{"id":208646,"date":"2020-01-23T13:50:10","date_gmt":"2020-01-23T17:50:10","guid":{"rendered":"https:\/\/gijn.org\/?p=208646"},"modified":"2023-09-05T23:54:42","modified_gmt":"2023-09-06T03:54:42","slug":"comment-un-collectif-de-journalistes-a-retrouve-2-000-tombes-clandestines","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/gijn.org\/fr\/histoires\/comment-un-collectif-de-journalistes-a-retrouve-2-000-tombes-clandestines\/","title":{"rendered":"Comment un collectif de journalistes a retrouv\u00e9 2 000 tombes clandestines"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/gijn.org\/2019\/12\/17\/how-they-did-it-investigating-a-country-with-2000-clandestine-graves\/\"><strong>English<\/strong><\/a><\/p>\n<p>V\u00eatements trouv\u00e9s dans un \u00ab refuge \u00bb \u00e0 Ciudad Mante, Tamaulipas, au Mexique, en janvier 2017. Photo : M\u00f3nica Gonz\u00e1lez<\/p>\n<p>Le Mexique est un pays aux nombreuses strates. D\u00e9terrer les r\u00e9cits enfouis peut \u00eatre une t\u00e2che \u00e0 la fois dangereuse et d\u00e9chirante. Et pourtant, un groupe de reporters et photographes ind\u00e9pendants travaillant dans diff\u00e9rentes r\u00e9gions du pays a d\u00e9cid\u00e9 de se regrouper en un collectif appel\u00e9 \u00ab\u00bf A d\u00f3nde van los desaparecidos ?\u00bb (o\u00f9 vont les disparus ?) afin de r\u00e9pondre \u00e0 cette question fondamentale : o\u00f9 sont les disparus ?<\/p>\n<p>Cela fait des dizaines d\u2019ann\u00e9es que des personnes <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.insightcrime.org\/mexico-organized-crime-news\/mexico\/\">disparaissent au Mexique<\/a>, mais les meurtres et les disparitions connaissent une progression particuli\u00e8rement alarmante depuis 2006, lorsque le pr\u00e9sident Felipe Calder\u00f3n a chang\u00e9 la politique de s\u00e9curit\u00e9 du pays, d\u00e9ployant davantage de fonds pour financer des op\u00e9rations militaires et polici\u00e8res contre les cartels de la drogue.<\/p>\n<p>Au terme de son mandat de six ans, la \u00ab guerre contre la drogue de Calderon \u00bb avait laiss\u00e9 dans son sillage plus de 47 000 d\u00e9c\u00e8s li\u00e9s au crime organis\u00e9. Son successeur, Enrique Pe\u00f1a, a promis de freiner la violence, mais celle-ci a continu\u00e9 de grimper. <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.insightcrime.org\/news\/analysis\/why-are-more-mexicans-being-killed-2019\/\">Le taux de meurtres au Mexique<\/a> (29 pour 100 000 habitants) est trois fois plus \u00e9lev\u00e9 qu&rsquo;en 2007. Plus de 40 000 personnes ont \u00e9t\u00e9 port\u00e9es disparues depuis 2006.<\/p>\n<p>Un agriculteur \u00e0 Iguala, par exemple, a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 qu&rsquo;il savait identifier les tombes en rep\u00e9rant des variations dans le sol pouvant indiquer que la terre y avait \u00e9t\u00e9 creus\u00e9e.<\/p>\n<p>Des journalistes bas\u00e9s dans diff\u00e9rentes r\u00e9gions du pays se sont mis \u00e0 accompagner les familles dans la recherche de leurs proches. Les familles esp\u00e9raient les retrouver vivants, mais envisageaient \u00e9galement la possibilit\u00e9 qu\u2019elles puissent \u00eatre mortes, et leurs d\u00e9pouilles plac\u00e9es dans des s\u00e9pultures anonymes.<\/p>\n<p>\u00ab Les familles nous ont forc\u00e9 \u00e0 ouvrir les yeux \u00bb, explique Alejandra Guill\u00e9n, une journaliste mexicaine de Guadalajara, qui a assist\u00e9 \u00e0 plusieurs de ces recherches. Elle dit que ces familles se sont organis\u00e9es en une Brigade nationale de recherche. Elles traversaient le pays pour interrompre des messes et annoncer, avec l\u2019aval des pr\u00eatres : \u00ab Si vous disposez d\u2019informations, faites-le nous savoir. Nous n&rsquo;allons pas vous d\u00e9noncer. Nous ne sommes pas \u00e0 la recherche de justice. Tout ce que nous voulons, c&rsquo;est savoir ce que sont devenus nos proches. \u00bb<\/p>\n<p>Des personnes se sont manifest\u00e9es, dans certains cas chuchotant aux familles une piste de recherche, dans d\u2019autres partageant avec eux une adresse \u00e9crite \u00e0 la h\u00e2te sur un bout de papier. Un agriculteur \u00e0 Iguala, par exemple, a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 qu&rsquo;il savait identifier les tombes en rep\u00e9rant des variations dans le sol pouvant indiquer que la terre y avait \u00e9t\u00e9 creus\u00e9e. Gr\u00e2ce \u00e0 lui et \u00e0 d\u2019autres, certaines familles ont commenc\u00e9 \u00e0 retrouver des d\u00e9pouilles.<\/p>\n<p>La couverture m\u00e9diatique de ces fouilles \u00e9tait difficile. La photographe Monica Gonz\u00e1lez raconte que de nombreux coll\u00e8gues se sont effondr\u00e9s en larmes au cours de leurs reportages. Cette \u00e9motion les a pouss\u00e9s \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir et discuter davantage quant \u00e0 la meilleure mani\u00e8re de raconter le r\u00e9cit de ces disparitions : sur quels \u00e9l\u00e9ments devraient-il se focaliser ? que voulaient-ils raconter ? comment enqu\u00eater et pr\u00e9senter ces \u00e9v\u00e9nements au plus grand nombre, sachant l\u2019impact que leur travail aurait sur eux et sur le grand public.<\/p>\n<p>Bertila Parada tient une photo de son fils, Carlos Alberto Osorio Parada, un migrant salvadorien retrouv\u00e9 dans une tombe avec 12 autres personnes, \u00e0 Tamaulipas, en 2011. Photo : M\u00f3nica Gonz\u00e1lez<\/p>\n<h4><b>L&rsquo;impossible reportage de terrain et l\u2019absence d\u2019une base de donn\u00e9es<\/b><\/h4>\n<p>Marcela Turati, une journaliste chevronn\u00e9e en mati\u00e8re de droits de l&rsquo;homme au Mexique, et qui a \u00e9galement contribu\u00e9 \u00e0 mettre en place des r\u00e9seaux de soutien entre journalistes de son pays, a \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019initiative de ce projet en r\u00e9unissant plusieurs coll\u00e8gues autour de ce sujet d\u2019enqu\u00eate. Alejandra Guill\u00e9n a \u00e9t\u00e9 l\u2019une des premi\u00e8res \u00e0 r\u00e9pondre favorablement \u00e0 son appel. Elles avaient d\u00e9j\u00e0 travaill\u00e9 ensemble sur plusieurs enqu\u00eates.<\/p>\n<p>Si la strate contenant les tombes sur lesquelles elles comptaient enqu\u00eater \u00e9taient recouvertes par de nouvelles d\u00e9pouilles, il serait impossible d\u2019effectuer des reportages sur le terrain, comme elles l&rsquo;avaient envisag\u00e9.<\/p>\n<p>Les deux femmes avaient pr\u00e9vu de traverser le pays en voiture pour visiter des tombes clandestines identifi\u00e9es \u00e0 Chihuahua, Sinaloa, Tamaulipas, Veracruz et Jalisco. Mais avant de commencer leur p\u00e9riple, elles se sont rendues dans un temazcal (une hutte de sudation traditionnelle mexicaine, utilis\u00e9e pour des rituels curatifs et spirituels), o\u00f9 elles ont demand\u00e9 protection. Elles devaient se remplir d\u2019 \u00ab \u00e9nergie positive \u00bb pour pouvoir affronter toutes les ondes n\u00e9gatives \u00e0 venir.<\/p>\n<p>Elles se sont d\u2019abord arr\u00eat\u00e9es \u00e0 La Barca, Jalisco, \u00e0 l\u2019ouest du pays, o\u00f9 des corps avaient \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9s dans une fosse. Alejandra Guill\u00e9n n&rsquo;\u00e9tant pas s\u00fbre de pouvoir trouver l&rsquo;endroit exact, elles se sont arr\u00eat\u00e9es dans un petit magasin en bord de route pour y demander leur chemin. La jeune femme qui y travaillait a pos\u00e9 le balai qu&rsquo;elle avait entre les mains, s&rsquo;est approch\u00e9e d\u2019elles et leur a dit : \u00ab Si je vous envoie l\u00e0-bas, je vous envoie dans la tombe. On y enterre encore des gens. \u00bb Elle a ajout\u00e9 qu&rsquo;il valait mieux qu&rsquo;elles partent, les \u00ab faucons \u00bb (les informateurs des groupes de crime organis\u00e9) ayant probablement d\u00e9j\u00e0 vu leur voiture. Elles sont parties sur le champ.<\/p>\n<p>Si la strate contenant les tombes sur lesquelles elles comptaient enqu\u00eater \u00e9taient recouvertes par de nouvelles d\u00e9pouilles, il serait impossible d\u2019effectuer des reportages sur le terrain, comme elles l&rsquo;avaient envisag\u00e9. Suite \u00e0 cet avertissement, qui a fait ressortir \u00e0 quel point il \u00e9tait dangereux d\u2019enqu\u00eater sur ce sujet, elles ont d\u00e9cid\u00e9 de travailler \u00e0 la cr\u00e9ation d&rsquo;une base de donn\u00e9es ou d&rsquo;un registre, car il n&rsquo;en existait pas d\u2019officiel au niveau national. Elles se sont d\u2019ailleurs demand\u00e9es pourquoi il n&rsquo;en existait pas.<\/p>\n<p>Elles ont r\u00e9parti le travail entre elles et plusieurs autres journalistes et ont d\u00e9cid\u00e9 de d\u00e9poser des requ\u00eates officielles d&rsquo;informations aupr\u00e8s de chacun des 32 \u00c9tats mexicains ainsi que du bureau national du procureur g\u00e9n\u00e9ral. Alejandra Guill\u00e9n, qui a toujours \u00e9t\u00e9 plus une journaliste de terrain que de bureau, voulant voir les choses de ses propres yeux, a fini par d\u00e9poser de nombreuses demandes d\u2019acc\u00e8s \u00e0 des documents administratifs, m\u00eame si elle ne savait pas tr\u00e8s bien comment s\u2019y prendre, comme elle l\u2019avoue : \u00ab Je n&rsquo;avais pas beaucoup d&rsquo;exp\u00e9rience et je ne savais pas quelles donn\u00e9es nous pourrions obtenir. \u00bb<\/p>\n<h4><b>Des chiffres \u00e0 faire fr\u00e9mir<\/b><\/h4>\n<p>Au total, ils ont d\u00e9pos\u00e9 197 demandes. Lorsque les premi\u00e8res r\u00e9ponses ont commenc\u00e9 \u00e0 arriver, ils ont r\u00e9alis\u00e9 qu&rsquo;il n&rsquo;existait pas de crit\u00e8re ou m\u00e9thodologie unique suivi par tous les procureurs locaux ou nationaux. Ceux-ci n\u2019employaient pas tous la m\u00eame terminologie et parfois ne semblaient pas reconnaitre certains mots. \u00c0 Aguascalientes, par exemple, les autorit\u00e9s ont d\u00e9clar\u00e9 ne pas savoir ce qu&rsquo;\u00e9tait une \u00ab fosse \u00bb. Interrog\u00e9es sur le sujet des \u00ab cuisines \u00bb &#8211; le nom donn\u00e9 en langage familier \u00e0 la destruction des corps au moyen d\u2019acide &#8211; ils ont dit ne pas comprendre ce terme.<\/p>\n<p>Certains \u00c9tats ont refus\u00e9 de fournir les informations demand\u00e9es. Les journalistes ont d\u00fb d\u00e9poser sept requ\u00eates en appel, d\u00e9fendant qu&rsquo;il s&rsquo;agissait de crimes contre l&rsquo;humanit\u00e9 et qu\u2019il ne pouvait donc y avoir aucune raison de dissimuler les donn\u00e9es ou d\u2019en refuser l\u2019acc\u00e8s.<\/p>\n<p>L&rsquo;enqu\u00eate a dur\u00e9 pr\u00e8s de deux ans. L\u2019\u00e9quipe, plomb\u00e9e par les faits qu\u2019elle mettait \u00e0 jour, a d\u00fb faire de nombreuses pauses<\/p>\n<p>Pour traiter et organiser toutes les r\u00e9ponses re\u00e7ues, les journalistes avaient besoin d&rsquo;une aide suppl\u00e9mentaire. C&rsquo;est pourquoi Mago Torres et David Eads ont rejoint l&rsquo;\u00e9quipe. Avec leurs comp\u00e9tences propres et leur recul, tous deux vivant aux \u00c9tats-Unis, ils ont pu commencer \u00e0 construire la base de donn\u00e9es voulue, en filtrant, en nettoyant et en donnant un sens aux chiffres. En est ressorti qu\u2019ils ne pourraient \u00e9tablir que le nombre annuel de tombes \u00e0 l\u2019\u00e9chelle municipale, et le nombre de corps enterr\u00e9s dans chacune d\u2019entre elles. \u00ab Nos chiffres peuvent contenir des erreurs, mais c&rsquo;est la r\u00e9alit\u00e9 des informations dont nous disposons \u00bb, explique Mago Torres.<\/p>\n<p>Une fois qu&rsquo;ils ont commenc\u00e9 \u00e0 ajouter, recouper, visualiser et cartographier les donn\u00e9es, en tenant compte de trois dimensions (l\u2019espace, le temps et la densit\u00e9), ils ont enfin pu mesurer l&rsquo;\u00e9tendue du d\u00e9sastre.<\/p>\n<p>Une <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/ibero.mx\/files\/informe_fosas_clandestinas_2017.pdf\">pr\u00e9c\u00e9dente enqu\u00eate ind\u00e9pendante<\/a> men\u00e9e par l&rsquo;Universit\u00e9 ib\u00e9ro-am\u00e9ricaine de Mexico avait r\u00e9v\u00e9l\u00e9 390 tombes clandestines entre 2009 et 2014 dans une partie seulement du pays. Le minist\u00e8re mexicain de l&rsquo;Int\u00e9rieur a signal\u00e9 855 cas dans tout le pays. La Commission nationale de recherche, charg\u00e9e de diriger les efforts de recherche de personnes disparues, a recens\u00e9 1 150 personnes. Et la Commission nationale des droits de l&rsquo;homme a d\u00e9clar\u00e9 avoir localis\u00e9 1306 tombes de janvier 2007 \u00e0 mai 2018.<\/p>\n<p>Les donn\u00e9es du collectif, qui recouvrent toute la d\u00e9cennie 2006-2016 et tous les \u00c9tats du pays, ont fait ressortir un nombre beaucoup plus \u00e9lev\u00e9 que ceux de l&rsquo;\u00e9tude universitaire ou des diff\u00e9rents rapports officiels : au moins 2000 tombes dans tout le pays, soit une tous les deux jours, dans une municipalit\u00e9 sur sept.<\/p>\n<p>En pla\u00e7ant les donn\u00e9es sur une frise chronologique, ils ont constat\u00e9 une augmentation du nombre de ces enterrements clandestins \u00e0 partir de 2006, et ce jusqu&rsquo;en 2011. Depuis, le rythme est rest\u00e9 constant. Combien des 40 000 personnes disparues entre 2006 et 2018, pendant les pr\u00e9sidences de Felipe Calder\u00f3n et Enrique Pe\u00f1a Nieto, se trouvaient dans ces tombes ?<\/p>\n<p>L&rsquo;enqu\u00eate a dur\u00e9 pr\u00e8s de deux ans. L\u2019\u00e9quipe, plomb\u00e9e par les faits qu\u2019elle mettait \u00e0 jour, a d\u00fb faire de nombreuses pauses. C\u2019est d\u2019ailleurs ce qui a convaincu Mago Torres de l\u2019urgence de terminer le projet : pour leur sant\u00e9 mentale, les journalistes avaient besoin de savoir que leur travail aurait une fin. Elle ne voulait pas que sa salle \u00e0 manger soit envahie ind\u00e9finiment par des sets de donn\u00e9es et des cartes de tombes, ni qu\u2019Alejandra Guill\u00e9n voie des photos de d\u00e9pouilles pendant ses derniers mois de grossesse. Ils devaient publier leur enqu\u00eate, et vite.<\/p>\n<p>C&rsquo;est alors que <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/quintoelab.org\/\">Quinto Elemento<\/a> (Le Cinqui\u00e8me \u00e9l\u00e9ment), un m\u00e9dia d&rsquo;investigation ind\u00e9pendant et un membre du GIJN, leur est venu en aide. \u00ab Nous sommes arriv\u00e9s \u00e0 un moment d\u00e9cisif, emp\u00eachant ainsi le moral de sombrer davantage \u00bb, explique sa directrice, Alejandra Xanic. Son exp\u00e9rience lui a appris que les projets de recherche sont de nature cycliques et qu\u2019il est parfois bon de faire appel \u00e0 un soutien ext\u00e9rieur pour les mener \u00e0 terme.<\/p>\n<p>Quinto Elemento les a aid\u00e9s \u00e0 r\u00e9viser et \u00e0 \u00e9diter cartes et textes. Le m\u00e9dia les a \u00e9galement aid\u00e9s \u00e0 prendre conscience de l\u2019importance de leur enqu\u00eate. Celle-ci ne pouvait pas juste para\u00eetre dans des m\u00e9dias ind\u00e9pendants ou sp\u00e9cialis\u00e9s, elle devait toucher un large public. De ce constat a d\u00e9coul\u00e9 une strat\u00e9gie de publication ambitieuse qui a port\u00e9 ses fruits : l\u2019enqu\u00eate est parue dans 22 m\u00e9dias (15 nationaux et 7 r\u00e9gionaux). 36 autres, dont certains m\u00e9dias internationaux, ont \u00e9galement fini par reprendre ces r\u00e9v\u00e9lations.<\/p>\n<p>Capture d&rsquo;\u00e9cran.<\/p>\n<h4><b>Le silence comme seule r\u00e9ponse<\/b><\/h4>\n<p>\u00ab Ce n&rsquo;est qu&rsquo;apr\u00e8s le 12 novembre 2018, lorsque nous avons publi\u00e9 les r\u00e9sultats de notre enqu\u00eate, que nous avons compris la port\u00e9e sociale de notre travail \u00bb, explique Paloma Robles, une autre journaliste de l&rsquo;\u00e9quipe. Ils \u00e9taient impr\u00e9gn\u00e9s de leur enqu\u00eate depuis si longtemps qu&rsquo;ils ne pouvaient imaginer comment elle serait re\u00e7ue une fois publi\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00ab Nous n&rsquo;avons pas obtenu toutes les r\u00e9ponses \u00e0 nos questions, nous avons seulement d\u00e9terr\u00e9 la premi\u00e8re strate \u00bb \u2014Alejandra Guill\u00e9n.<\/p>\n<p>Le r\u00e9cit, \u00ab <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/quintoelab.org\/project\/2000-clandestine-graves-how-a-decade-of-the-drug-war-turned-mexico-into-a-burial-ground\">2 000 tombes clandestines : comment une d\u00e9cennie de lutte anti-drogue a fait du Mexique un cimeti\u00e8re<\/a> \u00bb, agr\u00e9ment\u00e9 de cartes interactives \u00e0 l\u2019\u00e9chelle nationale et \u00e9tatique, a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 \u00e0 la toute fin de la pr\u00e9sidence de Pe\u00f1a Nieto. Mais il n&rsquo;y a eu ni d\u00e9claration ni r\u00e9ponse officielle \u00e0 l&rsquo;enqu\u00eate.<\/p>\n<p>Le jour m\u00eame de la publication de l\u2019enqu\u00eate, les journalistes ont organis\u00e9 un rassemblement \u00e0 Mexico. Des familles \u00e0 la recherche de leurs proches y ont assist\u00e9, dont certaines venues d&rsquo;autres \u00c9tats, comme le Durango ou le Guerrero. Elles sont rest\u00e9es sans parler pendant que les journalistes ont expliqu\u00e9 les cercles et les nombres repr\u00e9sentant les morts sur les cartes figurant dans l\u2019enqu\u00eate. Quelque temps plus tard, plusieurs de ces familles ont utilis\u00e9 ces cartes et la base de donn\u00e9es des journalistes pour exiger la v\u00e9rit\u00e9 sur leurs proches aupr\u00e8s des procureurs locaux.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9quipe de journalistes apr\u00e8s avoir re\u00e7u le prix Gabo en octobre 2019. Photo : Quinto Elemento.<\/p>\n<h4><b>Questions en suspens<\/b><\/h4>\n<p>\u00ab Nous n&rsquo;avons pas obtenu toutes les r\u00e9ponses \u00e0 nos questions, nous avons seulement d\u00e9terr\u00e9 la premi\u00e8re strate \u00bb, indique Alejandra Guill\u00e9n au sujet de la base de donn\u00e9es et des cartes. \u00ab Si quelqu&rsquo;un veut effacer ces r\u00e9v\u00e9lations, nous disposons d\u00e9sormais d\u2019un registre. On ne peut plus nier ce qui est arriv\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Depuis qu&rsquo;ils ont publi\u00e9 l&rsquo;enqu\u00eate et remport\u00e9 plusieurs prix (<a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/quintoelab.org\/project\/ojo-template-noticia-duplicate-4\">Gabo 2019<\/a>, <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/ipys.org\/noticias\/periodismo\/mexico-se-lleva-el-premio-latinoamericano-de-periodismo-de-investigacion-javier-valdez-2019\">Colpin 2019<\/a>), les journalistes ayant travaill\u00e9 sur ce projet se posent de nouvelles questions : qui sont les personnes enterr\u00e9es dans ces tombes ? (Seules 1 738 victimes ont \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9es.) Pourquoi ont-elles \u00e9t\u00e9 tu\u00e9es ? Qui les a tu\u00e9s ? Quand ? Y a-t-il des variations g\u00e9ographiques ou chronologiques ? Les m\u00e9thodes employ\u00e9es sont-elles toutes les m\u00eames ?<\/p>\n<p>Ils ont \u00e9galement d\u00e9couvert d&rsquo;autres cartes r\u00e9alis\u00e9es par des journalistes (comme <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"http:\/\/cadenademando.org\/abuso-de-la-fuerza.html\">celle-ci<\/a>, montrant les confrontations entre les forces arm\u00e9es et des civils) qui m\u00e9riteraient d\u2019\u00eatre compar\u00e9es aux cartes des tombes clandestines.<\/p>\n<p>Mais poursuivre ce travail arch\u00e9ologique de plus en plus complexe est une t\u00e2che ardue. Cela n\u00e9cessite non seulement du temps et des ressources qui leur font d\u00e9faut, mais \u00e9galement du courage en abondance et un moral \u00e0 toute \u00e9preuve.<\/p>\n<p>Les groupes de soutien qu&rsquo;ils ont cr\u00e9\u00e9s pendant l&rsquo;enqu\u00eate, en personne et sur WhatsApp, ont aid\u00e9 les membres de l&rsquo;\u00e9quipe \u00e0 g\u00e9rer leurs peurs et leurs peines. Quand Marcela Turati a re\u00e7u des fonds suppl\u00e9mentaires, elle s\u2019en est servie pour financer une th\u00e9rapie au profit de toute l\u2019\u00e9quipe. C&rsquo;\u00e9tait la meilleure d\u00e9cision \u00e0 prendre, dit-elle, et une le\u00e7on importante : \u00ab Il nous a fallu un an et demi pour apprendre \u00e0 g\u00e9rer la douleur. \u00bb<\/p>\n<p>Cet article a \u00e9t\u00e9 traduit par <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/twitter.com\/olivierholmey\">Olivier Holmey<\/a>.<\/p>\n<p><b><i><\/i><\/b><b><i><a href=\"https:\/\/gijn.org\/wp-content\/uploads\/2019\/08\/Catalina-Lobo-Guerrero-336x336.png\"><\/a><a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/twitter.com\/clobo_guerrero\">Catalina Lobo-Guerrero<\/a><\/i><\/b><i> est la r\u00e9dactrice en chef du GIJN en espagnol et travaille \u00e9galement comme journaliste ind\u00e9pendante. Elle a r\u00e9alis\u00e9 des reportages traitant de politique, de conflits arm\u00e9s, de droits de l&rsquo;homme et de corruption en Am\u00e9rique latine, principalement en Colombie et au Venezuela, o\u00f9 elle a \u00e9t\u00e9 correspondante pendant trois ans.<\/i><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Mexique est un pays aux nombreuses strates. D\u00e9terrer les r\u00e9cits enfouis peut \u00eatre une t\u00e2che \u00e0 la fois dangereuse et d\u00e9chirante. Et pourtant, un groupe de reporters et photographes ind\u00e9pendants travaillant dans diff\u00e9rentes r\u00e9gions du pays a d\u00e9cid\u00e9 de se regrouper en un collectif appel\u00e9 \u00ab\u00bf A d\u00f3nde van los desaparecidos ?\u00bb (o\u00f9 vont les disparus ?) afin de r\u00e9pondre \u00e0 cette question fondamentale : o\u00f9 sont les disparus ?<\/p>\n","protected":false},"author":3031133,"featured_media":200064,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_price":"","_stock":"","_tribe_ticket_header":"","_tribe_default_ticket_provider":"","_tribe_ticket_capacity":"0","_ticket_start_date":"","_ticket_end_date":"","_tribe_ticket_show_description":"","_tribe_ticket_show_not_going":false,"_tribe_ticket_use_global_stock":"","_tribe_ticket_global_stock_level":"","_global_stock_mode":"","_global_stock_cap":"","_tribe_rsvp_for_event":"","_tribe_ticket_going_count":"","_tribe_ticket_not_going_count":"","_tribe_tickets_list":"[]","_tribe_ticket_has_attendee_info_fields":false,"republication-tracker-tool-hide-widget":false,"footnotes":"","_tec_slr_enabled":"","_tec_slr_layout":""},"categories":[23098],"tags":[21253,21250,21254,21274,21258],"gijn_topic":[],"series":[],"gijn_language":[17784],"gijn_region":[],"class_list":["post-208646","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-histoires","tag-crime-organise-fr","tag-data-journalisme-fr","tag-disparitions-fr","tag-enquete-collaborative-fr","tag-les-coulisses-de-lenquete-fr","gijn_language-fr-fr"],"acf":[],"ticketed":false,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/208646","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3031133"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=208646"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/208646\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1224280,"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/208646\/revisions\/1224280"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/200064"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=208646"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=208646"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=208646"},{"taxonomy":"gijn_topic","embeddable":true,"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/gijn_topic?post=208646"},{"taxonomy":"series","embeddable":true,"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/series?post=208646"},{"taxonomy":"gijn_language","embeddable":true,"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/gijn_language?post=208646"},{"taxonomy":"gijn_region","embeddable":true,"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/gijn_region?post=208646"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}