{"id":1710194,"date":"2024-08-23T08:41:49","date_gmt":"2024-08-23T12:41:49","guid":{"rendered":"https:\/\/gijn.org\/?p=1710194"},"modified":"2025-03-11T11:04:33","modified_gmt":"2025-03-11T15:04:33","slug":"guide-denquete-sur-les-crimes-de-guerre-comment-retrouver-les-personnes-disparues","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/gijn.org\/fr\/ressource\/guide-denquete-sur-les-crimes-de-guerre-comment-retrouver-les-personnes-disparues\/","title":{"rendered":"Guide d&rsquo;enqu\u00eate sur les crimes de guerre : comment retrouver les personnes disparues"},"content":{"rendered":"<p><i>Note de la r\u00e9daction : A la fin de cet article, nous vous proposons une interview r\u00e9alis\u00e9e sp\u00e9cialement par Olivier Holmey avec la journaliste d\u2019investigation <\/i><a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/fcei.uchile.cl\/facultad\/estructura\/cuerpo-academico\/pascale-bonnefoy-miralles\"><i>Pascale Bonnefoy Miralles<\/i><\/a><i>, qui a <\/i><a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/uncpress.org\/book\/9781469670164\/the-investigative-brigade\/\"><i>largement couvert <\/i><\/a><i>la disparition de plus de 3000 personnes sous la dictature d\u2019Augusto Pinochet qui a dur\u00e9 17 ans, au Chili.<\/i><\/p>\n<p>Yasmine Almashan a cess\u00e9 de souffrir, trois ans apr\u00e8s la disparition d\u2019Okba, l\u2019un de ses fr\u00e8res, \u00e0 Deir el-Zour, la ville du sud-est de la Syrie o\u00f9 ils habitaient. Son cadavre, qui portait des traces de torture, figurait parmi les milliers de corps photographi\u00e9s dans les ge\u00f4les du pr\u00e9sident syrien, Bachar al-Assad. Les images avaient \u00e9t\u00e9 mises en ligne par un photographe m\u00e9dicol\u00e9gal compatissant.<\/p>\n<p>Yasmine Almashan <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/apnews.com\/article\/syria-bashar-assad-prisons-00707e072dcbbc74fc553cfbbc280dcf\">a \u00e9t\u00e9 en quelque sorte soulag\u00e9e<\/a>\u00a0de savoir enfin ce qui \u00e9tait arriv\u00e9 \u00e0 son fr\u00e8re. Mais, pendant les trois ann\u00e9es qu\u2019elle a pass\u00e9es \u00e0 attendre, elle a tout perdu. Un autre de ses fr\u00e8res a \u00e9t\u00e9 port\u00e9 disparu\u00a0: il aurait \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9 par des miliciens arm\u00e9s ; trois autres de ses fr\u00e8res ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s dans les violences. Au final, Yasmine Almashan a perdu cinq de ses six fr\u00e8res.<\/p>\n<blockquote><p><i>Des centaines de milliers de personnes sont port\u00e9es disparues partout dans le monde \u00e0 cause de la guerre, des conflits, des migrations, des d\u00e9placements de masse, des catastrophes naturelles et du crime organis\u00e9.<\/i><\/p><\/blockquote>\n<p>Pr\u00e8s de 10 ans plus tard, Yasmine Almashan est une r\u00e9fugi\u00e9e. Elle vit en Europe avec les membres de sa famille qui ont surv\u00e9cu, et elle continue \u00e0 rechercher son fr\u00e8re Bachar qui a \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9. Les responsables de la mort de deux de ses fr\u00e8res n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9s. La communaut\u00e9 internationale n\u2019a toujours pas tranch\u00e9 sur la mani\u00e8re de g\u00e9rer la disparition de dizaines de milliers de personnes en Syrie.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il est normal que la douleur soit moins vive apr\u00e8s ces ann\u00e9es pass\u00e9es \u00e0 attendre\u00a0\u00bb, a d\u00e9clar\u00e9 Yasmine Almashan. Elle ajoute que le fait de savoir ce qui est arriv\u00e9 \u00e0 Okba a fait l\u2019effet d\u2019un \u00ab\u00a0antidouleur\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Sa d\u00e9termination \u00e0 rechercher la v\u00e9rit\u00e9 et \u00e0 obtenir justice est sans faille. \u00ab\u00a0L\u2019espoir motive. Les petits succ\u00e8s remport\u00e9s ici et l\u00e0 motivent. Ce que les Syriens, dans leur ensemble, endurent\u00a0: cela motive aussi, ajoute-t-elle. Mais on ne me fera pas taire, je ne me calmerai pas tant qu\u2019on n\u2019aura pas obtenu justice pour toutes les victimes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><b>D\u00e9finition d\u2019une personne port\u00e9e disparue<\/b><\/p>\n<p>Des centaines de milliers de personnes sont port\u00e9es disparues partout dans le monde \u00e0 cause de la guerre, des conflits, des migrations, des d\u00e9placements de masse, des catastrophes naturelles et du crime organis\u00e9.<\/p>\n<p>Les disparitions de civils et de combattants sont principalement li\u00e9es aux conflits arm\u00e9s. Ils peuvent dispara\u00eetre sur le champ de bataille ou sur les lignes de front. Les disparitions peuvent aussi \u00eatre li\u00e9es \u00e0 la r\u00e9pression des dissidents par les autorit\u00e9s, souvent dans le but de semer la terreur, ou pendant les actions des gouvernements contre le crime organis\u00e9 ou contre des groupes arm\u00e9s. D\u2019autres personnes sont tra\u00een\u00e9es hors de chez elles, souvent par des policiers en civil, \u00e0 la faveur de la nuit, et on n\u2019entend plus jamais parler d\u2019elles. Parfois, des enfants sont s\u00e9par\u00e9s de leurs parents lors de d\u00e9placements de population caus\u00e9s par les combats ou lors d\u2019enl\u00e8vements. En cons\u00e9quence, les liens familiaux sont rompus et les cultures d\u00e9truites. Une disparition est souvent accompagn\u00e9e d\u2019autres crimes, comme la torture, des violences sexuelles ou des proc\u00e8s et des ex\u00e9cutions sommaires. Lors de conflits arm\u00e9s, il arrive aussi que les gens prennent la fuite pour \u00e9chapper \u00e0 la violence, et, en raison de ces d\u00e9placements, le risque de disparition augmente.<\/p>\n<div style=\"width: 1187px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/gijn.org\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/Shadja-Abu-Zeidi.jpg\" alt=\"war crimes finding missing tahrir square cairo egypt\" width=\"1177\" height=\"784\" \/><p class=\"wp-caption-text\">Chadja Abou Ze\u00efdi (\u00e0 gauche), dont le fils de 14 ans est port\u00e9 disparu alors qu\u2019il participait \u00e0 la manifestation appel\u00e9e Le Jour du d\u00e9part, sur la place de Tahrir, au Caire, en Egypte, en 2011. Mohammed Sa\u00efd Ali (\u00e0 droite), pleure apr\u00e8s avoir demand\u00e9 o\u00f9 se trouve son fils de 16 ans, port\u00e9 disparu. Des centaines de milliers d\u2019Egyptiens se sont rassembl\u00e9s sur cette place dans le cadre de la r\u00e9volte du Printemps arabe pour prier, scander des slogans et brandir des drapeaux lors d\u2019une manifestation qui s\u2019est principalement tenue dans le calme, pour demander l\u2019\u00e9viction du pr\u00e9sident Hosni Moubarak.<\/p><\/div>\n<p>C\u2019est en Syrie que le nombre de personnes disparues r\u00e9cemment serait le plus important. La plupart ont disparu aux mains d\u2019agents gouvernementaux, de miliciens et de groupes arm\u00e9s. Selon une estimation des Nations unies, <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.ohchr.org\/en\/press-releases\/2022\/06\/un-syria-commission-inquiry-member-states-must-seize-moment-establish\">100 000 personnes sont toujours port\u00e9es disparues depuis les manifestations contre le gouvernement qui ont eu lieu en Syrie en 2011<\/a>, d\u00e9clenchant une guerre civile qui dure depuis plus de 10 ans.<\/p>\n<p>Le Comit\u00e9 international de la Croix-Rouge (CICR), une ressource cl\u00e9 pour les familles des victimes et des personnes port\u00e9es disparues lors de conflits \u00e0 travers le monde, indique que <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.icrc.org\/en\/document\/icrc-remains-alarmed-about-increase-missing-persons-worldwide\">le nombre de personnes disparues a augment\u00e9 de 80 % au cours des cinq derni\u00e8res ann\u00e9es, et se monte actuellement \u00e0 180 000<\/a>.<\/p>\n<p>Toutefois, le nombre r\u00e9el de personnes disparues est probablement beaucoup plus \u00e9lev\u00e9. <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.prio.org\/publications\/13178\">Des conflits arm\u00e9s font rage partout dans le monde<\/a> (on d\u00e9nombrait 54 conflits li\u00e9s \u00e0 gouvernement et\/ou \u00e0 un territoire en 2021, avant la guerre russe en Ukraine, et on a constat\u00e9 une recrudescence de plus de 50 % des conflits entre groupes arm\u00e9s entre 2012 et 2021, principalement en Afrique et en Am\u00e9rique latine), ce qui fait qu\u2019il est encore plus difficile de r\u00e9pertorier les disparitions et d\u2019en apporter les preuves. Les choses sont encore compliqu\u00e9es par le manque d\u2019acc\u00e8s aux lieux des crimes, aux pi\u00e8ces \u00e0 conviction ou aux infrastructures p\u00e9nitentiaires, la crainte qu\u2019ont les rescap\u00e9s de s\u2019exprimer, et la violence, qui se poursuit.<\/p>\n<p>La probl\u00e9matique des personnes disparues est amplifi\u00e9e en raison du <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/worldmigrationreport.iom.int\/wmr-2022-interactive\/\">nombre de personnes qui fuient leur domicile<\/a>, en constante augmentation chaque ann\u00e9e, avec les centaines de corps non identifi\u00e9s que les vagues laissent sur les rivages des pays europ\u00e9ens tous les mois, une terrible expression de ce ph\u00e9nom\u00e8ne. Au total, on a recens\u00e9 281 millions de migrants dans le monde en 2020, la plupart originaires de l\u2019Inde, du Mexique, de la Russie, de la Chine et de la Syrie.<\/p>\n<p>Certes, les proches des personnes disparues connaissent tous la m\u00eame souffrance, mais pour pouvoir enqu\u00eater sur les disparitions, il est utile de comprendre les distinctions juridiques entre les diff\u00e9rentes cat\u00e9gories que cela recouvre.<\/p>\n<ul>\n<li aria-level=\"1\"><a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.ohchr.org\/en\/special-procedures\/wg-disappearances\/about-enforced-disappearance\">Les disparitions forc\u00e9es<\/a>\u00a0: un Etat (ou un autre acteur) utilise la force pour priver une personne de sa libert\u00e9, puis tient secret \u2013 ou refuse de confirmer \u2013 ce qu\u2019elle est devenue, ce qui constitue une violation du droit international relatif aux droits humains. Les disparitions forc\u00e9es violent aussi \u2013 ou menacent de violer \u2013<a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/ihl-databases.icrc.org\/en\/customary-ihl\/v1\/rule98\">certaines r\u00e8gles du droit humanitaire international<\/a>, et pourraient constituer des crimes de guerre. De tels actes, s\u2019ils sont commis \u00e0 grande \u00e9chelle ou de mani\u00e8re syst\u00e9matique, peuvent aussi constituer des crimes contre l\u2019humanit\u00e9 (se r\u00e9f\u00e9rer au <a href=\"https:\/\/gijn.org\/2023\/08\/03\/investigating-war-crimes-genocide-crimes-against-humanity\/\">chapitre de ce guide sur le g\u00e9nocide et les crimes contre l\u2019humanit\u00e9<\/a>). Dans le cas de la Syrie, des mouvements de d\u00e9fense des droits humains ont parl\u00e9 de potentiel crime contre l\u2019humanit\u00e9 \u00e0 propos de dizaines de milliers de personnes disparues.<\/li>\n<li aria-level=\"1\">Les disparitions en p\u00e9riode de conflit arm\u00e9 ne sont pas toutes forc\u00e9ment en rapport avec des crimes de guerre ou autres violations du droit international. Il arrive que des familles qui fuient les violences li\u00e9es \u00e0 un conflit soient ainsi s\u00e9par\u00e9es, et que les communications ou la mise \u00e0 jour des dossiers soient interrompues en raison d\u2019un manque d\u2019infrastructures ad\u00e9quates. Mais quelle que soit la cause des disparitions, les Etats ont <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/ihl-databases.icrc.org\/en\/customary-ihl\/v1\/rule117\">des obligations, en vertu du droit humanitaire international, et doivent rendre des comptes<\/a>. Ils ont l\u2019obligation, par exemple, de chercher \u00e0 savoir ce que sont devenues les personnes disparues, de mettre en place des dispositifs pour centraliser les informations sur les personnes en garde \u00e0 vue, d\u2019autoriser les prisonniers de guerre \u00e0 communiquer avec leurs proches, et de rendre des comptes sur les personnes d\u00e9c\u00e9d\u00e9es, notamment en indiquant le lieu de leur inhumation.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ainsi, retrouver les personnes disparues n\u2019est pas seulement une question humanitaire. Le droit international relatif aux droits humains s\u2019est dot\u00e9 de nombreuses dispositions d\u00e9taill\u00e9es pour pr\u00e9venir la disparition des personnes et pour qu\u2019il y ait des compte \u00e0 rendre en cas de disparition, que ce soit en p\u00e9riode de conflit arm\u00e9 ou non, et il existe diff\u00e9rents trait\u00e9s et m\u00e9canismes <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.ohchr.org\/en\/special-procedures\/wg-disappearances\/about-enforced-disappearance\">onusiens<\/a>\u00a0et <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.oas.org\/juridico\/english\/treaties\/a-60.html\">r\u00e9gionaux<\/a>\u00a0qui permettent de suivre cette probl\u00e9matique.<\/p>\n<p>Kathryne Bomberger, la directrice g\u00e9n\u00e9rale de la <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.icmp.int\/\">Commission internationale pour les personnes disparues<\/a>, estime qu\u2019il est \u00ab\u00a0grand temps que les journalistes traitent ce probl\u00e8me comme une question de droits humains. Par ailleurs, il faut s\u2019assurer que les droits des familles des personnes disparues soient garantis\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>En vertu du <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.icrc.org\/en\/document\/guidelines-investigating-violations-ihl-law-policy-and-good-practice\">droit humanitaire international<\/a>\u00a0et du <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.ohchr.org\/en\/instruments-mechanisms\/instruments\/basic-principles-and-guidelines-right-remedy-and-reparation\">droit international relatif aux droits humains<\/a>, des enqu\u00eates doivent \u00eatre men\u00e9es pour d\u00e9terminer s\u2019il y a eu de graves violations. Dans le cas de suspicion de disparitions forc\u00e9es, les Etats ont l\u2019obligation de diligenter des enqu\u00eates officielles et efficaces pour d\u00e9terminer ce que sont devenues les personnes disparues, o\u00f9 elles se trouvent, ainsi que les circonstances de leur disparition, quelles que soient les origines ethniques, la religion ou la nationalit\u00e9 de ces personnes, ou encore quel que soit le r\u00f4le qu\u2019elles aient pu jouer dans les conflits ou des violations des droits humains. Selon le droit international relatif aux droits humains, les Etats sont dans l\u2019obligation d\u2019enqu\u00eater sur les circonstances, souvent tr\u00e8s diverses, des disparitions, y compris des personnes qui ont pu dispara\u00eetre en mer. Les journalistes devraient ainsi remettre en cause les manquements syst\u00e9matiques des Etats, surtout si leurs actions laissent \u00e0 penser que certains migrants ou d\u2019autres groupes de personnes, comme les minorit\u00e9s ethniques ou religieuses, sont trait\u00e9s de mani\u00e8re discriminatoire. Il est de la responsabilit\u00e9 des Etats, ajoute Kathryne Bomberger, d\u2019enqu\u00eater sur les disparitions sur leur territoire ou dans les zones relevant de leur juridiction.<\/p>\n<p><b>Le r\u00f4le du journalisme dans les enqu\u00eates sur les personnes disparues<\/b><\/p>\n<p>Les familles des personnes disparues vivent un v\u00e9ritable calvaire, selon le CICR, qui estime qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une \u00ab <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.icrc.org\/en\/publication\/0929-missing-persons-hidden-tragedy\">trag\u00e9die cach\u00e9e<\/a> \u00bb. Tout comme les enqu\u00eateurs et les procureurs, les journalistes jouent un r\u00f4le important, en travaillant avec les familles et les militants pour que toute la lumi\u00e8re soit faite sur les disparitions \u2013 notamment des personnes que l\u2019on a fait dispara\u00eetre -, parfois en r\u00e9v\u00e9lant des d\u00e9tails sur leurs auteurs. Il arrive aussi que des familles puissent ainsi \u00eatre r\u00e9unies.<\/p>\n<p>Au Sri Lanka, dans les Balkans, en Argentine et au Liban, les journalistes ont jou\u00e9 un r\u00f4le de premier plan en soulignant combien il est important de faire toute la v\u00e9rit\u00e9 sur les disparitions, d\u2019en identifier les auteurs, et de faire en sorte que les responsables des disparitions forc\u00e9es aient des comptes \u00e0 rendre. La qu\u00eate de la v\u00e9rit\u00e9 peut se poursuivre pendant des d\u00e9cennies apr\u00e8s la commission du crime.<\/p>\n<div style=\"width: 781px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/gijn.org\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/A-Tamil-family-fearing-abduction-seek-shelter-in-a-safe-house-in-Sri-Lanka.-2007-771x509.jpg\" alt=\"war crimes finding missing Tamil family flee Sri Lanka\" width=\"771\" height=\"509\" \/><p class=\"wp-caption-text\">Une famille tamoule craignant d\u2019\u00eatre enlev\u00e9e a trouv\u00e9 refuge en lieu s\u00fbr au Sri Lanka, en 2007.<\/p><\/div>\n<p>Bien entendu, dans le cas de disparitions forc\u00e9es, leurs auteurs font tout pour brouiller les pistes et, souvent, utilisent m\u00eame cette question comme arme. En Syrie, on estime que l\u2019on a perdu la trace de la plupart des personnes que le gouvernement a fait dispara\u00eetre dans les centres de d\u00e9tention, \u00e0 des postes de contr\u00f4le ou lors d\u2019inhumations organis\u00e9es \u00e0 la h\u00e2te au cours des combats. Mais c\u2019est aussi le cas de personnes que des groupes arm\u00e9s ont fait dispara\u00eetre dans les centres de d\u00e9tention qu\u2019ils g\u00e9raient et qui ont p\u00e9ri dans des fusillades commises par des miliciens. C\u2019est le cas notamment de l\u2019un des mouvements les plus brutaux au monde, le soi-disant \u00c9tat islamique et ses affili\u00e9s. Le gouvernement syrien a ni\u00e9 d\u00e9tenir des prisonniers politiques et s\u2019est abstenu de divulguer les documents publics relatifs aux personnes qu\u2019il d\u00e9tient, malgr\u00e9 l\u2019abondance de t\u00e9moignages et de preuves concernant les prisons surpeupl\u00e9es du pays. Les conclusions des enqu\u00eates men\u00e9es sur les conditions d\u2019emprisonnement et \u00e0 partir <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/english.enabbaladi.net\/archives\/2019\/07\/death-notifications-for-hundreds-of-detainees-in-syria-families-with-broken-hopes\/\">des registres des d\u00e9c\u00e8s publi\u00e9s par le gouvernement<\/a>\u00a0des ann\u00e9es plus tard ont fait mentir le gouvernement, et l\u2019ONU a demand\u00e9 qu\u2019une solution soit trouv\u00e9e quant au sort r\u00e9serv\u00e9 aux prisonniers.<\/p>\n<p>Au Myanmar, <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/leads.ap.org\/best-of-the-week\/investigation-of-myanmar-military-using-systematic-torture\">des milliers de personnes, dont des enfants, ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9es et tu\u00e9es, ou on les a fait dispara\u00eetre, de fa\u00e7on arbitraire<\/a>,\u00a0dans le cadre de la lutte contre les manifestations anti-gouvernementales. Au Nigeria, en R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo et dans d\u2019autres pays d\u2019Afrique subsaharienne, des milliers de personnes ont disparu pendant les guerres civiles, les attaques men\u00e9es par des bandits et les enl\u00e8vements. (Rien qu\u2019au Nigeria, o\u00f9 les enl\u00e8vements par des bandits et des milices tribales rivales sont tr\u00e8s r\u00e9pandus, <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.icrc.org\/en\/document\/international-day-disappeared-whereabouts-almost-14000-children-nigeria-remain-unknown\">25 000 personnes sont port\u00e9es disparues, plus de la moiti\u00e9 \u00e9tant des enfants<\/a>.)<\/p>\n<p>Dans certains cas, il arrive que les autorit\u00e9s jettent le discr\u00e9dit sur le t\u00e9moignage des rescap\u00e9s pour des raisons politiques, ethniques, sociales ou encore li\u00e9es au genre. Dans certaines soci\u00e9t\u00e9s, il est ainsi mal vu de signaler la disparition d\u2019une femme, <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/apnews.com\/article\/islamic-state-group-ap-top-news-international-news-abu-bakr-al-baghdadi-iraq-accbeae67803195628f32d1b5e2ece40\">un enl\u00e8vement \u00e9tant souvent accompagn\u00e9 de violences et d\u2019agressions sexuelles<\/a>. Dans ces soci\u00e9t\u00e9s, si une femme est port\u00e9e disparue, on en d\u00e9duit syst\u00e9matiquement qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 viol\u00e9e. En temps de paix comme de guerre, la disparition et l\u2019assassinat d\u2019autochtones <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.theguardian.com\/tv-and-radio\/2023\/feb\/03\/murder-in-big-horn-showtime-docuseries-montana-missing-murdered-indigenous-women\">sont g\u00e9n\u00e9ralement pass\u00e9s sous silence et non signal\u00e9s.<\/a>\u00a0Les personnes port\u00e9es disparues sur les voies migratoires, souvent pour fuir un conflit, sont souvent membres de communaut\u00e9s marginalis\u00e9es et les m\u00e9dias font rarement cas de leurs souffrances.<\/p>\n<p>Mais on continue \u00e0 rechercher les personnes port\u00e9es disparues, m\u00eame si le temps passe. Les pays qui doivent continuer \u00e0 g\u00e9rer les cons\u00e9quences de conflits qui ont pris fin il y a d\u00e9j\u00e0 longtemps, sont toujours confront\u00e9s \u00e0 l\u2019angoisse et aux difficult\u00e9s pour localiser et identifier les personnes port\u00e9es disparues. Celles que l\u2019on a fait dispara\u00eetre restent un probl\u00e8me. Les <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.theguardian.com\/global-development\/2023\/jan\/16\/tracing-stolen-children-of-argentina-dirty-war\">l\u00e9gislateurs et les militants<\/a>\u00a0n\u00e9gocient en leur nom pendant des d\u00e9cennies apr\u00e8s que les armes se sont tues. On continue \u00e0 mettre des charniers au jour. Au Sri Lanka, les familles des personnes que l\u2019on a fait dispara\u00eetre continuent \u00e0 exiger des r\u00e9ponses au sujet des <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.hrw.org\/news\/2021\/08\/25\/families-sri-lankas-forcibly-disappeared-denied-justice\">quelque 60 000 \u00e0 100 000 personnes port\u00e9es disparues<\/a>\u00a0suite \u00e0 l\u2019un des conflits les plus longs que le continent asiatique ait connus (1983-2009).<\/p>\n<p>Les journalistes qui veulent r\u00e9aliser des enqu\u00eates sur la recherche de personnes disparues se heurtent \u00e0 de nombreuses difficult\u00e9s. Le temps et le silence font leur \u0153uvre, et les rescap\u00e9s craignent des repr\u00e9sailles de la part des autorit\u00e9s, des organisations criminelles ou encre des parties au conflit qui sont toujours au pouvoir. Les associations nationales de familles de personnes disparues, les mouvements nationaux ou r\u00e9gionaux de d\u00e9fense des droits humains et les archives des r\u00e9seaux sociaux sont des ressources pr\u00e9cieuses pour faire des recherches sur les atrocit\u00e9s commises et pour trouver de la documentation sur des affaires que les autorit\u00e9s ou les l\u00e9gislateurs ont peut-\u00eatre oubli\u00e9es depuis longtemps. Pendant les conflits, les auteurs de disparitions forc\u00e9es couvrent souvent leurs agissements et tentent de supprimer toute trace de l\u2019existence des victimes. Le manque d\u2019acc\u00e8s aux lieux des crimes et aux pi\u00e8ces \u00e0 conviction fait qu\u2019il est \u00e9galement difficile de r\u00e9aliser une enqu\u00eate. Et, dans certains cas, il est possible que les personnes port\u00e9es disparues elles-m\u00eames <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.theguardian.com\/global-development\/2023\/jan\/16\/tracing-stolen-children-of-argentina-dirty-war#:~:text=So%20far%2C%20about%20130%20of,kidnapped%20children%20have%20been%20found.\">ne souhaitent pas \u00eatre retrouv\u00e9es<\/a>.<\/p>\n<p>Il existe des strat\u00e9gies simples mais efficaces que l\u2019on peut adopter pour mener ce genre d\u2019enqu\u00eates et quand on cherche des indices pour identifier les responsables de disparitions. Par exemple, on peut rechercher des points de rep\u00e8re g\u00e9ographiques pour confirmer les lieux des enl\u00e8vements. On peut aussi cr\u00e9er une chronologie pour v\u00e9rifier la v\u00e9racit\u00e9 et la s\u00e9quence des \u00e9v\u00e9nements. Scruter les r\u00e9seaux sociaux pour trouver des informations sur des individus, des responsables actuels ou pass\u00e9s et des mouvements arm\u00e9s contribue aussi \u00e0 l\u2019\u00e9laboration d\u2019une base de donn\u00e9es et de portraits \u00e0 partir des noms et des visages qui apparaissent dans les reportages ou dans les t\u00e9moignages de rescap\u00e9s.<\/p>\n<p>Toutefois, le manque de normes politiques au sujet des personnes port\u00e9es disparues est l\u2019une des principales difficult\u00e9s que rencontrent ceux qui enqu\u00eatent, indique Kathryne Bomberger. \u00ab Par exemple, on demande la cr\u00e9ation d\u2019un m\u00e9canisme humanitaire pour la Syrie, pendant qu&rsquo;au m\u00eame moment, on demande de v\u00e9ritables enqu\u00eates et un tribunal en Ukraine \u00bb, ajoute-t-elle.<\/p>\n<p>\u00ab Avec la guerre en Ukraine, on peut mieux se rendre compte qu\u2019il faut mener de v\u00e9ritables enqu\u00eates sur le cas de personnes port\u00e9es disparues, conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019\u00e9tat de droit, explique-t-elle. Le probl\u00e8me, c\u2019est qu\u2019il y a toujours deux poids, deux mesures, quand il s\u2019agit d\u2019appliquer les normes relatives \u00e0 l\u2019\u00e9tat de droit lorsqu\u2019on travaille sur les affaires de personnes port\u00e9es disparues, dans les pays non-occidentaux \u00bb. Pour ce qui est du conflit syrien, o\u00f9 pas moins de 100 000 personnes sont port\u00e9es disparues, elle fait remarquer que des membres de la communaut\u00e9 internationale ont demand\u00e9 que soit adopt\u00e9e une <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.ohchr.org\/sites\/default\/files\/2022-06\/PolicyPaperSyriasMissingAndDisappeared_17June2022_EN.pdf\">approche humanitaire plut\u00f4t que juridique.<\/a>\u00a0\u00ab\u00a0Par exemple, en se concentrant sur le droit qu\u2019ont les familles de savoir ce que sont devenus leurs proches, plut\u00f4t que sur la responsabilit\u00e9 p\u00e9nale. Par ailleurs, dans les pays occidentaux, il y a deux poids, deux mesures, quand il s\u2019agit d\u2019enqu\u00eater sur la disparition de ressortissants \u00e9trangers ou issus de minorit\u00e9s.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le conflit syrien n\u2019\u00e9tant pas r\u00e9solu, et le pr\u00e9sident al-Assad toujours au pouvoir, certains pays de la r\u00e9gion et m\u00eame au-del\u00e0 se dirigent vers une normalisation de leurs relations avec le r\u00e9gime syrien. Profitant de cette d\u00e9tente, des voix s\u2019\u00e9l\u00e8vent pour qu\u2019un dispositif soit mis en place pour retrouver les personnes port\u00e9es disparues, sans cependant introduire de notions de justice p\u00e9nale. Ce qui a suscit\u00e9 le d\u00e9bat chez les militants et les rescap\u00e9s\u00a0pour savoir si les responsables, fonci\u00e8rement, \u00ab\u00a0s\u2019en tirent \u00e0 bon compte\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote><p><i>Garantir la s\u00e9curit\u00e9 des rescap\u00e9s doit \u00eatre la priorit\u00e9. Parmi les strat\u00e9gies possibles, on peut leur proposer l\u2019anonymat et leur donner l\u2019assurance que l\u2019endroit o\u00f9 ils se trouvent ne sera pas divulgu\u00e9.<\/i><\/p><\/blockquote>\n<p><i>\u00a0<\/i>Enqu\u00eater pour savoir ce que sont devenues les personnes port\u00e9es disparues lors d\u2019un conflit n\u2019est pas seulement essentiel si l\u2019on veut respecter le droit qu\u2019ont les rescap\u00e9s de savoir ce qui est arriv\u00e9 \u00e0 leurs proches. C\u2019est aussi l\u2019un des r\u00f4les du journalisme, qui doit demander des comptes \u00e0 ceux qui ont commis certains des crimes les plus graves en temps de guerre, relater pr\u00e9cis\u00e9ment les faits, et permettre aux soci\u00e9t\u00e9s d\u2019effectuer une transition vers la paix.<\/p>\n<p>Etablir des liens avec les rescap\u00e9s, bien comprendre l\u2019environnement du conflit qui est souvent complexe, recueillir des donn\u00e9es, poser les bonnes questions aux autorit\u00e9s et \u00e0 ceux qui sont \u00e0 m\u00eame d\u2019agir pour faire avancer les choses, et faire preuve de persistance\u00a0: ce sont les outils essentiels pour enqu\u00eater sur ce que sont devenues les personnes port\u00e9es disparues. Pour de nombreux rescap\u00e9s, la justice est le seul moyen de panser leurs blessures.<\/p>\n<p><b>Conseils, outils et ressources<\/b><\/p>\n<p><b>Instaurer la confiance aupr\u00e8s des rescap\u00e9s et des t\u00e9moins<\/b><\/p>\n<p>Quand on r\u00e9alise une enqu\u00eate sur les personnes port\u00e9es disparues, il est recommand\u00e9 de commencer en instaurant un climat de confiance aupr\u00e8s des rescap\u00e9s. Les r\u00e9seaux de rescap\u00e9s, qu\u2019ils se pr\u00e9sentent sous forme de groupes ou \u00e0 titre individuel, constituent une source d\u2019informations et d\u2019indices particuli\u00e8rement riche. Ils connaissent l\u2019histoire des personnes disparues et les d\u00e9tails de leur vie, ils ont conserv\u00e9 des photographies et des effets personnels et, dans certains cas, ils se trouvaient avec elles au moment de leur disparition, ce qui leur permet d\u2019identifier le lieu et les responsables. Il est indispensable d\u2019instaurer un climat de confiance aupr\u00e8s des rescap\u00e9s et de garder le contact avec eux m\u00eame quand l\u2019enqu\u00eate pi\u00e9tine ou qu\u2019elle est termin\u00e9e si l\u2019on veut gagner leur respect et leur confiance, ce qui vous permettra aussi de mieux comprendre les circonstances de la disparition des personnes et du conflit. C\u2019est encore plus important lorsque le conflit se poursuit ou quand les auteurs pr\u00e9sum\u00e9s sont toujours au pouvoir. Les familles et les rescap\u00e9s craignent souvent de se manifester et, dans de nombreux cas, ils ont perdu tout espoir de retrouver leurs proches. La priorit\u00e9 doit \u00eatre de garantir la s\u00e9curit\u00e9 des rescap\u00e9s, par exemple en leur proposant l\u2019anonymat et en leur donnant l\u2019assurance que l\u2019endroit o\u00f9 ils se trouvent ne sera pas divulgu\u00e9, et en utilisant des moyens de communication crypt\u00e9s.<\/p>\n<p><a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/oic.icmp.int\/index.php?w=intro&amp;l=en\"><b>Commission internationale pour les personnes disparues<\/b><\/a><b>\u00a0(ICMP)<\/b><\/p>\n<p>L\u2019ICMP est la seule organisation internationale qui travaille exclusivement sur la question des personnes disparues. L\u2019ICMP, cr\u00e9\u00e9e en vertu d\u2019un trait\u00e9 et qui a son si\u00e8ge \u00e0 La Haye, a pour mandat d\u2019obtenir la coop\u00e9ration des pays et des gouvernements pour localiser les personnes port\u00e9es disparues. Elle propose aux familles et aux rescap\u00e9s des outils pour donner et obtenir des informations \u00e0 propos des personnes disparues, par le biais de son site, un centre d\u2019information en ligne, et d\u2019une <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/play.google.com\/store\/apps\/details?id=org.ic_mp.oic&amp;hl=en_AU&amp;gl=US&amp;pli=1\">application<\/a>. La <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.icmp.int\/what-we-do\/technical-assistance\/databases-and-data-processing-systems-include-elimination-databases\/\">Commission tient une base de donn\u00e9es sur les personnes disparues<\/a>\u00a0\u00e0 laquelle peuvent avoir acc\u00e8s les organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile et les autorit\u00e9s locales, et elle peut demander aux familles l\u2019autorisation de recueillir et de stocker des \u00e9chantillons d\u2019ADN. Elle effectue par ailleurs des op\u00e9rations m\u00e9dicol\u00e9gales sur le terrain. Elle va notamment effectuer des op\u00e9rations de reconnaissance sur les tombes et les chantiers de fouilles. Le respect des droits li\u00e9s \u00e0 la protection de la vie priv\u00e9e est essentiel quand ces demandes d\u2019informations et de donn\u00e9es sont formul\u00e9es, et les familles doivent donner leur accord.<\/p>\n<p>Dans le cas des 40 000 personnes disparues lors de la guerre dans les Balkans, la Commission a recueilli un demi million d\u2019\u00e9chantillons d\u2019ADN pr\u00e9lev\u00e9s sur des restes humains non identifi\u00e9s et les a compar\u00e9s avec plus de 100 000 \u00e9chantillons de r\u00e9f\u00e9rence provenant des familles de disparus. En effet, elle esp\u00e9rait identifier les personnes disparues avec une certitude scientifique, \u00e9tablir un lien entre les personnes disparues et certains lieux, permettre aux familles de demander r\u00e9paration, et rassembler des preuves qui puissent \u00e9ventuellement \u00eatre utilis\u00e9es lors de proc\u00e8s au p\u00e9nal. Etonnamment, on a retrouv\u00e9 la trace d\u2019environ 70 % des personnes disparues pendant ce conflit. Ces <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/oic.icmp.int\/index.php?w=reg_lista_pub_ter_in&amp;l=en\">donn\u00e9es sont toujours accessibles et les journalistes peuvent les consulter dans le cadre de leurs recherches<\/a>. Dans le cas de la Syrie, o\u00f9 la plupart des familles craignent de divulguer leurs informations parce que le gouvernement, accus\u00e9 de crimes de guerre pr\u00e9sum\u00e9s, est toujours au pouvoir, le fait de travailler avec la Commission est essentiel pour entrer en contact avec les familles et obtenir leur consentement afin de rendre publics les renseignements qu\u2019elles ont fournis.<\/p>\n<p><a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.icrc.org\/en\/war-and-law\/protected-persons\/missing-persons\"><b>Comit\u00e9 international de la Croix-Rouge (CICR)<\/b><\/a><\/p>\n<p>Le CICR joue un r\u00f4le pr\u00e9pond\u00e9rant en fixant les r\u00e8gles de la guerre, notamment en ent\u00e9rinant le droit des personnes \u00e0 savoir quel sort a \u00e9t\u00e9 r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 leurs proches, disparus. Il a identifi\u00e9 les mesures \u00e0 prendre pendant un conflit qui pourraient contribuer \u00e0 pr\u00e9venir la disparition de personnes, par exemple en exhortant les combattants \u00e0 porter sur eux un moyen de les identifier. Il fait aussi campagne pour que les d\u00e9c\u00e8s, les inhumations et les d\u00e9tentions soient consign\u00e9s. Enfin, il aide les membres dispers\u00e9s des familles \u00e0 se r\u00e9unir et \u00e0 documenter les disparitions. Son Agence centrale de recherches, fond\u00e9e en 1870, recueille par ailleurs des informations qu\u2019elle partage avec les parties prenantes \u00e0 un conflit international et aide les familles \u00e0 retrouver la trace de leurs proches.<\/p>\n<p>Le CICR est l\u2019une des seules organisations \u00e0 avoir n\u00e9goci\u00e9 l\u2019acc\u00e8s aux infrastructures p\u00e9nitentiaires g\u00e9r\u00e9es par un Etat, m\u00eame dans certains des r\u00e9gimes les plus autocratiques. Le Comit\u00e9, qui d\u00e9fend jalousement sa neutralit\u00e9 et le fait qu\u2019il a acc\u00e8s \u00e0 ces prisons, est souvent peu enclin \u00e0 communiquer ses informations aux m\u00e9dias. Mais le CICR et le personnel des Croix-Rouges nationales dans le monde entier travaillent aussi avec les familles pour les aider \u00e0 retrouver leurs proches et \u00e0 g\u00e9rer le trauma psychologique. Ils sont tr\u00e8s bien plac\u00e9s pour d\u00e9crire les moyens mis en \u0153uvre pour localiser les membres d\u2019une famille ou pour les r\u00e9unir. Entrer en contact avec les familles est indispensable pour savoir si elles sont d\u2019accord pour communiquer des renseignements sur leurs proches et pour revenir sur les circonstances de leur disparition. Quand c\u2019est possible, retourner sur les lieux de la disparition est toujours un bon moyen pour trouver de nouveaux t\u00e9moins et de nouveaux indices. Cela permet aussi de retracer le dernier parcours connu de la personne disparue.<\/p>\n<div style=\"width: 781px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/gijn.org\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/Ozias-Kambale-Pimo-11-from-Kiwanja-speaks-about-whether-his-parents-are-still-alive-in-Goma-North-Kivu-province-Democratic-Republic-of-the-Congo-on-Feb.-4-2009-771x512.jpg\" alt=\"war crimes finding missing Democratic Republic of the Congo ICRC\" width=\"771\" height=\"512\" \/><p class=\"wp-caption-text\">Ozias Kambale Pimo, un gar\u00e7on de 11 ans, originaire de Kiwanja, se demande si ses parents sont toujours vivants, \u00e0 Goma, dans la province du Nord Kivu, en R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo, en 2009. Les enfants sont arriv\u00e9s \u00e0 cet site de repos temporaire avant de retrouver leurs familles gr\u00e2ce au Comit\u00e9 international de la Croix-Rouge. Image : Ron Haviv, VII<\/p><\/div>\n<p><b>Autres centres sp\u00e9cialis\u00e9s<\/b><\/p>\n<p>L\u2019<a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/eaaf.org\/\">Equipe d\u2019anthropologie m\u00e9dicol\u00e9gale argentine<\/a>\u00a0est une ONG bas\u00e9e \u00e0 Buenos Aires qui applique des techniques scientifiques m\u00e9dicol\u00e9gales pour enqu\u00eater, effectuer des recherches, r\u00e9cup\u00e9rer des restes humains, d\u00e9terminer la cause de d\u00e9c\u00e8s, identifier les d\u00e9pouilles et rendre les personnes disparues \u00e0 leurs proches. Elle travaille avec les familles qui se m\u00e9fient des enqu\u00eates officielles, les tribunaux internationaux et les mouvements locaux qui g\u00e8rent les questions relatives aux victimes port\u00e9es disparues dans des circonstances tr\u00e8s vari\u00e9es : disparitions forc\u00e9es ; violences \u00e0 caract\u00e8re ethnique, politique, institutionnel et religieux, et violences li\u00e9es au genre ; trafic de drogue, trafic d\u2019\u00eatres humains et crime organis\u00e9 ; processus migratoires, guerres et conflits arm\u00e9s, accidents et catastrophes. Elle forme des \u00e9quipes dans le monde entier et propose les avis d\u2019experts aux journalistes. Elle participe r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 des fouilles de tombes en Argentine et son travail, document\u00e9, peut fournir des pistes pour mener une enqu\u00eate plus pouss\u00e9e.<\/p>\n<p>Les recherches effectu\u00e9es sur les r\u00e9seaux sociaux et tout autre support en acc\u00e8s libre, sont essentielles pour trouver des informations sur les personnes port\u00e9es disparues, par exemple en localisant les tombes et en recueillant des informations sur des violences sp\u00e9cifiques.<\/p>\n<p>Le <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/humanrights.berkeley.edu\/home\">Centre pour les droits humains de l\u2019Universit\u00e9 de Californie-Berkeley<\/a>\u00a0g\u00e8re un projet m\u00e9dicol\u00e9gal qui aide \u00e0 r\u00e9aliser des analyses g\u00e9n\u00e9tiques et \u00e0 identifier des restes humains, avec une attention particuli\u00e8re pour le Salvador. Le centre travaille avec des experts en m\u00e9decine l\u00e9gale et dispose d\u2019un laboratoire d\u2019enqu\u00eates qui recueille des informations, proc\u00e8de \u00e0 des v\u00e9rifications, et \u00e9value les pi\u00e8ces \u00e0 conviction pour \u00e9tablir les responsabilit\u00e9s dans les affaires de g\u00e9nocide et de crimes contre l\u2019humanit\u00e9. Le centre propose des formations aux journalistes, aux enqu\u00eateurs et autres personnes concern\u00e9es, sur les enqu\u00eates num\u00e9riques et autres outils n\u00e9cessaires pour r\u00e9aliser des reportages, organiser son travail et recueillir des donn\u00e9es.<\/p>\n<p><b>Associations familiales et nationales<\/b><\/p>\n<p>Des militants en Argentine, au Mexique et en Syrie, pour ne citer que quelques pays, ont recueilli des informations, cr\u00e9\u00e9 des bases de donn\u00e9es nationales et men\u00e9 des campagnes pour aider \u00e0 retrouver les personnes disparues. Un groupe de femmes argentines connues sous le nom de Grand-m\u00e8res de la Plaza de Mayo (ou, plus commun\u00e9ment,\u00a0 <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.abuelas.org.ar\/\">Les Abuelas<\/a>), qui ont perdu un fils ou une fille aux mains du r\u00e9gime militaire des ann\u00e9es 1970, ont cr\u00e9\u00e9 une base de donn\u00e9es pour identifier pr\u00e8s de 500 enfants port\u00e9s disparus. En juillet 2023, elles avaient localis\u00e9 133 des petits-enfants port\u00e9s disparus.<\/p>\n<p>En Syrie, un photographe des forces arm\u00e9es qui a fait d\u00e9fection et quitt\u00e9 le pays, a emport\u00e9 clandestinement des dizaines de milliers de clich\u00e9s de victimes de torture dans les centres de d\u00e9tention en Syrie, aidant ainsi les familles \u00e0 identifier leurs proches disparus. Ces photos, qui font maintenant partie de la collection de l\u2019organisation <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/web.archive.org\/web\/20230606125712\/https:\/\/caesar-fsg.org\/\">Caesar Files<\/a>, ont \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9es comme pi\u00e8ces \u00e0 conviction lors du premier proc\u00e8s pour \u00a0torture et meurtre dans les prisons syriennes qui s\u2019est tenu l\u2019an dernier en Allemagne. Identifier ces mouvements dans les diff\u00e9rents pays et les contacter permet d\u2019obtenir une mine d\u2019informations. C\u2019est un aspect essentiel de la collecte de donn\u00e9es qui peut conduire \u00e0 des enqu\u00eates pr\u00e9cises. En cons\u00e9quence, le grand public se familiarise aussi avec la question.<\/p>\n<p><a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.ohchr.org\/en\/special-procedures\/wg-disappearances\"><b>Groupe de travail des Nations unies sur les disparitions forc\u00e9es ou involontaires<\/b><\/a><\/p>\n<p>Ce groupe, mandat\u00e9 par l\u2019ONU, a pour t\u00e2che d\u2019aider les familles \u00e0 retrouver leurs proches, port\u00e9s disparus ou que l\u2019on a fait dispara\u00eetre, en contactant les autorit\u00e9s au nom des familles. Il exhorte les gouvernements \u00e0 diligenter des enqu\u00eates sur les rapports ou les informations qu\u2019il leur transmet. Il se rend dans les diff\u00e9rents pays et conseille les gouvernements sur le respect des principes des droits humains concernant les personnes disparues et enqu\u00eate sur des cas particuliers, ce qui en fait une ressource utile pour les journalistes. Ce groupe publie <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.ohchr.org\/sites\/default\/files\/2021-08\/FactSheet6Rev3.pdf\">des rapports annuels sur ses activit\u00e9s<\/a>\u00a0ainsi que des rapports p\u00e9riodiques \u00e0 l\u2019issue de visites sur le terrain. Il suit <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.ohchr.org\/en\/documents\/legal-standards-and-guidelines\/guiding-principles-search-disappeared-persons\">les principes directeurs relatifs aux recherches pour retrouver les personnes que l\u2019on a fait dispara\u00eetre, en vertu de conventions internationales<\/a>. Les experts de ce groupe de travail de l\u2019ONU ont fourni des renseignements tr\u00e8s utiles pour v\u00e9rifier des informations sur des cas sp\u00e9cifiques et obtenir des mises \u00e0 jour \u00e0 leur sujet, pour comprendre le contexte dans lequel une personne a disparu, et pour assurer un suivi sur les mesures prises pour s\u2019attaquer \u00e0 la question des disparitions forc\u00e9es.<\/p>\n<p><b>Images satellite<\/b><\/p>\n<p>La technologie a beaucoup contribu\u00e9 \u00e0 l\u2019obtention de donn\u00e9es de meilleure qualit\u00e9 pour la recherche de personnes disparues. On citera en exemple cette enqu\u00eate historique de BBC News : <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.bbc.com\/news\/magazine-16657363\">Treblinka : les tombes cach\u00e9es de l\u2019Holocauste d\u00e9voil\u00e9es<\/a>. Gr\u00e2ce \u00e0 des images satellite, des radars \u00e0 p\u00e9n\u00e9tration de sol et d\u2019autres outils m\u00e9dicol\u00e9gaux, compl\u00e9t\u00e9s par les photos a\u00e9riennes des sites dans les ann\u00e9es 1940, la BBC a identifi\u00e9 des charniers potentiels dans le camp de la mort, que des fouilles arch\u00e9ologiques ont localis\u00e9s quelques ann\u00e9es plus tard.\u00a0Les soci\u00e9t\u00e9s <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.maxar.com\/products\/satellite-imagery\">Maxar<\/a>\u00a0et <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.planet.com\/company\/\">Planet Labs<\/a>\u00a0proposent des images satellite \u00e0 haute r\u00e9solution \u00e0 leurs partenaires \u2013 notamment aux m\u00e9dias \u2013 et ces deux soci\u00e9t\u00e9s ont aussi permis de retrouver la trace de fosses communes en Ukraine et en Irak, par exemple. Google Earth est un outil plus accessible, sur la dur\u00e9e, mais \u00e0 une r\u00e9solution plus faible. On peut demander aux satellites de Maxar et de Planet de zoomer sur certains endroits. Par ailleurs, GIJN propose un <a href=\"https:\/\/gijn.org\/resources-for-finding-and-using-satellite-images\/\">Guide de ressources pour trouver et utiliser des images satellite<\/a>.<\/p>\n<p><b>\u00c9tudes de cas<\/b><\/p>\n<p><b>Des r\u00e9fugi\u00e9s ukrainiens disparaissent en Russie<\/b><\/p>\n<p>On doit cette information \u00e0 des journalistes d\u2019Associated Press qui ont remarqu\u00e9 que des <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/apnews.com\/article\/Ukraine-Russia-refugees-Mariupol-war-investigation-31880d51ae29818b6c3b04156aae38d5\">r\u00e9fugi\u00e9s ukrainiens \u00e9taient envoy\u00e9s en Russie, o\u00f9 ils disparaissaient<\/a>. Il semble qu\u2019environ deux millions d\u2019Ukrainiens se soient retrouv\u00e9s en Russie, ce qui a oblig\u00e9 les journalistes d\u2019AP \u00e0 interroger des dizaines de personnes et \u00e0 \u00e9tudier un tr\u00e8s grand nombre de reportages parus dans les m\u00e9dias russes et ukrainiens et les r\u00e9seaux sociaux pour savoir ce qu\u2019il en \u00e9tait. Retrouver la trace des r\u00e9fugi\u00e9s \u00e9tait l\u2019objectif premier de l\u2019enqu\u00eate. Il a fallu notamment pouvoir interviewer des Ukrainiens qui se trouvaient toujours en Russie, ce qui n\u2019\u00e9tait pas rien. Ensuite, gr\u00e2ce \u00e0 des militants qui les ont aid\u00e9s \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer en Russie puis \u00e0 en sortir, les reporters d\u2019AP ont pu reconstituer des parcours qui, pour beaucoup, s\u2019\u00e9tendaient sur des milliers de kilom\u00e8tres, et au cours desquels les Ukrainiens \u00e9taient tenus au secret. En tout, les reporters se sont entretenus avec des Ukrainiens dans sept pays europ\u00e9ens, mais aussi avec un grand nombre de r\u00e9fugi\u00e9s qui se trouvaient toujours en Russie. Ils ont identifi\u00e9 de nombreux goulots d\u2019\u00e9tranglement pendant leur p\u00e9riple, notamment des abris o\u00f9 les Russes les ont gard\u00e9s pendant des semaines. En cours de route, certains ont \u00e9t\u00e9 soumis \u00e0 des fouilles corporelles et \u00e0 d\u2019autres abus des droits humains. En effet, on les a fait passer par ce que l\u2019on a appel\u00e9 des camps de filtrage. Certains n\u2019ont plus jamais \u00e9t\u00e9 revus. Cette enqu\u00eate a \u00e9t\u00e9 la premi\u00e8re \u00e0 documenter dans le d\u00e9tail la d\u00e9portation syst\u00e9matique d\u2019Ukrainiens.<\/p>\n<p><b>Les cellules des prisons en Syrie vid\u00e9es par les massacres<\/b><\/p>\n<p>Dans ce reportage, Louisa Loveluck et Zakaria Zakaria, du Washington Post, utilisent les nouvelles technologies pour faire la lumi\u00e8re sur l\u2019un des aspects les plus cruels de la longue guerre civile qui se poursuit en Syrie : <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.washingtonpost.com\/graphics\/2018\/world\/syria-bodies\/\">le sort de milliers de prisonniers, souvent mis au secret pendant des ann\u00e9es, dans les cachots du pays<\/a>. Le fait que la guerre civile en Syrie est si longue a compliqu\u00e9 l\u2019enqu\u00eate des journalistes pour d\u00e9terminer ce que deviennent les prisonniers, a indiqu\u00e9 Louisa Loveluck. A mesure que le temps passe, les conditions d\u2019emprisonnement \u00e9voluent, et les interviews r\u00e9alis\u00e9es avec des d\u00e9tenus au d\u00e9but du conflit ne permettent pas toujours de comprendre ce qui se passe plus tard. L\u2019\u00e9quipe a pass\u00e9 au peigne fin des images satellite pour tenter d\u2019identifier des changements inhabituels \u2014 dans ce cas pr\u00e9cis, ce qui ressemblait \u00e0 des corps dans la cour de la prison \u2014 puis elle a cherch\u00e9 des personnes qui pouvaient corroborer ou infirmer ces \u00e9ventuelles d\u00e9couvertes. Les reporters ont contact\u00e9 des organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile pour entrer en contact avec des prisonniers qui avaient \u00e9t\u00e9 remis en libert\u00e9 peu apr\u00e8s et qui avaient pass\u00e9 un certain temps dans cette m\u00eame prison, \u00e0 proximit\u00e9 de cette cour, \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits. \u00ab Les rescap\u00e9s nous ont mis en contact avec d\u2019autres rescap\u00e9s et, peu \u00e0 peu, \u00e0 partir de leurs t\u00e9moignages, nous avons pu reconstituer pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui s\u2019\u00e9tait pass\u00e9 \u2014 en ajoutant, plus tard, des d\u00e9tails fournis par des sources judiciaires: le rythme des ex\u00e9cutions s\u2019\u00e9tait acc\u00e9l\u00e9r\u00e9, les d\u00e9tenus ont \u00e9t\u00e9 syst\u00e9matiquement maltrait\u00e9s \u00bb, a-t-elle indiqu\u00e9. Apr\u00e8s neuf mois d\u2019enqu\u00eate, les journalistes ont mis en lumi\u00e8re, dans leur enqu\u00eate, les proc\u00e8s et les ex\u00e9cutions sommaires de prisonniers politiques dans un grand centre p\u00e9nitentiaire, qui avaient probablement cours dans d\u2019autres prisons, et qui pourraient constituer un crime de guerre tr\u00e8s grave. Le reportage n\u2019identifie pas de d\u00e9tenus port\u00e9s disparus, mais il aide les familles \u00e0 comprendre le sort qui a pu leur \u00eatre r\u00e9serv\u00e9.<\/p>\n<p><b>Rechercher la trace des enfants vol\u00e9s de la \u201csale guerre\u201d d\u2019Argentine<\/b><\/p>\n<p>Plus de 40 ans plus tard, les journalistes essaient toujours de comprendre ce que sont devenues les enfants enlev\u00e9s pendant les ann\u00e9es les plus sombres du r\u00e9gime militaire de Jorge Rafael Videla en Argentine. A cette \u00e9poque, plus de 30 000 personnes, dont 500 nourrissons au bas mot, ont disparu. La Repubblica, Le Monde et\u00a0 The Guardian <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.theguardian.com\/global-development\/2023\/jan\/16\/tracing-stolen-children-of-argentina-dirty-war\">ont men\u00e9 une enqu\u00eate transfrontali\u00e8re pour retrouver ces enfants<\/a>, dont la plupart vivraient en Europe. Les reporters Lorenzo Tondo, Elena Basso et Sam Jones ont retrouv\u00e9 l\u2019un des rescap\u00e9s, d\u00e9sormais adulte, \u00e0 Londres, avec l\u2019aide d\u2019anciennes sources gouvernementales et de militants locaux. \u00ab\u00a0Mais le plus dur n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 de le retrouver, a indiqu\u00e9 Lorenzo Tondo. Le plus compliqu\u00e9 a \u00e9t\u00e9 de le persuader d\u2019accepter d\u2019\u00eatre interview\u00e9\u00a0\u00bb. Comme beaucoup d\u2019autres, il ne voulait pas qu\u2019on le retrouve. Beaucoup avaient peur d\u2019\u00eatre accus\u00e9s d\u2019\u00eatre des collaborateurs, craignaient pour leurs parents adoptifs ou, tout simplement, les aimaient. Les reporters ont expliqu\u00e9 le but de leur enqu\u00eate : mettre l\u2019accent sur les atrocit\u00e9s commises sous le r\u00e9gime militaire. Puis ils ont attendu. Deux mois plus tard, cet homme, qui avait disparu quand il \u00e9tait enfant, a accept\u00e9 de raconter son histoire. Le r\u00e9sultat\u00a0: un reportage exhaustif qui a non seulement r\u00e9v\u00e9l\u00e9 le sort des enfants disparus, mais leur a aussi permis de livrer leur version des faits. On apprenait ainsi ce qu\u2019ils \u00e9taient devenus, mais aussi pourquoi un grand nombre d\u2019entre eux ne voulaient pas qu\u2019on les retrouve.<\/p>\n<div style=\"width: 781px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/gijn.org\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/The-Guardian-Argentina-abdcuted-children-adoption-771x474.png\" alt=\"finding missing abducted children adoption Argentina\" width=\"771\" height=\"474\" \/><p class=\"wp-caption-text\">The Guardian, La Repubblica et Le Monde ont collabor\u00e9 \u00e0 une enqu\u00eate transfrontali\u00e8re pour retrouver les enfants enlev\u00e9s \u00e0 leurs parents \u2013 des prisonniers politiques en captivit\u00e9 \u2013 et confi\u00e9s \u00e0 des familles de militaires pour qu\u2019elles les \u00e9l\u00e8vent, comme s\u2019ils \u00e9taient leurs propres enfants, pendant la \u201csale guerre\u201d en Argentine.<\/p><\/div>\n<p><b>Des manifestants tu\u00e9s, arr\u00eat\u00e9s, ou que l\u2019on n\u2019a plus jamais revus au Nigeria<\/b><\/p>\n<p>Le journaliste nig\u00e9rian \u2018Fisayo Soyombo a pass\u00e9 10 semaines \u00e0 <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/fij.ng\/article\/portraits-of-blood-i-death-threats-murders-indiscriminate-arrests-the-post-lekki-massacre-cover-up\/\">enqu\u00eater sur la mort ou la disparition d\u2019une vingtaine de civils<\/a>, certains non identifi\u00e9s, suite \u00e0 l\u2019attaque de l\u2019arm\u00e9e contre des manifestants en octobre 2020 \u00e0 Lagos. Fisayo Soyombo a interview\u00e9 des rescap\u00e9s et les familles de d\u00e9tenus, et il a \u00e9t\u00e9 confront\u00e9 \u00e0 deux des plus grandes probl\u00e9matiques que rencontrent les journalistes qui enqu\u00eatent sur les personnes disparues : la crainte qu\u2019ont les familles de parler aux journalistes, et la terreur qu\u2019utilisent les auteurs de ces disparitions pour les inciter au silence. Beaucoup de familles continuent de vivre dans l\u2019espoir que leur proche va leur \u00eatre rendu, alors elles \u00e9vitent de signaler sa disparition. Fisayo Soyombo a identifi\u00e9 les morts et les disparus et a dress\u00e9 leur portrait. Auparavant, il s\u2019\u00e9tait entretenu avec des t\u00e9moins, avait analys\u00e9 une grande quantit\u00e9 de vid\u00e9os et de photos sur les r\u00e9seaux sociaux, et avait document\u00e9 les menaces que les familles ont subies. Son enqu\u00eate comporte de nouvelles informations et fournit l\u2019un des r\u00e9cits les plus d\u00e9taill\u00e9s de l\u2019attaque, en donnant notamment l\u2019identit\u00e9 des assaillants. L\u2019arm\u00e9e continue de nier toute implication dans cet \u00e9pisode douloureux.<\/p>\n<p><b>Gros plan sur les \u201cdisparus\u201d au Chili<\/b><\/p>\n<p><i>Interview de <\/i><a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/fcei.uchile.cl\/facultad\/estructura\/cuerpo-academico\/pascale-bonnefoy-miralles\"><i>Pascale Bonnefoy Miralles<\/i><\/a><i>, par Olivier Holmey\u00a0<\/i><\/p>\n<p>Pour reconstituer l\u2019histoire des disparitions forc\u00e9es sous le r\u00e9gime d\u2019Augusto Pinochet, le g\u00e9n\u00e9ral qui a dirig\u00e9 le Chili de 1973 \u00e0 1990, Pascale Bonnefoy Miralles a pris une d\u00e9cision audacieuse : non seulement elle s\u2019entretiendrait avec les familles des disparus, mais elle s\u2019efforcerait aussi d\u2019interviewer les responsables de ces crimes.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright\" src=\"https:\/\/gijn.org\/wp-content\/uploads\/2023\/08\/Pascale-Bonnefoy-Miralles.png\" alt=\"Pascale Bonnefoy Miralles\" width=\"241\" height=\"235\" \/><\/p>\n<p>Pascale Bonnefoy Miralles. Image: capture d&rsquo;\u00e9cran, Universit\u00e9 du Chili<\/p>\n<p>La t\u00e2che a pu sembler impossible \u00e0 l\u2019\u00e9poque, mais la journaliste chilienne veut encourager d\u2019autres personnes \u00e0 enqu\u00eater\u00a0: \u00ab\u00a0Vous ne savez jamais ce que vous allez trouver\u00a0\u00bb, a-t-elle d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 GIJN.<\/p>\n<p>Beaucoup d\u2019anciens militaires et policiers ont refus\u00e9 de lui parler, mais plusieurs autres ont accord\u00e9 un long entretien \u00e0 Pascale Bonnefoy Miralles. L\u2019un d\u2019eux l\u2019a m\u00eame re\u00e7ue chez lui alors qu\u2019elle venait de frapper \u00e0 sa porte sans l\u2019avoir pr\u00e9venu. La journaliste indique qu\u2019elle ne craignait pas pour sa s\u00e9curit\u00e9, les disparitions \u00e9tant de \u201ctr\u00e8s vieux cold cases\u201d quand elle a commenc\u00e9 \u00e0 enqu\u00eater. \u00ab\u00a0Des dizaines d\u2019ann\u00e9es se sont \u00e9coul\u00e9es, dit-elle. Que peuvent-ils faire \u00e0 ce stade ? Ils n\u2019ont aucun pouvoir, ils ne sont plus dans l\u2019arm\u00e9e.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ces t\u00e9moignages lui ont permis de faire des d\u00e9couvertes capitales. Elle a identifi\u00e9 un policier notoirement violent que l\u2019on appelait alors \u201cle Prince\u201d. Elle a \u00e9t\u00e9 en mesure de confirmer que le journaliste am\u00e9ricain <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.theguardian.com\/commentisfree\/2013\/sep\/11\/justice-charles-horman-us-chile-coup\">Charles Horman<\/a>\u00a0avait \u00e9t\u00e9 emmen\u00e9 au <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.nytimes.com\/2015\/06\/19\/sports\/soccer\/in-chiles-national-stadium-dark-past-shadows-copa-america-matches.html\">stade national<\/a>\u00a0de Santiago avant d\u2019\u00eatre assassin\u00e9 peu apr\u00e8s le coup d\u2019\u00e9tat de 1973. Enfin, elle a pu d\u00e9terminer comment l\u2019arm\u00e9e avait dispos\u00e9 sommairement des corps des personnes qu\u2019elle avait d\u00e9tenues et ex\u00e9cut\u00e9es dans ce stade.<\/p>\n<p>Pascale Bonnefoy Miralles, qui a \u00e9crit <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/worldcat.org\/search?q=Pascale+Bonnefoy+Miralles&amp;itemType=book&amp;itemSubType=book-printbook%2Cbook-digital%2Cbook-thsis%2Cbook-mss%2Cbook-braille%2Cbook-largeprint%2Cbook-mic%2Cbook-continuing\">plusieurs ouvrages sur la campagne de disparitions forc\u00e9es men\u00e9e par Pinochet<\/a>, ajoute qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 aussi courtoise avec ces criminels qu\u2019elle l\u2019est avec toutes les personnes qu\u2019elle interviewe. Elle s\u2019est rendu compte que si elle montrait de l\u2019int\u00e9r\u00eat et de l\u2019empathie, il \u00e9tait beaucoup plus probable que les anciens officiers parlent de ce dont ils avaient \u00e9t\u00e9 t\u00e9moins \u2013 m\u00eame si, comme on aurait pu s\u2019y attendre, ils \u00e9taient toujours peu enclins \u00e0 \u00e9voquer leur propre implication. \u00ab\u00a0La plupart sont pr\u00eats \u00e0 tout vous dire, sauf ce qu\u2019ils ont fait, dit-elle. Il vaut mieux ne pas les pousser dans leurs retranchements, ne pas leur dire\u00a0: vous avez eu tort, vous aussi. Cela, quelqu\u2019un d\u2019autre pourra le dire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Elle a \u00e9galement enqu\u00eat\u00e9 sur plusieurs disparitions perp\u00e9tr\u00e9es par la junte militaire argentine. Bonnefoy Miralles est particuli\u00e8rement fi\u00e8re d&rsquo;une <a rel=\"noopener\" target=\"_blank\" href=\"https:\/\/www.theclinic.cl\/2013\/09\/11\/los-tres-de-arica\/\">enqu\u00eate<\/a> au cours de laquelle elle a d\u00e9couvert l&rsquo;identit\u00e9 d&rsquo;un combattant chilien du Mouvement de la gauche r\u00e9volutionnaire &#8211; Mario Espinoza Barahona &#8211; disparu en Argentine en 1976 et connu des enqu\u00eateurs et des \u00e9quipes m\u00e9dico-l\u00e9gales de ce pays uniquement sous le nom de \u00ab Mauro \u00bb, son pseudonyme. \u00ab J&rsquo;ai retrouv\u00e9 sa trace depuis qu&rsquo;il a quitt\u00e9 clandestinement le Chili en octobre 1973 et qu&rsquo;il s&rsquo;est retrouv\u00e9 en Argentine trois ans plus tard \u00bb, explique-t-elle. \u00ab Cela a permis de mettre un nom sur une victime et, plus important encore, sa famille a pu savoir o\u00f9 il s&rsquo;\u00e9tait rendu apr\u00e8s avoir quitt\u00e9 le pays, ce qu&rsquo;il avait fait et le sort qui lui avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9serv\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p><em>Traduit de l&rsquo;anglais par B\u00e9atrice Murail.<\/em><\/p>\n<hr \/>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-thumbnail wp-image-1244172\" src=\"https:\/\/gijn.org\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Sarah-El-Deeb-140x140.jpeg\" alt=\"\" width=\"140\" height=\"140\" \/>Sarah El Deeb est une journaliste de longue date de l&rsquo;Associated Press (AP). Elle a rejoint l&rsquo;\u00e9quipe d&rsquo;investigation mondiale de l&rsquo;AP en 2021, peu avant que la Russie ne d\u00e9clenche sa guerre contre l&rsquo;Ukraine, et a fait partie de War Crimes Watch Ukraine, un projet men\u00e9 en collaboration avec Frontline (PBS) pour rassembler, v\u00e9rifier et documenter les preuves de crimes de guerre potentiels en Ukraine. Elle a travaill\u00e9 dans les territoires palestiniens et en Isra\u00ebl, au Darfour et au Soudan, en \u00c9gypte, en Libye et au Y\u00e9men.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-thumbnail wp-image-1238888\" src=\"https:\/\/gijn.org\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/Ron-Haviv-140x140.jpg\" alt=\"\" width=\"140\" height=\"140\" srcset=\"https:\/\/gijn.org\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/Ron-Haviv-140x140.jpg 140w, https:\/\/gijn.org\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/Ron-Haviv-336x336.jpg 336w, https:\/\/gijn.org\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/Ron-Haviv-771x771.jpg 771w, https:\/\/gijn.org\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/Ron-Haviv-768x768.jpg 768w, https:\/\/gijn.org\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/Ron-Haviv.jpg 892w\" sizes=\"auto, (max-width: 140px) 100vw, 140px\" \/>Ron Haviv est directeur et cofondateur de la VII Foundation et cofondateur de la VII Photo Agency. Au cours des trois derni\u00e8res d\u00e9cennies, M. Haviv a couvert plus de 25 conflits et travaill\u00e9 dans plus de 100 pays. Son travail, qui a \u00e9t\u00e9 r\u00e9compens\u00e9 \u00e0 de nombreuses reprises, est expos\u00e9 dans des mus\u00e9es et des galeries du monde entier.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La journaliste d&rsquo;investigation Sarah El Deeb aborde les techniques pour retrouver les disparus et les personnes sujettes \u00e0 des disparitions forc\u00e9es.<\/p>\n","protected":false},"author":3031161,"featured_media":1710196,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_price":"","_stock":"","_tribe_ticket_header":"","_tribe_default_ticket_provider":"","_tribe_ticket_capacity":"0","_ticket_start_date":"","_ticket_end_date":"","_tribe_ticket_show_description":"","_tribe_ticket_show_not_going":false,"_tribe_ticket_use_global_stock":"","_tribe_ticket_global_stock_level":"","_global_stock_mode":"","_global_stock_cap":"","_tribe_rsvp_for_event":"","_tribe_ticket_going_count":"","_tribe_ticket_not_going_count":"","_tribe_tickets_list":"[]","_tribe_ticket_has_attendee_info_fields":false,"republication-tracker-tool-hide-widget":false,"footnotes":"","_tec_slr_enabled":"","_tec_slr_layout":""},"categories":[23095,23094,23092],"tags":[25115,21265,19901,24786,22123,19910],"gijn_topic":[],"series":[],"gijn_language":[],"gijn_region":[],"class_list":["post-1710194","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-chapitre","category-guide-fr","category-ressource","tag-crime-de-guerre","tag-images-satellites-fr","tag-investigative-journalism-fr","tag-investigative-reporting-fr","tag-journalisme-dinvestigation-fr","tag-war-crimes-fr"],"acf":[],"ticketed":false,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1710194","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3031161"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1710194"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1710194\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2120669,"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1710194\/revisions\/2120669"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1710196"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1710194"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1710194"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1710194"},{"taxonomy":"gijn_topic","embeddable":true,"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/gijn_topic?post=1710194"},{"taxonomy":"series","embeddable":true,"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/series?post=1710194"},{"taxonomy":"gijn_language","embeddable":true,"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/gijn_language?post=1710194"},{"taxonomy":"gijn_region","embeddable":true,"href":"https:\/\/gijn.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/gijn_region?post=1710194"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}