cours des huit derni\u00e8res ann\u00e9es.<\/p>\n<aside>\u00ab\u00a0Les chiffres seuls semblaient trop abstraits. Pour les rendre tangibles, nous avons recherch\u00e9 des t\u00e9moignages aupr\u00e8s des communaut\u00e9s touch\u00e9es.\u00a0\u00bb Rapha\u00eblle Aubert<\/aside>\n<p>L\u2019\u00e9puisement des ressources en eau est \u00e9galement un d\u00e9fi urgent. La France conna\u00eet des s\u00e9cheresses de plus en plus fr\u00e9quentes, et les conflits d\u2019usage pour les ressources entre les villes, les agriculteurs et l&rsquo;industrie exacerbent les tensions.<\/p>\n<p><a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/les-decodeurs\/article\/2024\/05\/15\/explorez-notre-carte-inedite-de-la-pollution-des-eaux-souterraines-en-france_6233388_4355770.html\">Cette enqu\u00eate<\/a> a commenc\u00e9 dans le cadre de l\u2019investigation transfrontali\u00e8re \u201cUnder the Surface\u201d examinant la d\u00e9gradation des eaux souterraines en Europe. Un projet collaboratif initi\u00e9 par Datadista et Arena for Journalism in Europe et soutenu par JournalismFund Europe. Alors qu&rsquo;ils enqu\u00eataient sur la d\u00e9gradation des eaux souterraines en Espagne, les journalistes Antonio Delgado et Ana Tudela sont parvenus \u00e0 trouver comment acc\u00e9der aux derniers rapports des \u00c9tats membres de l\u2019Union europ\u00e9enne sur l&rsquo;\u00e9tat de leurs masses d&rsquo;eau ; rapports que ces pays doit envoyer \u00e0 la Commission europ\u00e9enne tous les six ans.<\/p>\n<p>Arena for Journalism in Europe a sugg\u00e9r\u00e9 d&rsquo;\u00e9tendre l\u2019enqu\u00eate \u00e0 l\u2019\u00e9chelle europ\u00e9enne et m&rsquo;a contact\u00e9e pour travailler sur la situation en France. J&rsquo;ai fait \u00e9quipe avec mes coll\u00e8gues L\u00e9a Sanchez, qui m&rsquo;a aid\u00e9e dans l&rsquo;analyse des donn\u00e9es et la r\u00e9daction des articles, et Elsa Delmas, avec qui j&rsquo;ai collabor\u00e9 pour <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/les-decodeurs\/article\/2024\/05\/15\/explorez-notre-carte-inedite-de-la-pollution-des-eaux-souterraines-en-france_6233388_4355770.html\">la cartographie et le d\u00e9veloppement de l\u2019article visuel<\/a>. L\u00e9a Girardot et Thomas Steffen, respectivement graphiste et responsable du service de la direction artistique num\u00e9rique, nous ont \u00e9galement \u00e9paul\u00e9es pour le design et les infographies.<\/p>\n<h4><b>Plonger dans les donn\u00e9es<\/b><\/h4>\n<p>Les premi\u00e8res donn\u00e9es europ\u00e9ennes ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 une situation pr\u00e9occupante :<a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/easac.eu\/fileadmin\/PDF_s\/reports_statements\/France_Groundwater_country_report.pdf#:~:text=The%20French%20Ministry%20in%20charge%20of%20the%20environment,trans-hydrographic%20basins2%2C%20and%2015%20are%20trans-boundaries%20%28Fig.%203%29.\"> les masses d&rsquo;eau souterraines fran\u00e7aises<\/a> y apparaissaient en piteux \u00e9tat, notamment en termes de qualit\u00e9. Nous voulions d\u00e9couvrir pour quelles raisons. Quels contaminants \u00e9taient \u00e0 l&rsquo;origine de cette d\u00e9gradation ? D&rsquo;o\u00f9 venaient-ils ? \u00c9tait-il possible d&rsquo;informer nos lecteurs de l&rsquo;\u00e9tat des eaux souterraines au plus pr\u00e8s de chez eux ?<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce aux rapports europ\u00e9ens, nous savions que la France compilait de nombreuses donn\u00e9es en continu de nombreuses donn\u00e9es. <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.brgm.fr\/en\/website\/ades-groundwater-data-access-portal\">Ades<\/a>, le Portail national d&rsquo;acc\u00e8s aux donn\u00e9es sur les eaux souterraines, nous a permis d&rsquo;acc\u00e9der aux r\u00e9sultats de toutes les mesures effectu\u00e9es dans toutes les stations. Mais ces \u00ab donn\u00e9es ouvertes \u00bb n&rsquo;\u00e9taient pas aussi accessibles que nous l&rsquo;aurions aim\u00e9\u2026 \u00c0 l&rsquo;\u00e9poque, l&rsquo;interface de programmation d&rsquo;application (API) ne pouvait traiter des requ\u00eates ambitieuses. Le bouton d&rsquo;exportation de l&rsquo;interface, difficile \u00e0 trouver, ne nous permettait pas de t\u00e9l\u00e9charger les donn\u00e9es de tout le pays en une seule fois. Nous avons donc extrait les donn\u00e9es r\u00e9gion par r\u00e9gion, en exportant des millions d&rsquo;enregistrements et en les stockant sur notre propre serveur.<\/p>\n<p>Mais ce n&rsquo;\u00e9tait que le d\u00e9but du d\u00e9fi. Les noms des produits chimiques \u00e9taient cryptiques et le nombre de mesures, \u00e9crasant. Nous nous sommes tourn\u00e9es vers le \u00ab\u00a0journalisme \u00e9valu\u00e9 par des experts\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0expert-reviewed journalism\u00a0\u00bb, en anglais), en collaborant \u00e9troitement avec des scientifiques, afin de donner un sens \u00e0 ces informations.<\/p>\n<p>L&rsquo;hydrog\u00e9ologue Florence Habets, directrice de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), a accept\u00e9 de nous accompagner d\u00e8s le d\u00e9but de l&rsquo;enqu\u00eate.<\/p>\n<p>\u00ab Vous devriez vous int\u00e9resser \u00e0 l&rsquo;atrazine \u00bb, nous a-t-elle dit. \u00ab Cet herbicide est interdit depuis des ann\u00e9es, mais on le retrouve encore dans les \u00e9chantillons. \u00bb La scientifique avait raison : cette substance, et en particulier ses <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.swde.be\/en\/water-and-pesticide-metabolites-what-do-you-need-know#:~:text=What%20are%20pesticide%20metabolites%3F,agriculture%20or%20by%20private%20individuals\">m\u00e9tabolites<\/a> (sous-produits de la substance active), d\u00e9passait 1 microgramme par litre dans environ 1.700 stations de surveillance (7 % des points o\u00f9 elles ont \u00e9t\u00e9 test\u00e9es).<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/gijn.org\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Screenshot-2025-08-28-at-08.14.21-e1756383488939-768x459-1.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-2535559\" src=\"https:\/\/gijn.org\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Screenshot-2025-08-28-at-08.14.21-e1756383488939-768x459-1.png\" alt=\"\" width=\"768\" height=\"459\" srcset=\"https:\/\/gijn.org\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Screenshot-2025-08-28-at-08.14.21-e1756383488939-768x459-1.png 768w, https:\/\/gijn.org\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Screenshot-2025-08-28-at-08.14.21-e1756383488939-768x459-1-336x201.png 336w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><\/a><\/p>\n<div id=\"attachment_2535582\" style=\"width: 778px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/gijn.org\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Screenshot-2025-08-28-at-08.14.13-e1756383528659-768x471-1.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2535582\" class=\"wp-image-2535582 size-full\" src=\"https:\/\/gijn.org\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Screenshot-2025-08-28-at-08.14.13-e1756383528659-768x471-1.png\" alt=\"\" width=\"768\" height=\"471\" srcset=\"https:\/\/gijn.org\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Screenshot-2025-08-28-at-08.14.13-e1756383528659-768x471-1.png 768w, https:\/\/gijn.org\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Screenshot-2025-08-28-at-08.14.13-e1756383528659-768x471-1-336x206.png 336w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-2535582\" class=\"wp-caption-text\">Cartes issues de l&rsquo;enqu\u00eate, montrant les zones de production de betteraves en France (en haut) et les r\u00e9sultats des analyses de l&rsquo;herbicide chloridazone (en bas), autoris\u00e9 par l&rsquo;UE pour le contr\u00f4le des mauvaises herbes dans les cultures. Visuels : avec l&rsquo;aimable autorisation de Rapha\u00eblle Aubert, Le Monde.<\/p><\/div>\n<h4><b>Choisir les substances d&rsquo;int\u00e9r\u00eat\u00a0<\/b><\/h4>\n<p>Pour d\u00e9terminer les polluants \u00e0 surveiller, nous avons suivi les crit\u00e8res d&rsquo;\u00e9valuation des eaux souterraines du Bureau de recherches g\u00e9ologiques et mini\u00e8res (BRGM). Laurence Gourcy, hydrog\u00e9ologue au BRGM, nous a ainsi guid\u00e9es dans l&rsquo;interpr\u00e9tation des donn\u00e9es et des m\u00e9thodologies. Nous avons retir\u00e9 25 substances de la liste du BRGM, notamment des \u00e9l\u00e9ments naturels tels que le fer, le mangan\u00e8se ou des substances li\u00e9es au traitement de l&rsquo;eau. Notre liste restreinte comptait alors 226 contaminants.<\/p>\n<aside>\u00ab\u00a0\u00c9tablir une relation de confiance avec les scientifiques a \u00e9t\u00e9 essentiel \u00e0 la r\u00e9ussite de notre enqu\u00eate.\u00a0\u00bb Rapha\u00eblle Aubert<\/aside>\n<p>Pour savoir si les mesures \u00e9taient pr\u00e9occupantes ou non, les normes officielles constituaient la meilleure source d&rsquo;information. Nous avons donc rassembl\u00e9 toutes les normes de qualit\u00e9 environnementale que nous avons pu trouver dans l&rsquo;Union europ\u00e9enne et en France, en particulier ceux cit\u00e9s dans les arr\u00eat\u00e9s de <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.legifrance.gouv.fr\/jorf\/id\/JORFTEXT000048347268\">2008<\/a> et <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.legifrance.gouv.fr\/jorf\/id\/JORFTEXT000048347268\">2023<\/a>. Nous avons ainsi pu d\u00e9terminer si une concentration pouvant sembler n\u00e9gligeable \u2013 telle que 0,1 microgramme d&rsquo;une substance par litre d&rsquo;eau \u2013 d\u00e9passait les seuils l\u00e9gaux. La r\u00e9ponse est oui, pour de nombreux polluants tels que les pesticides.<\/p>\n<p>Cependant, bon nombre des polluants que nous avons pu trouver dans les donn\u00e9es n&rsquo;\u00e9taient pas du tout r\u00e9glement\u00e9s dans les eaux souterraines. Nous avons ajout\u00e9 \u00e0 notre liste 74 de ces compos\u00e9s, qui font l&rsquo;objet d&rsquo;une surveillance particuli\u00e8re de la part des autorit\u00e9s. Il s&rsquo;agit notamment du bisph\u00e9nol A, utilis\u00e9 dans la production de plastiques et de r\u00e9sines \u00e9poxy, de produits pharmaceutiques et de certains PFAS ou \u00ab polluants \u00e9ternels \u00bb \u2013 auxquels j&rsquo;\u00e9tais particuli\u00e8rement attentive, <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/les-decodeurs\/article\/2023\/02\/23\/polluants-eternels-explorez-la-carte-d-europe-de-la-contamination-par-les-pfas_6162942_4355770.html\">ayant d\u00e9j\u00e0 enqu\u00eat\u00e9 sur ce type de contamination<\/a>. Bien qu&rsquo;il n&rsquo;existe aucun seuil officiel, la d\u00e9couverte de traces de m\u00e9dicaments tels que des anti\u00e9pileptiques, des analg\u00e9siques ou des pilules contraceptives dans nos eaux souterraines a aussi d\u00e9montr\u00e9 \u00e0 quel point celles-ci sont vuln\u00e9rables quel point celles-ci sont vuln\u00e9rables.<\/p>\n<p>Notre liste \u00e9tait enfin compl\u00e8te, avec 300 contaminants. Comment les rendre compr\u00e9hensibles pour le grand public ? Une fois de plus, les scientifiques nous ont \u00e9t\u00e9 d&rsquo;une grande aide. Florence Habets nous a conseill\u00e9 de les grouper par type d&rsquo;usage.<\/p>\n<p>Nous avons cr\u00e9\u00e9 six cat\u00e9gories :<\/p>\n<ul>\n<li style=\"font-weight: 400;\" aria-level=\"1\">Les pesticides et leurs m\u00e9tabolites, provenant de l&rsquo;agriculture.<\/li>\n<li style=\"font-weight: 400;\" aria-level=\"1\">&#8211; Les nitrates, nitrites et autres engrais azot\u00e9s.<\/li>\n<li style=\"font-weight: 400;\" aria-level=\"1\">Les substances chimiques issues de l\u2019industrie. Les Hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), provenant de la combustion incompl\u00e8te du bois ou d&rsquo;autres mati\u00e8res organiques.<\/li>\n<li style=\"font-weight: 400;\" aria-level=\"1\">Les m\u00e9taux, m\u00e9tallo\u00efdes et autres min\u00e9raux<\/li>\n<li style=\"font-weight: 400;\" aria-level=\"1\">Les m\u00e9dicaments<\/li>\n<\/ul>\n<p>Pour filtrer et analyser les donn\u00e9es, nous avons \u00e9crit un script Python \u00e0 l&rsquo;aide de Pandas, une biblioth\u00e8que open source con\u00e7ue pour l&rsquo;analyse de donn\u00e9es. Comme le traitement de plusieurs gigaoctets prenait des heures, nous lancions souvent le script pendant la nuit, pour analyser les r\u00e9sultats au r\u00e9veil.<\/p>\n<p>Ceux-ci ont \u00e9t\u00e9 sans appel :<\/p>\n<ul>\n<li>28 % des quelque 24.700 stations de surveillance ont enregistr\u00e9 au moins un d\u00e9passement ces derni\u00e8res ann\u00e9es.<\/li>\n<li>Certaines stations exc\u00e8dent m\u00eame les seuils pour 10, 20, voire plus de 30 substances.<\/li>\n<li>Des pesticides et leurs m\u00e9tabolites ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9tect\u00e9s dans 99 % des points de surveillance.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Par ailleurs, cette cartographie alarmante demeure partielle.les zones vides sur la carte ne signifient pas n\u00e9cessairement que l&rsquo;eau est propre : en effet, la principale motivation pour tester les eaux souterraines est la possibilit\u00e9 de les pomper pour la production d\u2019eau potable. Certains puits, d\u00e9j\u00e0 trop pollu\u00e9s, ont \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9s et n\u2019apparaissent pas dans nos donn\u00e9es, faute de surveillance.<\/p>\n<p>Quid de la rar\u00e9faction de l\u2019eau ? Pour faire parler les donn\u00e9es quantitatives, nous avons fait appel \u00e0 l&rsquo;expertise du Centre international d&rsquo;\u00e9valuation des ressources en eaux souterraines (<a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/un-igrac.org\/\">IGRAC<\/a>). Ses hydrog\u00e9ologues et ses analystes de donn\u00e9es avaient d\u00e9j\u00e0 mis au point une m\u00e9thode pour calculer les tendances des niveaux des eaux souterraines. Gr\u00e2ce \u00e0 leur soutien sur cet aspect de l\u2019enqu\u00eate, nous avons pu concentrer nos efforts sur les donn\u00e9es relatives \u00e0 la pollution.<\/p>\n<p>De nombreux autres scientifiques, sp\u00e9cialis\u00e9s dans des domaines allant de la sant\u00e9 publique \u00e0 la biog\u00e9ochimie en passant par les syst\u00e8mes d&rsquo;information g\u00e9ographique, ont accept\u00e9 de nous conseiller ou d&rsquo;examiner nos travaux. \u00c9tablir une relation de confiance avec eux a \u00e9t\u00e9 essentiel \u00e0 la r\u00e9ussite de notre enqu\u00eate.<\/p>\n<h4><b>Rendre visible l&rsquo;invisible<\/b><\/h4>\n<aside>\u00ab\u00a0Nos cartes sont devenues la pi\u00e8ce ma\u00eetresse de l&rsquo;enqu\u00eate, et j&rsquo;encourage vivement tout journaliste souhaitant reproduire notre m\u00e9thodologie \u00e0 pr\u00e9senter ses r\u00e9sultats sur une carte interactive.\u00a0\u00bb Rapha\u00eblle Aubert<\/aside>\n<p>Les chiffres seuls semblaient trop abstraits. Pour les rendre tangibles, nous avons recherch\u00e9 des t\u00e9moignages aupr\u00e8s des communaut\u00e9s touch\u00e9es. \u00c0 Chartres, au sud-ouest de Paris, la contamination de plusieurs nappes par les nitrates et les pesticides, et les pr\u00e9l\u00e8vements agricoles cons\u00e9quents, mettent l&rsquo;approvisionnement de la ville sous tension, notamment en p\u00e9riode de s\u00e9cheresse. De nombreuses municipalit\u00e9s confront\u00e9es \u00e0 une pollution fr\u00e9quente investissent dans des traitements ou de nouveaux forages, ce qui augmente le prix de l&rsquo;eau potable pour leurs administr\u00e9s.<\/p>\n<p>Nous voulions \u00e9galement que les lecteurs puissent visualiser l&rsquo;ampleur du probl\u00e8me. Nos cartes sont devenues la pi\u00e8ce ma\u00eetresse de l&rsquo;enqu\u00eate, et j&rsquo;encourage vivement tout journaliste souhaitant reproduire notre m\u00e9thodologie \u00e0 pr\u00e9senter ses r\u00e9sultats sur une carte interactive. Nous avons superpos\u00e9 nos r\u00e9sultats \u00e0 d&rsquo;autres ensembles de donn\u00e9es spatiales, telles que la culture de betteraves (calcul\u00e9e \u00e0 partir du \u00ab registre parcellaire graphique \u00bb), associ\u00e9e \u00e0 un herbicide sp\u00e9cifique appel\u00e9 chloridazone.<\/p>\n<p>Un outil cartographique qui m\u00e9rite d&rsquo;\u00eatre mis en avant est <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/protomaps.com\/\">Protomaps<\/a>, une solution open source bas\u00e9e sur OpenStreetMap, qui permet aux journalistes et aux d\u00e9veloppeurs d\u2019h\u00e9berger leurs propres\u00a0 fonds de cartes sous forme de tuiles vectorielles. En 2022-2023, je l&rsquo;ai mis en place pour notre r\u00e9daction comme alternative open source aux logiciels propri\u00e9taires, tr\u00e8s co\u00fbteux. Utilis\u00e9 avec MapLibre et DeckGL, Protomaps nous a permis de cr\u00e9er une grande vari\u00e9t\u00e9 de visuels, des modules explorables aux cartes anim\u00e9es \u00e0 mesure que l\u2019article d\u00e9file. Gr\u00e2ce \u00e0 cet outil et \u00e0 ses comp\u00e9tences en d\u00e9veloppement, Elsa Delmas a transform\u00e9 nos ensembles de donn\u00e9es et nos prototypes de cartes en un saisissant article \u00ab scrolltytelling \u00bb \u2013 ou \u201cr\u00e9cit-molette\u201d, cette pratique qui consiste \u00e0 raconter une enqu\u00eate en indexant des visuel anim\u00e9s sur le r\u00e9cit. Nous avons \u00e9galement inclus des boutons \u00ab explorer la carte \u00bb pour permettre aux lecteurs les plus curieux de faire une pause dans leur lecture et de zoomer sur n&rsquo;importe quel point.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la publication de notre article, nous avons publi\u00e9 nos donn\u00e9es<a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.data.gouv.fr\/datasets\/300-contaminants-dans-nos-nappes-jeux-de-donnees-des-valeurs-seuils-et-mesures-2016-2023\/\"> en open data<\/a>. <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/les-decodeurs\/article\/2024\/05\/15\/comment-le-monde-a-cartographie-la-pollution-des-eaux-souterraines_6233362_4355770.html\">Notre m\u00e9thodologie<\/a> est \u00e9galement accessible au public. Si vous avez acc\u00e8s \u00e0 des donn\u00e9es ou pouvez tester des \u00e9chantillons d&rsquo;eau souterraine dans votre r\u00e9gion, vous pouvez reproduire cette enqu\u00eate.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/gijn.org\/fr\/histoires\/comment-le-monde-a-revele-lampleur-de-la-contamination-des-eaux-souterraines-en-france\/\"><em>Article traduit de l&rsquo;anglais.<\/em><\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p><strong><a href=\"https:\/\/gijn.org\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/raphaelle_aubert-336x336-1.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-thumbnail wp-image-2497693\" src=\"https:\/\/gijn.org\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/raphaelle_aubert-336x336-1-140x140.jpeg\" alt=\"\" width=\"140\" height=\"140\" srcset=\"https:\/\/gijn.org\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/raphaelle_aubert-336x336-1-140x140.jpeg 140w, https:\/\/gijn.org\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/raphaelle_aubert-336x336-1.jpeg 336w\" sizes=\"auto, (max-width: 140px) 100vw, 140px\" \/><\/a>Rapha\u00eblle Aubert<\/strong> est journaliste Monde. Elle s\u2019int\u00e9resse particuli\u00e8rement, par le prisme des donn\u00e9es, aux pressions exerc\u00e9es par l&rsquo;Homme sur l&rsquo;environnement, souvent dans le cadre d\u2019enqu\u00eates r\u00e9alis\u00e9es en collaboration avec des scientifiques et d&rsquo;autres journalistes. Elle a ainsi d\u00e9velopp\u00e9<a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/les-decodeurs\/article\/2023\/02\/23\/polluants-eternels-explorez-la-carte-d-europe-de-la-contamination-par-les-pfas_6162942_4355770.html\"> la carte de la contamination par les PFAS en Europe du Forever Pollution Project<\/a>, publi\u00e9e en 2023, et a dirig\u00e9 <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/les-decodeurs\/article\/2025\/01\/14\/pfas-en-france-le-cout-de-la-decontamination-largement-sous-estime_6497851_4355770.html\">l&rsquo;\u00e9valuation des co\u00fbts de la d\u00e9contamination des PFAS deux ans plus tard<\/a>. En 2025, son article \u00ab <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/les-decodeurs\/visuel\/2024\/05\/15\/300-contaminants-dans-nos-nappes-polluant-par-polluant-notre-analyse-des-eaux-souterraines-en-france_6233361_4355770.html\">300 contaminants dans nos nappes<\/a> \u00bb, publi\u00e9 dans Le Monde avec L\u00e9a Sanchez et Elsa Delmas dans le cadre de<a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/europeanwaters.eu\/\"> l&rsquo;enqu\u00eate transfrontali\u00e8re \u00ab Under the Surface \u00bb<\/a>, a re\u00e7u un Sigma Award qui r\u00e9compense les meilleurs projets bas\u00e9s sur des donn\u00e9es. Vous pouvez la contacter \u00e0 l&rsquo;adresse <a href=\"mailto:aubert@lemonde.fr\">aubert@lemonde.fr<\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Rapha\u00eblle Aubert, journaliste d&rsquo;investigation et de donn\u00e9es au Monde, partage les m\u00e9thodes utilis\u00e9es par son \u00e9quipe lors de son enqu\u00eate sur la pollution des eaux souterraines en Europe.<\/p>\n","protected":false},"author":3031173,"featured_media":2472776,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_price":"","_stock":"","_tribe_ticket_header":"","_tribe_default_ticket_provider":"","_tribe_ticket_capacity":"0","_ticket_start_date":"","_ticket_end_date":"","_tribe_ticket_show_description":"","_tribe_ticket_show_not_going":false,"_tribe_ticket_use_global_stock":"","_tribe_ticket_global_stock_level":"","_global_stock_mode":"","_global_stock_cap":"","_tribe_rsvp_for_event":"","_tribe_ticket_going_count":"","_tribe_ticket_not_going_count":"","_tribe_tickets_list":"[]","_tribe_ticket_has_attendee_info_fields":false,"republication-tracker-tool-hide-widget":false,"footnotes":"","_tec_slr_enabled":"","_tec_slr_layout":""},"categories":[23098],"tags":[21250,19646,21251,21282,24218],"gijn_topic":[18641],"series":[],"gijn_language":[],"gijn_region":[],"class_list":["post-2535557","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-histoires","tag-data-journalisme-fr","tag-enquete-en-sources-ouvertes-fr","tag-france-fr","tag-profession-journaliste-dinvestigation-fr","tag-techniques-denquete-fr","gijn_topic-nouvelles-et-analyses"],"acf":[],"ticketed":false,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2535557","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3031173"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2535557"}],"version-history":[{"count":10,"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2535557\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2563162,"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2535557\/revisions\/2563162"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2472776"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2535557"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2535557"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2535557"},{"taxonomy":"gijn_topic","embeddable":true,"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/gijn_topic?post=2535557"},{"taxonomy":"series","embeddable":true,"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/series?post=2535557"},{"taxonomy":"gijn_language","embeddable":true,"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/gijn_language?post=2535557"},{"taxonomy":"gijn_region","embeddable":true,"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/gijn_region?post=2535557"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}