{"id":1894287,"date":"2024-11-21T05:50:35","date_gmt":"2024-11-21T10:50:35","guid":{"rendered":"https:\/\/gijn.org\/?p=1894287"},"modified":"2024-11-28T08:39:52","modified_gmt":"2024-11-28T13:39:52","slug":"afrique-the-museba-project-journalisme-dinvestigation-afrique-centrale-membre-gijn","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/gijn.org\/fr\/histoires\/afrique-the-museba-project-journalisme-dinvestigation-afrique-centrale-membre-gijn\/","title":{"rendered":"Semer les graines : du journalisme d\u2019investigation ambitieux de The Museba Project en Afrique centrale"},"content":{"rendered":"<p><strong><em>#AfricaFocusWeek<\/em><\/strong><strong><em> Du 18 au 24 novembre 2024, GIJN met en lumi\u00e8re le journalisme d\u2019investigation en Afrique. Dans cet article, la journaliste d&rsquo;investigation Josiane Kouagheu, dresse le profil du Collectif de journalistes bas\u00e9 au Cameroun, The Museba Project, membre de GIJN, qui a une double mission : former des journalistes dans un premier temps et ensuite les encourager \u00e0 travailler ensemble.\u00a0<\/em><\/strong><\/p>\n<p>En septembre 2018, le journaliste d\u2019investigation camerounais chevronn\u00e9 Christian Locka a rencontr\u00e9 la journaliste d\u2019investigation colombienne Mar\u00eda Teresa Ronderos \u00e0 Londres. Ils participaient tous les deux \u00e0 une formation consacr\u00e9e aux enqu\u00eates sur les flux financiers illicites, organis\u00e9e \u00e0 City, University of London dans le quartier d\u2019Islington, juste au nord de la \u00ab\u00a0Cit\u00e9 de Londres\u00a0\u00bb, le district financier historique de la capitale.<\/p>\n<p>\u00c0 cette occasion, Ronderos annon\u00e7a \u00e0 Locka qu\u2019elle \u00e9tait en train de mettre sur pied un projet avec des amis et des coll\u00e8gues, \u00e0 savoir un organe de presse sp\u00e9cialis\u00e9 dans les investigations collaboratives et transfrontali\u00e8res en Am\u00e9rique latine appel\u00e9 <a href=\"https:\/\/gijn.org\/stories\/latamfocus-el-clip\/\">El CLIP<\/a>, lequel fut lanc\u00e9 l\u2019ann\u00e9e suivante sous la forme initiale d\u2019un groupe de trois\u00a0journalistes exp\u00e9riment\u00e9s originaires d\u2019Argentine, de Colombie et du Costa Rica.<\/p>\n<p>Cette rencontre s\u2019est av\u00e9r\u00e9e fatidique, car source d\u2019inspiration des propres ambitions de Locka, et parce que, plus tard, il allait <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/migrantes-otro-mundo.elclip.org\/index.html\">collaborer<\/a> avec Ronderos dans le cadre d\u2019investigations transfrontali\u00e8res.<\/p>\n<p>\u201c\u00c0 cette \u00e9poque, je recherchais partout au Cameroun et en Afrique centrale des journalistes qui souhaitaient r\u00e9aliser des enqu\u00eates, mais il y en avait peu\u201d, indique Locka. \u201cPourtant, c\u2019est une r\u00e9gion sujette aux scandales, au crime organis\u00e9, \u00e0 la corruption et aux abus des droits humains.\u201d<\/p>\n<p><b>\u201cRiche paysage m\u00e9diatique\u201d<\/b><\/p>\n<p>Dans la sous-r\u00e9gion d\u2019Afrique centrale, les journalistes sont souvent menac\u00e9s dans le cadre de leur travail. Nombre d\u2019entre eux ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s, harcel\u00e9s, emprisonn\u00e9s et contraints \u00e0 l\u2019exile. Reporters sans fronti\u00e8res (RSF) <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/rsf.org\/en\/country\/cameroon\">a plac\u00e9<\/a> le Cameroun en 130e position sur 180\u00a0pays dans son <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/rsf.org\/en\/2024-world-press-freedom-index-journalism-under-political-pressure\">classement mondial de la libert\u00e9 de la presse\u00a02024<\/a>. Dans son rapport, RSF a indiqu\u00e9 que bien que le Cameroun b\u00e9n\u00e9ficie en Afrique d\u2019un des \u201cpaysages m\u00e9diatiques les plus riches\u201d, avec plus de 600 journaux, environ 200 stations de radio et plus de 60 cha\u00eenes de t\u00e9l\u00e9vision, ce pays est \u00e9galement l\u2019un des plus dangereux du continent pour les journalistes. Trois journalistes ont \u00e9t\u00e9 <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.voaafrica.com\/a\/colleagues-mark-one-year-anniversary-of-killing-of-cameroon-journalist\/7451081.html\">tu\u00e9s<\/a>\u00a0au Cameroun en\u00a02023.<\/p>\n<div style=\"width: 306px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/gijn.org\/wp-content\/uploads\/2024\/11\/RSF-Press-Freedom-Ranking-2024-Cameroon-771x764.png\" alt=\"\" width=\"296\" height=\"293\" \/><p class=\"wp-caption-text\">Le Cameroun est class\u00e9 130e au niveau mondial, et plus bas que tous ses voisins d&rsquo;Afrique centrale, dans le Classement mondial de la libert\u00e9 de la presse 2024 de Reporters sans fronti\u00e8res. Image : Capture d&rsquo;\u00e9cran, RSF<\/p><\/div>\n<p>On peut citer l\u2019affaire bien connue de l\u2019assassinat d\u2019Ars\u00e8ne Salomon Mbani Zogo. Le 22 janvier 2023, le corps mutil\u00e9 du c\u00e9l\u00e8bre animateur radio de 50 ans, connu sous le nom de \u201cMartinez Zogo\u201d, \u00e9tait d\u00e9couvert dans un quartier proche de Yaounde, la capitale du Cameroun. Il avait \u00e9galement \u00e9t\u00e9 tortur\u00e9. Avant sa mort, il avait d\u00e9nonc\u00e9 la corruption du gouvernement. Depuis, plus de 15 suspects ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s, parmi lesquels plusieurs membres des services de renseignement camerounais et un puissant homme d\u2019affaires.<\/p>\n<p><a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/cpj.org\/africa\/cameroon\/\">D\u2019apr\u00e8s le Comit\u00e9 pour la protection des journalistes<\/a>, \u201cles attaques ciblant la presse se sont multipli\u00e9es alors que le Cameroun se pr\u00e9pare aux \u00e9lections de\u00a02025 \u00e0 l\u2019issue desquelles il n\u2019est pas exclu que le mandat de [Paul] Biya, un des plus vieux dirigeants \u00e9lus en exercice au monde, soit renouvel\u00e9 pour sept\u00a0ann\u00e9es suppl\u00e9mentaires\u201d. \u00c0 l\u2019heure actuelle, six\u00a0journalistes camerounais sont en d\u00e9tention.<\/p>\n<p><b>Double mission\u00a0\u00a0<\/b><\/p>\n<p>Apr\u00e8s son voyage \u00e0 Londres, Christian Locka \u00e9tait convaincu qu\u2019en mettant en place un r\u00e9seau de journalistes d\u2019investigation bien form\u00e9 et qui travaillent ensemble au sein de la r\u00e9gion, il pourrait prot\u00e9ger ces derniers. Il a commenc\u00e9 \u00e0 faire part de son id\u00e9e \u00e0 des coll\u00e8gues de la R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo (RDC) et de la R\u00e9publique centrafricaine int\u00e9ress\u00e9s par le journalisme d\u2019investigation. Dans les deux pays, la libert\u00e9 de la presse est tout aussi fragile. Le gouvernement, des groupes arm\u00e9s et des hommes d\u2019affaires ais\u00e9s ciblent r\u00e9guli\u00e8rement les journalistes.<\/p>\n<p>En 2020, Locka a lanc\u00e9 <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.themusebaproject.org\/\">The Museba Project<\/a> dans le cadre du <a href=\"https:\/\/gijn.org\/ja\/member\/museba-journalism-project\/\">MUSEBA Journalism Project<\/a>, un media \u00e0 but non-lucratif qui assure la promotion du journalisme d\u2019investigation en Afrique centrale et dans la r\u00e9gion des Grands Lacs, en regroupant des journalistes ind\u00e9pendants de la r\u00e9gion. The MUSEBA Journalism Project est <a href=\"https:\/\/gijn.org\/%E5%A0%B1%E5%91%8A\/from-paraguay-to-palestine-16-new-journalism-groups-join-gijn\/\">membre de GIJN<\/a> depuis 2021. (Museba signifie \u201ctrompette\u201d dans une des langues locale pratiqu\u00e9es sur la c\u00f4te du Cameroun.)<\/p>\n<p>Depuis sa cr\u00e9ation, The Museba Project a une double mission, \u00e0 savoir celle de former des journalistes dans un premier temps, et ensuite de les encourager \u00e0 travailler ensemble. \u201cDans cet environnement, empreint de peur et de manque de confiance en soi, la priorit\u00e9 n\u2019est pas forc\u00e9ment de se lancer dans des investigations\u201d, d\u00e9clare Locka.<\/p>\n<p>Avant chaque session de formation, l\u2019\u00e9quipe identifie les journalistes souhaitant faire du journalisme d\u2019investigation en contactant les r\u00e9dacteurs en chef ou les responsables d\u2019organes de presse dans les pays h\u00f4tes. Tout d\u2019abord, l\u2019organisation demande aux journalistes de pr\u00e9parer individuellement au moins deux id\u00e9es d&rsquo;enqu\u00eate qu\u2019ils passeront ensemble en revue, pour les encourager \u00e0 se familiariser avec cette pratique.<\/p>\n<p>Pendant la formation, les formateurs aux parcours divers et provenant des quatre coins du monde (Africains, Camerounais, Am\u00e9ricains et Europ\u00e9ens) partagent leurs connaissances et leurs exp\u00e9riences avec les journalistes. Ils repartent de z\u00e9ro, en leur enseignant les rudiments du journalisme d\u2019investigation, pour qu\u2019ils sachent notamment comment se prot\u00e9ger et prot\u00e9ger leurs sources. Les participants apprennent \u00e9galement \u00e0 rechercher des sujets d\u2019enqu\u00eate, \u00e0 les pr\u00e9senter et \u00e0 r\u00e9diger une enqu\u00eate.<\/p>\n<p>\u201cJ\u2019ai trouv\u00e9 cette exp\u00e9rience enrichissante \u00e0 tous les niveaux, et particuli\u00e8rement comment \u00e9laborer une enqu\u00eate et raconter une histoire int\u00e9ressante\u201d, d\u00e9clare Sa\u00efbe Kabila, une journaliste d\u2019investigation congolaise qui a rejoint The Museba Project en juin 2024, apr\u00e8s un stage de formation \u00e0 Lubumbashi, la deuxi\u00e8me ville de la RDC.<\/p>\n<p>\u201cJe pense que cet m\u00e9dia est unique. Il propose un journalisme d\u2019investigation rigoureux qui dit la v\u00e9rit\u00e9, souvent cach\u00e9e dans nos r\u00e9gions, via des reportages int\u00e9ressants et captivants\u201d, ajoute Kabila.<\/p>\n<p>En quatre ans, MUSEBA a form\u00e9 plus de 100 journalistes originaires du Cameroun, de la RDC et de la R\u00e9publique centrafricaine. Apr\u00e8s chaque formation, les journalistes y ayant assist\u00e9 peuvent demander \u00e0 adh\u00e9rer \u00e0 l&rsquo;organisation.<\/p>\n<p><b>Collaboration internationale<\/b><\/p>\n<p>Le principal avantage que pr\u00e9sente The Museba Project est qu\u2019il facilite la cr\u00e9ation de r\u00e9seaux entre les journalistes. \u201cNous montrons aux journalistes qu\u2019en collaborant, ils gagnent du temps, sont mieux prot\u00e9g\u00e9s, d\u00e9pensent moins d\u2019argent et optimisent leurs travaux de recherche\u201d, explique Locka. \u201cCela n\u2019existait pas avant. C\u2019est notre principal atout.\u201d<\/p>\n<p>La r\u00e9daction a d\u00e9j\u00e0 particip\u00e9 \u00e0 de nombreux projets de collaboration internationaux et nationaux avec le Consortium international des journalistes d\u2019investigation (ICIJ) et El CLIP. En 2020, The Museba Project a contribu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;enqu\u00eate transfrontali\u00e8re <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/migrantes-otro-mundo.elclip.org\/index.html\">Migrants d\u2019un autre monde<\/a> (Migrants from Another World) \u00e0 propos des Africains et Asiatiques qui, expuls\u00e9s de leur pays, traversent l\u2019Am\u00e9rique latine en affrontant tous les dangers et difficult\u00e9s que cela implique pour atteindre les \u00c9tats-Unis. Le projet a regroup\u00e9 <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/migrantes-otro-mundo.elclip.org\/los-aliados.html\">18\u00a0organes de presse dans 14\u00a0pays<\/a>, dont l\u2019OCCRP, El CLIP et Bellingcat. The Museba Project a racont\u00e9 l\u2019histoire des camerounais qui ont perdu la vie durant ce voyage.<\/p>\n<div style=\"width: 278px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/gijn.org\/wp-content\/uploads\/2024\/11\/Online-Journalism-Award-Museba-Project-lead-battery-recycling-771x751.png\" alt=\"Online Journalism Award - Museba Project lead battery recycling\" width=\"268\" height=\"261\" \/><p class=\"wp-caption-text\">L&rsquo;enqu\u00eate du Museba Project sur une usine de recyclage de batteries au plomb et son impact sur la sant\u00e9 des communaut\u00e9s voisines a \u00e9t\u00e9 nomin\u00e9e pour un prix de Online Journalism Awards 2024. Image : Capture d&rsquo;\u00e9cran, Online Journalism Awards<\/p><\/div>\n<p>En\u00a02023, The Museba Project a collabor\u00e9 avec The Examination, une r\u00e9daction \u00e0 but non lucratif bas\u00e9e aux \u00c9tats-Unis (et nouveau membre de GIJN), pour r\u00e9v\u00e9ler dans quelle mesure le <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/awards.journalists.org\/entries\/indian-companies-are-bringing-one-of-the-worlds-most-toxic-industries-to-africa-people-are-getting-sick-2\/\">recyclage de batteries en plomb par des entreprises indiennes nuit gravement \u00e0 la sant\u00e9 des populations locales<\/a> au Cameroun et au Congo-Brazzaville. Le reportage a \u00e9t\u00e9 s\u00e9lectionn\u00e9 pour recevoir le <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/awards.journalists.org\/entries\/indian-companies-are-bringing-one-of-the-worlds-most-toxic-industries-to-africa-people-are-getting-sick-2\/\">prix Online Journalism Award\u00a02024 dans la cat\u00e9gorie de l\u2019excellence des reportages sur la justice sociale<\/a>.<\/p>\n<p>Pour Will Fitzgibbon, journaliste d&rsquo;exp\u00e9rience et coordinateur de partenariats pour The Examination, qui a travaill\u00e9 avec le m\u00e9dia en tant que partenaire et formateur, The Museba project \u201ctente de cr\u00e9er quelque chose d\u2019in\u00e9dit, ce qui n\u2019est pas simple dans un paysage politique et \u00e9conomique\u201d.<\/p>\n<p>\u201cThe Museba Project joue un r\u00f4le essentiel et sert de source et de facteur d\u2019unification pour le journalisme d\u2019investigation dans la r\u00e9gion. Il encourage et forme des journalistes non seulement camerounais mais \u00e9galement tchadiens, congolais et d\u2019autres pays o\u00f9 la libert\u00e9 de la presse est menac\u00e9e\u201d, explique-t-il.<\/p>\n<p><b>\u201cMur d\u2019ins\u00e9curit\u00e9\u201d<\/b><\/p>\n<p>Un des probl\u00e8mes majeurs auquel se heurte The Museba Project est la peur qui r\u00e8gne parmi les journalistes dans la r\u00e9gion. Alors que certains de leurs coll\u00e8gues sont kidnapp\u00e9s, assassin\u00e9s, emprisonn\u00e9s ou harcel\u00e9s, nombre d\u2019entre eux ne souhaitent pas poursuivre dans la voie du journalisme d\u2019investigation. Plusieurs journalistes form\u00e9s par eux ont abandonn\u00e9 le terrain.<\/p>\n<p>\u201cNous rencontrons de plus en plus de journalistes qui abandonnent\u201d, remarque Locka. \u201cC\u2019est un probl\u00e8me, car ce sont de jeunes talentueux et qui souhaitent vraiment voir les choses changer, mais ils sont confront\u00e9s \u00e0 un mur d\u2019ins\u00e9curit\u00e9.\u201d<\/p>\n<p>Ceux qui persistent sont \u00e9galement expos\u00e9s \u00e0 beaucoup de risques. Parmi les nombreux journalistes de Museba qui ont \u00e9t\u00e9 harcel\u00e9s, l\u2019un d\u2019entre eux, originaire de la RDC, a d\u00fb s\u2019exiler au Canada.<\/p>\n<p>Durant son enqu\u00eate \u201c<a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/infocongo.org\/en\/how-rosewood-is-stolen-in-cameroon-laundered-in-nigeria-and-exported-to-china\/#:~:text=%5B%E2%80%A6%5D&amp;text=Environmental%20Crime%2C%20Forests-,As%20rosewood%20is%20getting%20rarer%20in%20Nigerian%20forests%2C%20traffickers%20wanting,fraudulent%20timber%20before%20exporting%20it.\">Comment le bois de rose est vol\u00e9 au Cameroun, blanchi au Nigeria et export\u00e9 en Chine<\/a>\u201d (How Rosewood is Stolen in Cameroon, Laundered in Nigeria, and Exported to China), Locka a re\u00e7u plusieurs menaces et m\u00eame des appels d\u2019un des trafiquants les plus notoires au Nigeria. Apr\u00e8s la publication de l\u2019enqu\u00eate, la Convention sur le commerce international des esp\u00e8ces de faune et de flore sauvages menac\u00e9es d\u2019extinction (\u201cCITES\u201d) a suspendu le commerce de ce type de bois au Cameroun. Deux ans plus tard, le gouvernement a ouvert une enqu\u00eate sur le trafic de bois de rose entre les deux pays.<\/p>\n<p>\u201cLa t\u00e2che d\u2019un journaliste d\u2019investigation comp\u00e9tent est de restaurer la v\u00e9rit\u00e9\u201d, d\u00e9clare Fiacre Salab\u00e9, chef de bureau pour The Museba Project en R\u00e9publique centrafricaine. Depuis qu\u2019il a rejoint l\u2019organisation en\u00a02021, il a publi\u00e9 des enqu\u00eates sur des entreprises chinoises et les redevances foresti\u00e8res. Apr\u00e8s la publication d\u2019une enqu\u00eate sur un ministre corrompu, il a \u00e9t\u00e9 victime de violences physiques, de pers\u00e9cutions et a re\u00e7u des menaces de mort. \u201cJ\u2019ai quitt\u00e9 le pays pour m\u2019installer au Cameroun pendant deux\u00a0ans, entre\u00a02022 et\u00a02024. Cela \u00e0 suffi \u00e0 calmer un peu les menaces\u201d, ajoute Salab\u00e9.<\/p>\n<p><b>Jeune organisation<\/b><\/p>\n<p>Le d\u00e9veloppement de Museba n\u2019est pas frein\u00e9 uniquement par la s\u00e9curit\u00e9 des journalistes et l\u2019\u00e9ternel probl\u00e8me de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 des sources. Comme c\u2019est le cas de nombreuses r\u00e9dactions dans le monde entier, l\u2019organisation manque de financement. Au d\u00e9but, les journalistes utilisaient leurs fonds personnels pour financer leur travail.<\/p>\n<p>Au fil des ans, le projet a re\u00e7u des subventions de fondations et d\u2019autres organisations, telles que le European Journalism Fund et le Pulitzer Center. Dans certains cas, des ONG ont sollicit\u00e9 The Museba Project pour leur former des journalistes.<\/p>\n<p>Toutefois, le m\u00e9dia se trouve actuellement \u00e0 la crois\u00e9e des chemins et elle esp\u00e8re diversifier ses sources de revenus pour devenir financi\u00e8rement ind\u00e9pendante. D\u2019apr\u00e8s Locka, ils envisagent, par exemple, de produire des documentaires qu\u2019ils pourront vendre. \u201cEn tant que jeune organisation, nous avons besoin de soutien. Ceux qui souhaitent nous soutenir peuvent nous contacter\u201d, dit-il.<\/p>\n<p>\u201cAlors que les influenceurs et autres lanceurs d\u2019alerte ont monopolis\u00e9 l\u2019actualit\u00e9 br\u00fblante, le pays a d\u00e9sormais besoin de journalistes qui prennent le temps d\u2019enqu\u00eater\u201d, explique le professeur Thomas Atenga qui enseigne dans le d\u00e9partement de communication de l\u2019universit\u00e9 de Douala au Cameroun. \u201cThe Museba Project est une initiative qui m\u00e9rite d\u2019\u00eatre encourag\u00e9e.\u201d<\/p>\n<p>Pour Locka, malgr\u00e9 ces difficult\u00e9s financi\u00e8res, The Museba Project ambitionne de former une arm\u00e9e de journalistes d\u2019investigation qui pourront enqu\u00eater sur la corruption, les violations des droits humains, les flux financiers ill\u00e9gaux, et bien plus.<\/p>\n<p>L\u2019objectif n\u2019est pas d\u2019inciter le plus de journalistes possible \u00e0 rejoindre l\u2019organe de presse, dit-il, mais de promouvoir le journalisme d\u2019investigation, ses principes fondamentaux et ses techniques, et de sensibiliser autant de personnes que possible \u00e0 l\u2019importance de cette sp\u00e9cialisation qui n\u2019est pas encore tr\u00e8s d\u00e9velopp\u00e9e dans la r\u00e9gion.<\/p>\n<p>\u201cSi nous parvenons \u00e0 augmenter le nombre de journalistes d\u2019investigation d\u2019ici 5\u00a0\u00e0 10\u00a0ans, il sera difficile de faire taire toutes ces voix\u201d, ajoute Locka. \u201cNous sommes conscients du danger, mais nous poursuivons par choix en prenant toutes les pr\u00e9cautions possibles. L\u2019essentiel c\u2019est que nous ayons sem\u00e9 la graine du journalisme d\u2019investigation.\u201d<\/p>\n<hr \/>\n<p><em><a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/x.com\/josianekouagheu?lang=en\"><strong><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-thumbnail wp-image-1883606\" src=\"https:\/\/gijn.org\/wp-content\/uploads\/2024\/11\/josiane-kouagheu-photo-140x140.jpg\" alt=\"josiane-kouagheu photo\" width=\"140\" height=\"140\" \/>Josiane Kouagheu<\/strong><\/a> est une journaliste d&rsquo;investigation prim\u00e9e et une \u00e9crivaine camerounaise.<br \/>\n<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>#AfricaFocusWeek Du 18 au 24 novembre 2024, GIJN met en lumi\u00e8re le journalisme d\u2019investigation en Afrique. Dans cet article, la journaliste d&rsquo;investigation Josiane Kouagheu, dresse le profil du Collectif de journalistes bas\u00e9 au Cameroun, The Museba Project, membre de GIJN, qui a une double mission : former des journalistes dans un premier temps et ensuite les encourager \u00e0 travailler ensemble.\u00a0<\/p>\n","protected":false},"author":3031161,"featured_media":1894289,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_price":"","_stock":"","_tribe_ticket_header":"","_tribe_default_ticket_provider":"","_tribe_ticket_capacity":"0","_ticket_start_date":"","_ticket_end_date":"","_tribe_ticket_show_description":"","_tribe_ticket_show_not_going":false,"_tribe_ticket_use_global_stock":"","_tribe_ticket_global_stock_level":"","_global_stock_mode":"","_global_stock_cap":"","_tribe_rsvp_for_event":"","_tribe_ticket_going_count":"","_tribe_ticket_not_going_count":"","_tribe_tickets_list":"[]","_tribe_ticket_has_attendee_info_fields":false,"republication-tracker-tool-hide-widget":false,"footnotes":"","_tec_slr_enabled":"","_tec_slr_layout":""},"categories":[23098],"tags":[25485,21268,22151,24783,25472],"gijn_topic":[18641],"series":[],"gijn_language":[],"gijn_region":[],"class_list":["post-1894287","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-histoires","tag-africafocusweek","tag-afrique-fr","tag-cameroun-fr","tag-cross-border-collaboration-fr","tag-journalisme-dinvestigation-en-afrique-centrale","gijn_topic-nouvelles-et-analyses"],"acf":[],"ticketed":false,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1894287","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3031161"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1894287"}],"version-history":[{"count":9,"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1894287\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1898127,"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1894287\/revisions\/1898127"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1894289"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1894287"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1894287"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1894287"},{"taxonomy":"gijn_topic","embeddable":true,"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/gijn_topic?post=1894287"},{"taxonomy":"series","embeddable":true,"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/series?post=1894287"},{"taxonomy":"gijn_language","embeddable":true,"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/gijn_language?post=1894287"},{"taxonomy":"gijn_region","embeddable":true,"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/gijn_region?post=1894287"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}