{"id":217699,"date":"2020-03-04T03:34:26","date_gmt":"2020-03-04T08:34:26","guid":{"rendered":"https:\/\/gijn.org\/?p=217699"},"modified":"2024-02-15T05:20:29","modified_gmt":"2024-02-15T10:20:29","slug":"violences-sexuelles-les-journalistes-francaises-qui-font-bouger-les-lignes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/gijn.org\/fr\/histoires\/violences-sexuelles-les-journalistes-francaises-qui-font-bouger-les-lignes\/","title":{"rendered":"Violences sexuelles : les journalistes fran\u00e7aises qui font bouger les lignes"},"content":{"rendered":"<p><em><strong>Depuis bient\u00f4t dix ans, le site d\u2019investigation Mediapart met r\u00e9guli\u00e8rement les violences sexuelles \u00e0 la une en multipliant les enqu\u00eates sur ce sujet. GIJN a rencontr\u00e9 les journalistes L\u00e9na\u00efg Bredoux et Marine Turchi, auteures d&rsquo;enqu\u00eates aux fortes r\u00e9percussions sur ce sujet. Elles nous ont livr\u00e9 leur vision de leur travail et racont\u00e9 comment elles travaillaient.<\/strong><\/em><\/p>\n<p>En France, la question du consentement sexuel est bien loin d\u2019aller de soi dans l\u2019espace m\u00e9diatique. Lors de l\u2019affaire Dominique Strauss Kahn en 2011, un c\u00e9l\u00e8bre journaliste fran\u00e7ais avait ainsi fait r\u00e9f\u00e9rence aux accusations de viols sur sa femme de m\u00e9nage Nafissatou Diallo comme un <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.nouvelobs.com\/justice\/l-affaire-dsk\/20110519.OBS3497\/affaire-dsk-un-troussage-de-domestique-pour-jean-francois-kahn.html\">\u201cun troussage de domestique\u201d<\/a>. En janvier 2018, en plein mouvement #MeToo, c\u2019est Catherine Deneuve, monument du cin\u00e9ma fran\u00e7ais, qui a sign\u00e9 dans le journal Le Monde <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/idees\/article\/2018\/01\/09\/nous-defendons-une-liberte-d-importuner-indispensable-a-la-liberte-sexuelle_5239134_3232.html\">une tribune \u00e0 contre-courant,<\/a> condamnant le mouvement et d\u00e9fendant la \u201clibert\u00e9 d\u2019importuner\u201d des hommes ainsi que le droit des femmes de \u201cne pas \u00eatre traumatis\u00e9es \u00e0 vie par un frotteur dans le m\u00e9tro\u201d. Plus r\u00e9cemment, le jury des C\u00e9sars, le plus prestigieux prix du cin\u00e9ma fran\u00e7ais, a choisi de r\u00e9compenser le r\u00e9alisateur Roman Polanski, condamn\u00e9 pour viol sur mineur en 1977 et <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.mediapart.fr\/journal\/international\/091119\/au-fil-des-ans-six-adolescentes-ont-accuse-roman-polanski-de-violences-sexuelles?onglet=full\">accus\u00e9 de viol depuis par cinq femmes diff\u00e9rentes<\/a>. Les m\u00e9dias fran\u00e7ais se font souvent l\u2019\u00e9cho des saillies de figures publiques <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.femmeactuelle.fr\/actu\/tex-coup-de-gueule-nouvelle-generation-mecs-domines-50060\">d\u00e9non\u00e7ant le mouvement #MeToo<\/a>, v\u00e9hiculant la crainte de \u201cne plus pouvoir rien dire\u201d et <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.francesoir.fr\/culture-medias\/pour-eugenie-bastie-une-main-aux-fesses-n-a-jamais-tue-personne-video\">relativisant<\/a> des faits de violences sexuelles.<\/p>\n<p>Il faut enqu\u00eater sur tous les milieux et tous les secteurs. Les violences sexuelles sont des faits sociaux et non des faits divers. Ce n\u2019est pas seulement une histoire de people ou d\u2019actrices, c\u2019est une histoire qui nous concerne tous \u2014 L\u00e9na\u00efg Bredoux<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 tout, depuis bient\u00f4t dix ans, le site d\u2019investigation Mediapart met r\u00e9guli\u00e8rement les violences sexuelles \u00e0 la une en multipliant les enqu\u00eates aux fortes r\u00e9percussions sur ce sujet. Fond\u00e9 par plusieurs anciens journalistes du journal Le Monde, <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.mediapart.fr\/\">Mediapart<\/a> a, d\u00e8s sa cr\u00e9ation en 2008, fait le pari audacieux de l\u2019enqu\u00eate et de l\u2019ind\u00e9pendance financi\u00e8re en adoptant un mod\u00e8le payant en ligne, sans publicit\u00e9s et sans subventions publiques. A l\u2019\u00e9poque, personne n\u2019aurait imagin\u00e9 que le petit site d\u2019information deviendrait l\u2019un des acteurs majeurs du paysage m\u00e9diatique fran\u00e7ais, <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.franceinter.fr\/politique\/demission-de-francois-de-rugy-mediapart-tombeur-de-politiques-en-serie\">\u00e0 l\u2019origine de la d\u00e9mission de deux ministres et de plusieurs autres personnalit\u00e9s politiques<\/a>. Encore moins qu\u2019il contribuerait en avant-premi\u00e8re \u00e0 la lib\u00e9ration de la parole sur les violences sexuelles.<\/p>\n<p>Ainsi, un an et demi avant l\u2019affaire Weinstein et le mouvement #MeToo, L\u00e9na\u00efg Bredoux, journaliste politique \u00e0 Mediapart depuis 2010, a publi\u00e9 <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.mediapart.fr\/journal\/france\/090516\/des-femmes-denoncent-les-agressions-et-harcelements-sexuels-de-denis-baupin\">une enqu\u00eate<\/a> (conjointement avec Cyril Graziani, de France Inter) qui a secou\u00e9 le monde politique et m\u00e9diatique en France. Apr\u00e8s un travail d\u2019investigation de plusieurs mois, la journaliste r\u00e9v\u00e8le que le d\u00e9put\u00e9 \u00e9cologiste et vice-pr\u00e9sident de l\u2019Assembl\u00e9e Nationale Denis Baupin a harcel\u00e9 et agress\u00e9 sexuellement pendant plusieurs ann\u00e9es plusieurs femmes avec lesquelles il travaillait.<\/p>\n<p>On enqu\u00eate sur ce sujet comme on enqu\u00eate sur les autres affaires, avec le m\u00eame travail de v\u00e9rification \u2014 Marine Turchi<\/p>\n<p>Dans un documentaire consacr\u00e9 \u00e0 Mediapart, <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/vimeo.com\/316569722\">on la voit<\/a>, l\u00e9g\u00e8rement nerveuse, peu avant la publication de l\u2019enqu\u00eate en mai 2016 : \u201cJ\u2019appr\u00e9hende un peu les attaques\u201d, confie-t-elle, \u201cles gens qui fuient le regard quand tu veux leur dire bonjour, les gens qui disent : \u2018qu\u2019est-ce que t\u2019as fait, qu\u2019est-ce qui t\u2019as pris, tu ne te rends pas compte, il a une femme, des enfants\u2019 (&#8230;.) J\u2019appr\u00e9hende un peu, mais ce qui me rassure, c\u2019est que je sais que je serai soutenue ici [\u00e0 Mediapart NDLR]\u201d, d\u00e9clare la journaliste face cam\u00e9ra. L\u2019enqu\u00eate aboutira finalement \u00e0 la d\u00e9mission de Denis Baupin. Celui-ci attaque malgr\u00e9 tout en diffamation les accusatrices et les journalistes. En vain. A l\u2019issue d\u2019un proc\u00e8s tr\u00e8s m\u00e9diatis\u00e9 d\u00e9but 2019, la justice a relax\u00e9 les victimes pr\u00e9sum\u00e9es, reconnu le s\u00e9rieux et l\u2019int\u00e9r\u00eat public du travail des journalistes et condamn\u00e9 Denis Baupin pour proc\u00e9dure abusive.<\/p>\n<p>Depuis cette enqu\u00eate, l\u2019affaire Weinstein et #MeToo sont pass\u00e9s par l\u00e0 et plusieurs autres m\u00e9dias fran\u00e7ais se sont \u00e9galement empar\u00e9s du sujet des violences sexuelles. Les journalistes de Mediapart (1), elles, ont poursuivi consciencieusement leur travail, scannant les violences sexuelles et abus syst\u00e9miques dans de nombreux secteurs professionnels, allant de l\u2019<a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.mediapart.fr\/journal\/france\/200519\/l-universite-paris-1-secouee-par-deux-affaires-de-viol\">universit\u00e9<\/a> aux <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.mediapart.fr\/journal\/france\/190619\/violences-sexuelles-saint-nazaire-la-mairie-appelle-la-discretion?onglet=full\">conseils municipaux<\/a>.<\/p>\n<p>Lena\u00efg Bredoux \u00e0 la r\u00e9daction de Mediapart quelques jours avant la publication de son enqu\u00eate sur Denis Baupin. Capture d&rsquo;\u00e9cran : \u00ab\u00a0Depuis Mediapart\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Mediapart a \u00e0 nouveau impos\u00e9 les violences sexuelles dans l\u2019agenda m\u00e9diatique fran\u00e7ais en publiant une enqu\u00eate aux fortes r\u00e9percussions en novembre 2019. Marine Turchi, journaliste au service enqu\u00eate du site, y <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.mediapart.fr\/journal\/france\/031119\/metoo-dans-le-cinema-l-actrice-adele-haenel-brise-un-nouveau-tabou?onglet=full\">r\u00e9v\u00e8lait<\/a> que l\u2019actrice fran\u00e7aise Ad\u00e8le Haenel avait \u00e9t\u00e9 victime de harc\u00e8lement et d\u2019attouchements sexuels pr\u00e9sum\u00e9s de la part du r\u00e9alisateur Christophe Ruggia lorsqu\u2019elle \u00e9tait adolescente. La journaliste, qui travaille au service enqu\u00eate de Mediapart depuis 2017 apr\u00e8s y avoir couvert la droite et l\u2019extr\u00eame droite pendant presque dix ans, a enqu\u00eat\u00e9 <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/blogs.mediapart.fr\/marine-turchi\/blog\/031119\/une-enquete-singuliere\">pendant sept mois<\/a> pour v\u00e9rifier m\u00e9thodiquement et syst\u00e9matiquement le t\u00e9moignage de l\u2019actrice. La publication de son enqu\u00eate journalistique a provoqu\u00e9 l\u2019ouverture d\u2019une enqu\u00eate judiciaire et la mise en examen du r\u00e9alisateur.<\/p>\n<p>Pendant longtemps, les violences sexuelles n\u2019\u00e9taient pas consid\u00e9r\u00e9es comme un sujet l\u00e9gitime ou noble. Le journalisme d\u2019investigation est un univers encore tr\u00e8s masculin et viriliste \u2014 L\u00e9na\u00efg Bredoux<\/p>\n<p>Beaucoup confondent encore la question des violences sexuelles avec des sujets \u201cintimes\u201d. Mediapart a r\u00e9cemment expos\u00e9 avec clart\u00e9 la diff\u00e9rence entre les r\u00e9v\u00e9lations d\u2019int\u00e9r\u00eat public et celles relevant de la vie priv\u00e9e. En f\u00e9vrier 2020, en plein scandale suite \u00e0 la publication en ligne de vid\u00e9os pornographiques priv\u00e9es du candidat \u00e0 la mairie de Paris Benjamin Griveaux, le site d\u2019investigation r\u00e9v\u00e8le avoir \u00e9t\u00e9 approch\u00e9 ant\u00e9rieurement par Piotr Pavlenski, \u00e0 l\u2019origine de la fuite. Ce dernier leur a propos\u00e9 de leur offrir en exclusivit\u00e9 le contenu des vid\u00e9os. La r\u00e9daction a pourtant refus\u00e9 de les utiliser,<a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.mediapart.fr\/journal\/france\/140220\/benjamin-griveaux-les-videos-et-mediapart?onglet=full\"> estimant<\/a> qu\u2019elles n\u2019avaient \u201cabsolument rien \u00e0 voir avec les enqu\u00eates que Mediapart a publi\u00e9es depuis bient\u00f4t dix ans sur les violences sexistes et sexuelles, ou sur les comportements jug\u00e9s inappropri\u00e9s de personnes en position de pouvoir.\u201d Les journalistes expliquent \u201cque l\u2019adult\u00e8re, s\u2019il est av\u00e9r\u00e9, est l\u00e9gal, qu\u2019il rel\u00e8ve d\u2019un principe sacr\u00e9, le respect absolu de la vie priv\u00e9e.\u201d La ligne rouge est claire.<\/p>\n<p>Alors que dans l\u2019imaginaire collectif, les journalistes d\u2019investigation se concentrent sur les affaires politico-financi\u00e8res ou les scandales de corruption, L\u00e9na\u00efg Bredoux et Marine Turchi ont certainement jou\u00e9 un r\u00f4le dans la l\u00e9gitimation des violences sexuelles en tant que sujet valide d\u2019enqu\u00eate en France. \u201cContrairement \u00e0 ce que l\u2019on entend souvent, ces affaires ne se r\u00e9duisent pas forc\u00e9ment \u00e0 un parole contre parole\u201d, insiste Marine Turchi. Au cours d\u2019entretiens t\u00e9l\u00e9phoniques crois\u00e9s, les deux journalistes nous ont expliqu\u00e9 comment elles voyaient leur travail et quelles m\u00e9thodes elles utilisaient pour enqu\u00eater sur les violences sexuelles.<\/p>\n<p><strong>GIJN :<\/strong> L\u00e9na\u00efg, votre premi\u00e8re enqu\u00eate sur les violences sexuelles a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e il y a plus de dix ans. Dans quel contexte avez-vous commenc\u00e9 \u00e0 vous pencher sur ce sujet ?<\/p>\n<p><b>L\u00e9na\u00efg Bredoux :<\/b> Je suis arriv\u00e9e \u00e0 Mediapart en 2010 et j\u2019ai \u00e9crit mon <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.mediapart.fr\/journal\/france\/190511\/anne-mansouret-au-ps-tout-le-monde-savait?onglet=full\">premier papier<\/a> sur les violences sexuelles quelques mois apr\u00e8s mon arriv\u00e9e. Il s\u2019agissait d\u2019une affaire qui concernait le Parti Socialiste, que je couvrais \u00e0 l\u2019\u00e9poque en tant que journaliste politique. C\u2019\u00e9tait un choix individuel d\u2019inclure les violences sexuelles d\u00e8s le d\u00e9part dans ma couverture politique.<\/p>\n<p>Longtemps, les journalistes qui voulaient couvrir ces affaires s\u2019entendaient r\u00e9pondre que ces sujets relevaient de la vie priv\u00e9e, qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019\u00ab histoires de petites culottes \u00bb \u2014 Marine Turchi<\/p>\n<p>Evidemment, c\u2019est une volont\u00e9 individuelle qui a rencontr\u00e9 une autorisation, un encouragement puis enfin une forte incitation collective de la part de l\u2019ensemble de l\u2019\u00e9quipe et de la direction. C\u2019est tr\u00e8s important de recevoir cet appui car quand on travaille plusieurs mois sur un sujet, cela suppose aussi un soutien de ses coll\u00e8gues.<\/p>\n<p><strong>GIJN :<\/strong> Dix ans apr\u00e8s, vous scannez les violences dans de nombreux secteurs : municipalit\u00e9s, partis politiques, grandes \u00e9coles&#8230; C\u2019est important pour vous de ne pas r\u00e9server votre couverture aux c\u00e9l\u00e9brit\u00e9s ?<\/p>\n<p><b>L\u00e9na\u00efg Bredoux :<\/b> Oui, je suis tr\u00e8s attach\u00e9e au fait de ne pas forc\u00e9ment faire les enqu\u00eates qui fassent le plus de bruit, sur les gens les plus connus. Il est fondamental d\u2019enqu\u00eater aussi sur des secteurs d\u2019activit\u00e9. J\u2019ai travaill\u00e9 six mois sur l\u2019universit\u00e9 fran\u00e7aise et \u00e9crit 60.000 signes sur le sujet. <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.mediapart.fr\/journal\/france\/050719\/violences-sexuelles-l-universite-le-gouvernement-ameliore-un-peu-la-loi?onglet=full\">Un amendement a \u00e9t\u00e9 ajout\u00e9 \u00e0 la loi<\/a> apr\u00e8s la publication de <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.mediapart.fr\/journal\/france\/200519\/l-universite-paris-1-secouee-par-deux-affaires-de-viol\">mon enqu\u00eate<\/a>. Il faut enqu\u00eater sur tous les milieux et tous les secteurs. Les violences sexuelles sont des faits sociaux (2) et non des faits divers. Ce n\u2019est pas seulement une histoire de people ou d\u2019actrices, c\u2019est une histoire qui nous concerne tous.<\/p>\n<p><strong>GIJN :<\/strong> Pourquoi a-t-il fallu attendre aussi longtemps pour que des journalistes commencent \u00e0 enqu\u00eater sur ces sujets ?<\/p>\n<p><b>L\u00e9na\u00efg Bredoux :<\/b> C\u2019est une mati\u00e8re qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 prise \u00e0 bras le corps et au s\u00e9rieux par les services d\u2019investigation classiques. Pendant longtemps, les violences sexuelles n\u2019\u00e9taient pas consid\u00e9r\u00e9es comme un sujet l\u00e9gitime ou noble. Le journalisme d\u2019investigation est un univers encore tr\u00e8s masculin et viriliste. C\u2019est un genre journalistique qui n\u2019est pas forc\u00e9ment propice \u00e0 ce genre de sujet en terme d\u2019imaginaire.<\/p>\n<p>Marine Turchi a couvert la droite et l&rsquo;extr\u00eame droite pour Mediapart pendant pr\u00e8s de dix ans avant de rejoindre le service Enqu\u00eate. Photo : Mediapart.<\/p>\n<p><b>Marine Turchi <\/b>: Les violences sexuelles, les f\u00e9minicides, les affaires de p\u00e9docriminalit\u00e9 ont longtemps &#8211; et m\u00eame encore aujourd\u2019hui &#8211; \u00e9t\u00e9 trait\u00e9es dans les journaux \u00e0 la rubrique des faits divers, sans enqu\u00eater sur le contexte de ces affaires, ni sur le syst\u00e8me de silence et de complicit\u00e9s qui les entourent. En d\u00e9coule une difficult\u00e9 \u00e0 nommer les choses\u00a0: p\u00e9dophilie au lieu de p\u00e9docriminalit\u00e9\u00a0; \u00ab\u00a0crime passionnel\u00a0\u00bb au lieu de f\u00e9minicide, comme on l\u2019a longtemps lu dans la presse. Longtemps, les journalistes qui voulaient couvrir ces affaires s\u2019entendaient r\u00e9pondre que ces sujets relevaient de la vie priv\u00e9e, qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019\u00ab histoires de petites culottes \u00bb ou de \u00ab coucheries\u00a0\u00bb. Ces sujets \u00e9taient pris \u00e0 la l\u00e9g\u00e8re. Au sein de Mediapart, on a pris conscience assez t\u00f4t qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019affaires d\u2019int\u00e9r\u00eat public sur lesquelles il fallait enqu\u00eater.<\/p>\n<p><strong>GIJN :<\/strong> Enqu\u00eater sur les violences sexuelles requiert-t-il une m\u00e9thodologie sp\u00e9cifique ?<\/p>\n<p><b>Marine Turchi :<\/b> On a ici affaire essentiellement \u00e0 de la \u00ab mati\u00e8re \u00bb humaine et non \u00e0 des documents. Nous parlons \u00e0 des gens qui ont \u00e9t\u00e9 touch\u00e9s jusque dans leur chair, donc il y a une mani\u00e8re \u00e9videmment particuli\u00e8re de recueillir ces t\u00e9moignages. Mais je d\u00e9fends qu\u2019on enqu\u00eate sur ce sujet comme on enqu\u00eate sur les autres affaires, avec le m\u00eame travail de v\u00e9rification. Je ne couvre pas que les affaires de violences sexuelles, je couvre aussi des affaires politico-financi\u00e8res et je pense que c\u2019est important de ne pas consid\u00e9rer ces affaires dans une bulle \u00e0 part.<\/p>\n<p>Pourquoi les t\u00e9moins ne peuvent-ils pas se voir lanceurs d\u2019alerte sur les violences sexuelles alors qu\u2019ils le peuvent sur des affaires de corruption, par exemple ? \u2014 Marine Turchi<\/p>\n<p>Contrairement \u00e0 ce qu\u2019on entend souvent, ces affaires ne se r\u00e9duisent pas forc\u00e9ment \u00e0 un parole contre parole. On ne publie jamais un simple t\u00e9moignage : on cherche d\u2019autres victimes, des t\u00e9moins, le contexte des faits, on v\u00e9rifie les lieux, les dates, les protagonistes pr\u00e9sents, on recoupe, on se procure parfois des documents. C\u2019est pour cela que j\u2019ai travaill\u00e9 pendant quasiment un an sur l\u2019affaire Luc Besson [Marine Turchi <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.mediapart.fr\/journal\/france\/090718\/violences-sexuelles-plusieurs-femmes-accusent-luc-besson?onglet=full\">a r\u00e9v\u00e9l\u00e9<\/a> les violences sexuelles pr\u00e9sum\u00e9es commises par le puissant producteur de cin\u00e9ma fran\u00e7ais Luc Besson, NDLR] et pendant sept mois sur l\u2019affaire Ad\u00e8le Haenel.<\/p>\n<p><b>L\u00e9na\u00efg Bredoux :<\/b> Il suffit de se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.legifrance.gouv.fr\/affichTexteArticle.do;jsessionid=5DD2271C888D74FE15B1EDBFE0865B5F.tplgfr42s_2?idArticle=LEGIARTI000006419789&amp;cidTexte=LEGITEXT000006070722&amp;dateTexte=20090807\">la loi de 188<\/a>1 [La loi fran\u00e7aise sur la libert\u00e9 de la presse NDLR]. On cherche des sources, on v\u00e9rifie, on questionne. Il faut recouper les faits de la m\u00eame mani\u00e8re que quand on fait une enqu\u00eate sur le compte en Suisse de J\u00e9r\u00f4me Cahuzac. Nous sommes responsables de ce que nous \u00e9crivons devant la justice, et c\u2019est bien normal ! Il est aussi indispensable d\u2019exercer un journalisme qui prend des risques, un journalisme d\u2019initiative qui permet de lancer des enqu\u00eates en dehors des proc\u00e9dures judiciaires. Aujourd\u2019hui, il y a encore des journaux qui ne font des papiers sur les violences sexuelles seulement lorsqu\u2019il y a des proc\u00e9dures judiciaires et des plaintes. Pour l\u2019affaire Ad\u00e8le Haenel par exemple, je ne sais pas quel autre journal aurait pu permettre \u00e0 une journaliste d\u2019enqu\u00eater sur une affaire pendant des mois alors qu\u2019il n\u2019y avait aucune judiciarisation.<\/p>\n<p>Il y a un temps pour l\u2019\u00e9coute, et un temps pour la v\u00e9rification. On revient dans un second temps vers les victimes pour des questions pr\u00e9cises \u2014 Marine Turchi<\/p>\n<p><strong>GIJN :<\/strong> Les t\u00e9moins jouent un r\u00f4le crucial dans vos enqu\u00eates. Pour l\u2019affaire Ad\u00e8le Haenel, vous avez interview\u00e9 plus de 30 personnes. Marine Turchi, vous qui travaillez normalement sur des affaires politico-financi\u00e8res, vous avez d\u00e9clar\u00e9 n\u2019avoir jamais eu autant de mal pour que les gens vous parlent.<\/p>\n<p><b>Marine Turchi :<\/b> Oui, les t\u00e9moins sont souvent les plus durs \u00e0 convaincre. Certains consid\u00e8rent qu\u2019il est honteux de t\u00e9moigner dans les affaires de violences sexuelles, et ne veulent pas y accoler leurs noms. D\u2019autres ont vu ou entendu des choses, mais n\u2019ont pas identifi\u00e9 le probl\u00e8me, ou consid\u00e8rent qu\u2019il s\u2019agit d\u2019affaires priv\u00e9es, auxquelles ils ne veulent pas \u00eatre m\u00eal\u00e9s. (3) Pourquoi ne peuvent-ils pas se voir lanceurs d\u2019alerte sur les violences sexuelles alors qu\u2019ils le peuvent sur des affaires de corruption, par exemple ?<\/p>\n<p>L&rsquo;actrice Ad\u00e8le Haenel a livr\u00e9 <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=QFRPci2wK2Y\">un t\u00e9moignage poignant<\/a> sur Mediapart le soir de la publication de l&rsquo;enqu\u00eate de Marine Turchi. Photo : capture d&rsquo;\u00e9cran.<\/p>\n<p>Durant mon enqu\u00eate autour du t\u00e9moignage d\u2019Ad\u00e8le Haenel, beaucoup de t\u00e9moins \u00e9taient tr\u00e8s r\u00e9ticents \u00e0 s\u2019exprimer sous leur nom dans un premier temps. Dans ces cas-l\u00e0, j\u2019essaie d\u2019abord de comprendre pourquoi. Tr\u00e8s vite, leurs arguments se d\u00e9gonflent. Tout l\u2019enjeu est de r\u00e9ussir \u00e0 leur faire comprendre le r\u00f4le \u00e9norme qu\u2019ils ont \u00e0 jouer dans ces affaires-l\u00e0. Sans les t\u00e9moins, les enqu\u00eates journalistiques ne peuvent pas exister. Dans cette affaire, les t\u00e9moignages montrent que certaines personnes s\u2019interrogeaient d\u00e8s le tournage sur le comportement du r\u00e9alisateur avec Ad\u00e8le Haenel. D\u2019autres \u2013 y compris des journalistes \u2013 se sont aussi demand\u00e9 pourquoi Ad\u00e8le Haenel ne voulait pas parler de ce premier film dans ses interviews, ou bien d\u00e9crivait ce tournage comme une exp\u00e9rience traumatisante. Mais personne n\u2019est all\u00e9 chercher plus loin.<\/p>\n<p><b>GIJN : <\/b>Dans la m\u00e9thodologie de votre enqu\u00eate sur Ad\u00e8le Haenel, vous dites avoir fait relire la quasi int\u00e9gralit\u00e9 des citations par les t\u00e9moins. Est-ce une m\u00e9thode que vous utilisez souvent ?<\/p>\n<p><b>Marine Turchi :<\/b> Oui, de plus en plus, je fais relire leurs citations aux personnes interview\u00e9es, \u00e0 une double condition : je le mentionne dans l\u2019article et je n\u2019accepte pas de censure d\u2019\u00e9l\u00e9ments importants sur le fond. De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, il y a une perte de confiance totale des gens envers les journalistes. Je ne compte pas les personnes qui me disent : \u201cJ\u2019ai \u00e9t\u00e9 interview\u00e9 une fois dans un journal, ils n\u2019ont gard\u00e9 qu\u2019une phrase, sortie de son contexte et pas repr\u00e9sentative de ce que j\u2019avais dit\u201d. Je ne peux pas leur donner compl\u00e8tement tort car aujourd\u2019hui, faute de temps et de place, beaucoup de journalistes sont contraints de condenser consid\u00e9rablement le propos, et de retirer la nuance que les gens y mettent. En cons\u00e9quence, ils sont m\u00e9fiants, et ont de moins en moins envie de parler.<\/p>\n<p>Notre travail, c\u2019est de dire ce qu\u2019une affaire r\u00e9v\u00e8le, ce n\u2019est pas de dire ce qu\u2019il faut faire ou ne pas faire \u2014 L\u00e9na\u00efg Bredoux<\/p>\n<p>Pour moi, une garantie de confiance et de s\u00e9rieux est de leur proposer de relire leurs propos. Donc je propose aux t\u00e9moins que nous parlions tr\u00e8s longuement, pendant deux, trois, cinq heures parfois, et qu\u2019ensuite ils puissent relire leurs citations. Evidemment, apr\u00e8s, il ne s\u2019agit pas de les laisser modifier enti\u00e8rement ce qu\u2019ils ont dit. Donc s\u2019il y a des modifications notables sur le fond, je refuse. La deuxi\u00e8me raison pour laquelle je propose la relecture des citations, c\u2019est que les enqu\u00eates sur les violences sexuelles reposent beaucoup sur les t\u00e9moignages. Il faut que chaque mot soit pes\u00e9 et montrer que les t\u00e9moins n\u2019ont pas parl\u00e9 \u00e0 l\u2019emporte-pi\u00e8ces.<\/p>\n<p>J\u2019ai propos\u00e9 de relire autant aux t\u00e9moins \u00e0 charge qu\u2019\u00e0 d\u00e9charge. Par exemple, un t\u00e9moin a dit cinq fois le mot \u00ab malsain \u00bb. Lors de notre entretien, nous avons eu une grande discussion autour de ce mot. Un autre avait parl\u00e9 d\u2019 \u00ab emprise \u00bb mais m\u2019a expliqu\u00e9 qu\u2019\u00e0 la r\u00e9flexion, il voulait employer un autre mot. Ensuite, ce sont des n\u00e9gociations. J\u2019essaie de faire en sorte que les t\u00e9moins se retrouvent le plus possible dans leur propos mais je ne veux pas non plus qu\u2019ils se d\u00e9disent. Tout l\u2019enjeu est l\u00e0. Je pense qu\u2019il faut de plus en plus proposer la relecture pour que les t\u00e9moins acceptent de se confier. Pour moi, le tout est de le pr\u00e9ciser dans l\u2019article.<\/p>\n<p><strong>GIJN :<\/strong> Une autre sp\u00e9cificit\u00e9 des enqu\u00eates sur les violences sexuelles est que vous \u00eates en lien avec des personnes ayant parfois subi des traumatismes tr\u00e8s lourds. Quel rapport entretenez-vous avec les victimes ?<\/p>\n<p><b>L\u00e9na\u00efg Bredoux :<\/b> Oui, nous devons garder une forme de distance, mais nos sources nous livrent une part d\u2019elles-m\u00eames, donc nous avons une responsabilit\u00e9 vis-\u00e0-vis de ce que nous allons faire de leur t\u00e9moignage et de ce que notre papier va produire sur leur vie. Ce n\u2019est jamais neutre, c\u2019est toujours tr\u00e8s lourd. Nous devons avoir une forme d\u2019accompagnement des victimes. Souvent, il n\u2019y a pas eu de judiciarisation pr\u00e9alable lorsqu\u2019elles t\u00e9moignent. Nous savons que les victimes portent tr\u00e8s peu plainte mais du coup elles sont souvent tr\u00e8s seules avec leur histoire. La plupart du temps, elles ne sont ni suivies par une association ni par un avocat. Je donne souvent des num\u00e9ros de t\u00e9l\u00e9phone d\u2019associations aux victimes.<\/p>\n<p>La presse a montr\u00e9 qu\u2019elle pouvait servir \u00e0 un d\u00e9bat public, \u00e0 un d\u00e9bat de soci\u00e9t\u00e9. Qu\u2019est-ce qu\u2019on demande de plus quand on est journaliste ? \u2014 L\u00e9na\u00efg Bredoux<\/p>\n<p>Par contre, je ne les incite \u00e0 aucun moment \u00e0 porter plainte. Ce n\u2019est pas mon travail. Nous ne sommes pas des auxiliaires de justice. Nous sommes des journalistes. C\u2019est d\u00e9j\u00e0 suffisant. Notre travail, c\u2019est de dire ce qu\u2019une affaire r\u00e9v\u00e8le, ce n\u2019est pas de dire ce qu\u2019il faut faire ou ne pas faire.<\/p>\n<p><strong>GIJN :<\/strong> Au sein de Mediapart, la majorit\u00e9 des enqu\u00eates sur les violences sexuelles sont effectu\u00e9es par des femmes. Pensez-vous qu\u2019il soit plus difficile d\u2019enqu\u00eater sur ces sujets lorsque l\u2019on est un homme ?<\/p>\n<p><b>Marine Turchi :<\/b> Les hommes peuvent tout \u00e0 fait mener ces enqu\u00eates, et \u00e0 Mediapart de nombreux hommes sont sensibles \u00e0 ces sujets<i>.<\/i> L\u2019enjeu est simplement la mani\u00e8re de poser les questions aux victimes, et l\u2019ordre dans lequel poser ces questions\u00a0: toutes les questions peuvent \u00eatre pos\u00e9es, mais il y a une mani\u00e8re de le faire. On demande aussi pr\u00e9alablement aux victimes femmes si elles sont mal \u00e0 l\u2019aise de confier leur r\u00e9cit \u00e0 un homme, auquel cas ce sera une coll\u00e8gue femme qui s\u2019en chargera. Mais en r\u00e9alit\u00e9, la plupart des victimes s\u2019en fichent, elles attendent avant tout une \u00e9coute et quelqu\u2019un qui ne va pas poser directement des questions brutales. Il y a un temps pour l\u2019\u00e9coute, et un temps pour la v\u00e9rification. On revient dans un second temps vers les victimes pour des questions pr\u00e9cises, ou pour d\u00e9m\u00ealer des contradictions qui appara\u00eetraient par exemple. Et bien s\u00fbr, il faut rappeler qu\u2019il y a aussi des hommes victimes.<\/p>\n<p><strong>GIJN :<\/strong> Mediapart a une r\u00e9daction paritaire. Les membres de la r\u00e9daction ont \u00e9galement re\u00e7u des formations contre les violences sexuelles au travail. Pensez-vous que cela soit l\u2019un des ingr\u00e9dients n\u00e9cessaires \u00e0 une couverture pertinente de ces affaires ?<\/p>\n<p><b>L\u00e9na\u00efg Bredoux :<\/b> Il est plut\u00f4t facile d\u2019aborder ces questions dans la r\u00e9daction de Mediapart, o\u00f9 les violences sexuelles sont consid\u00e9r\u00e9es comme un sujet journalistiquement l\u00e9gitime. Mais cela n\u2019a pas toujours \u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement fluide et nous apprenons tous en marchant. Il ne faut pas croire qu\u2019il y a un paradis f\u00e9ministe ! Aujourd\u2019hui, il est acquis au sein de la r\u00e9daction que les violences sexuelles sont un objet journalistique \u00e0 part enti\u00e8re et c\u2019est aussi li\u00e9 au fait que nous avons une r\u00e9daction paritaire, et une r\u00e9daction paritaire \u00e9galement dans sa direction. Mais attention, la parit\u00e9 ne suffit pas. La parit\u00e9 sans conception journalistique de ce que c\u2019est qu\u2019une enqu\u00eate sur les violences sexuelles, \u00e7a ne marchera pas. Il faut les deux.<\/p>\n<p><strong>GIJN :<\/strong> Alors que la confiance envers les m\u00e9dias est faible et que les jeunes se d\u00e9tournent des m\u00e9dias traditionnels, il est encourageant de voir qu\u2019une enqu\u00eate journalistique comme celle publi\u00e9e sur Harvey Weinstein puisse aboutir \u00e0 un ph\u00e9nom\u00e8ne de soci\u00e9t\u00e9 tel que #MeToo. Avez-vous l\u2019impression de faire bouger les lignes ?<\/p>\n<p><b>Lena\u00efg Bredoux :<\/b> Les enqu\u00eates sur les violences sexuelles, que ce soit l\u2019enqu\u00eate sur Harvey Weinstein, Denis Baupin ou Ad\u00e8le Haenel, sont trois enqu\u00eates d&rsquo;initiative journalistique. C\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019elles ont \u00e9t\u00e9 entreprises \u00e0 l\u2019initiative des journalistes en dehors de toutes proc\u00e9dures judiciaires. L\u2019impact qu\u2019ont eu ces enqu\u00eates montre que la presse peut encore \u00eatre utile et que les journalistes peuvent encore servir \u00e0 quelque chose avec leurs outils, leurs sp\u00e9cificit\u00e9s, en respectant les gens, en \u00e9tant s\u00e9rieux et carr\u00e9s, en ne faisant pas du commentaire, en ne balan\u00e7ant pas des t\u00e9moignages comme \u00e7a sans les v\u00e9rifier, en faisant un travail de recoupement et d\u2019enqu\u00eate. La presse a montr\u00e9 qu\u2019elle pouvait servir \u00e0 un d\u00e9bat public, \u00e0 un d\u00e9bat de soci\u00e9t\u00e9. Qu\u2019est-ce qu\u2019on demande de plus quand on est journaliste ? Assumons de faire ce travail l\u00e0. Plus ces sujets auront une reconnaissance publique, plus cela incitera des gens moteurs \u00e0 s\u2019emparer de ce genre de sujets !<\/p>\n<p><em>De nombreux journalistes pigistes travaillent \u00e9galement sur ces questions pour Mediapart : C\u00e9cile Andrzejewski, Sophie Boutboul ou encore Iban Ra\u00efs.\u00a0<\/em> <em>Dans <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=BWV-v1R0koY\">une vid\u00e9o<\/a> de Mediapart sur les coulisses de leurs enqu\u00eates sur les violences sexuelles, L\u00e9na\u00efg Bredoux expliquait que plus les victimes ou t\u00e9moins \u00e9taient \u00e9lev\u00e9s socialement plus on les \u00e9coutait. A l\u2019inverse, plus elles \u00e9taient au bas de l\u2019\u00e9chelle sociale, plus elles \u00e9taient discr\u00e9dit\u00e9es.\u00a0<\/em> <em>Dans l\u2019enqu\u00eate sur Luc Besson, les journalistes ont publi\u00e9 plusieurs t\u00e9moignages anonymis\u00e9s, \u00e0 la condition que ces t\u00e9moins leur fournissent des attestations \u00e9crites, pour se pr\u00e9munir en cas de poursuites judiciaires.\u00a0<\/em><\/p>\n<p><em><a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/twitter.com\/martherubio\"><strong>Marthe Rubi\u00f3<\/strong><\/a> est la r\u00e9dactrice francophone de GIJN. Elle a travaill\u00e9 en tant que data journaliste au sein du journal argentin La Naci\u00f3n et comme journaliste ind\u00e9pendante pour Slate, El Mundo, Lib\u00e9ration, Le Figaro ou Mediapart.\u00a0<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis bient\u00f4t dix ans, le site d\u2019investigation Mediapart met r\u00e9guli\u00e8rement les violences sexuelles \u00e0 la une en multipliant les enqu\u00eates sur ce sujet. GIJN a rencontr\u00e9 les journalistes L\u00e9na\u00efg Bredoux et Marine Turchi, auteures d&rsquo;enqu\u00eates aux fortes r\u00e9percussions sur ce sujet. Elles nous ont livr\u00e9 leur vision de leur travail et racont\u00e9 comment elles travaillaient.<\/p>\n","protected":false},"author":3031133,"featured_media":217709,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_price":"","_stock":"","_tribe_ticket_header":"","_tribe_default_ticket_provider":"","_tribe_ticket_capacity":"0","_ticket_start_date":"","_ticket_end_date":"","_tribe_ticket_show_description":"","_tribe_ticket_show_not_going":false,"_tribe_ticket_use_global_stock":"","_tribe_ticket_global_stock_level":"","_global_stock_mode":"","_global_stock_cap":"","_tribe_rsvp_for_event":"","_tribe_ticket_going_count":"","_tribe_ticket_not_going_count":"","_tribe_tickets_list":"[]","_tribe_ticket_has_attendee_info_fields":false,"republication-tracker-tool-hide-widget":false,"footnotes":"","_tec_slr_enabled":"","_tec_slr_layout":""},"categories":[23098],"tags":[21251,21257,21283,21284],"gijn_topic":[18641],"series":[],"gijn_language":[17784],"gijn_region":[],"class_list":["post-217699","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-histoires","tag-france-fr","tag-inspiration-fr","tag-protection-des-sources-fr","tag-violences-sexuelles-fr","gijn_topic-nouvelles-et-analyses","gijn_language-fr-fr"],"acf":[],"ticketed":false,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/217699","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3031133"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=217699"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/217699\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1331553,"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/217699\/revisions\/1331553"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/217709"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=217699"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=217699"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=217699"},{"taxonomy":"gijn_topic","embeddable":true,"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/gijn_topic?post=217699"},{"taxonomy":"series","embeddable":true,"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/series?post=217699"},{"taxonomy":"gijn_language","embeddable":true,"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/gijn_language?post=217699"},{"taxonomy":"gijn_region","embeddable":true,"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/gijn_region?post=217699"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}